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Azienda Agricola Vigna Rionda – Massolino, Serralunga d'Alba

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Castello di Serralunga, mars 2010.

Lorsque l'on veut se rendre à Serralunga d'Alba pour la première fois, on ne peut se douter de l'âme et de la configuration du lieu que l'on va découvrir. Si on a la chance d'arriver par la tangenziale di Alba, on dépasse Grinzane Cavour, obliquant devant le célèbre Fontanafredda, puis on emprunte la petite route qui serpente. Les lacets s'enchainent, l'altitude croit, la vue sur Castiglione Faletto est imprenable. Passé le hameau de Baudana, on découvre enfin ce village et son château qui le domine, du haut de ses sept siècles d'histoire. Quant à Serralunga d'Alba, on dit que le village naquit au début du second millénaire. On ne sait encore pas tout cela quand on arrive dans le centre du bourg, pour se garer sur la Piazza Cappellano. Au delà de la vue sur le château, une enseigne en fer forgé attire l'œil. Il est écrit Azienda Agricola Vigna Rionda – Massolino.
 
 
Le domaine :
  
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Au second plan, Franco Massolino (à g.) et son frère, Roberto (à d.)
Au premier plan, Giovanni Massolino (à g.) et son frère Renato (à d.)
 
Giovanni Massolino crée le domaine en 1896. C'est notamment grâce à lui et à ses talents d'entrepreneur que le village sera pour la première fois raccordé à un système de courant électrique, ce qui changera considérablement - on l'imagine - la vie des habitants. Il faut dire que perché sur les hauteurs, au nord-est de la zone du Barolo, Serralunga d'Alba est quelque peu à part, comme détaché, retiré du monde pourrait on dire.
 
La première cave des Massolino est construite par le fils de Giovanni, Giuseppe. Avec l'aide de sa sœur, ce dernier va progressivement réussir à accroitre la surface de grands terroirs du domaine. Il sera en parallèle l’un des fondateurs du Comité de défense du Barolo et Barbaresco. Giuseppe a 6 enfants. Trois d'entre eux, Giovanni (qui porte donc le prénom de son grand père), Camilla et Renato marcheront dans ses pas, continuant à racheter des vignes et donc étendre la surface en propriété. Entreront alors dans le « portefeuille » de Massolino les crus Margheria, Parafada et surtout Vigna Rionda, qui a été accolé au nom de la famille pour désigner le domaine.
   
Dans les années 90, Franco et Roberto, la nouvelle génération, rejoignent l'équipe en place. Œnologues de formation, ils apportent leur connaissance et passion, et permettent de progresser sur ces détails qui font que la réputation du domaine est montée – à juste titre – ces dernières années encore d'un cran, le situant parmi les meilleurs du barolo. Franco s'occupe plus spécialement de la cave et de l'export, son frère des vignes.
 

Vins et terroirs : 
 
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Les vignes du domaine sont intégralement conduites en Guyot, avec des densités de plantation oscillant entre 5000 et 6000 pieds par ha. Elles sont cultivées à des altitudes comprises entre 300 et 340 m, sur la commune de Serralunga d'Alba, et sont vendangées manuellement, comme il se doit. Les fermentations se font via levures indigènes, en cuves inox et surtout ciment (pour les nebbioli). A noter qu'après avoir durant de nombreuses années testé l'inox, le domaine revient vers le béton car il a constaté que l'inertie thermique y est meilleure et les extractions tanniques plus douces, homogènes et harmonieuses.
 
Maintenant, voici les particularités de chaque cuvée produite :
  • Langhe Chardonnay : 1,5 ha en production. Vignes de 20 ans situées sur sol très calcaire. Élevage sur lies pendant 6 mois, avec une moitié sous bois non neuf et le reste en cuve. Cuvée produite pour la première fois en 1992.
  • Dolcetto d'Alba : 2 ha en production. Sols de consistance moyenne, plutôt majoritaires en calcaire. Vignes de 20 à 25 ans. Cuvaisons de 7 à 9 jours, élevage court en cuve inox afin de produire un vin facile et représentatif des qualités du cépage.
  • Barbera d'Alba : 2,2 ha en production. Sols de même nature que le Dolcetto. Vignes de 10 à 35 ans. Cuvaisons de 10 à 12 jours, élevage identique au Dolcetto.
  • Barbera d'Alba Gisep : 1 ha en production. Issu de 3 vignes d'environ 30 ans (en moyenne), sélectionnées pour leur propension à donner une très belle qualité de raisin. Sols de consistance moyenne, plutôt majoritaires en calcaire. Cuvaisons de 5 à 7 jours. Élevage durant 18 mois en barriques avec 35% de bois neuf, le reste en fûts de 1 et 2 passages. Cuvée produite pour la première fois en 1998, et qui porte le nom du grand-père, Giuseppe (Gisep en piémontais).
  • Langhe nebbiolo : 1,8 ha en production. Issu des jeunes vignes de barolo du domaine les belles années, complétées par d'autres plus anciennes lors de millésimes plus « faibles ». Sol très calcaire. Cuvaisons de 8 à 10 jours. Élevage en foudre pendant 1 an et demi. Cuvée produite pour la première fois en 1970. Le but est ici de produire un Langhe nebbiolo qui soit davantage une expression du vignoble de Serralunga qu'une interprétation variétale confortable mais simpliste.
  • Barolo : 7 ha en production. Vignes de 10 à 45 ans situées sur sol majoritairement calcaire, avec des micro variations marneuses et sableuses en fonction des parcelles. Cuvaisons d'environ 15 jours. Élevage de 2 ans en grands foudres slovènes. Cuvée produite pour la première fois en 1911. Le domaine cherche à produire un vrai barolo de Serralunga, c'est à dire un vin sérieux, structuré mais équilibré, que l'on peut boire éventuellement plus rapidement que les crus.
  • Barolo Margheria : 1,5 ha en production. Vignes de 35 ans exposées Sud-Sud ouest, un peu plus hautes en altitude que Vigna Rionda, et situées sur sol calcaire avec présence accrue de sable (point important). Cuvaisons de 15 à 20 jours. Élevage de 2 ans en grands foudres slovènes. Cuvée produite pour la première fois en 1985.
  • Barolo Parafada : 1,13 ha en production. Vignes de 62 ans exposées Sud et situées sur sol marno-calcaire, tendance très calcaire. Cuvaisons de 15 à 18 jours. Élevage 40% en barriques non neuves, le reste en foudres (à partir de 2007 toute la récolte sera élevée en foudre). Cuvée produite pour la première fois en 1990. Parafada est réputé être un des meilleurs crus du village.
  • Barolo Vigna Rionda - Riserva : 2,3 ha en production. Vignes de 25 à 45 ans sur sol marno-calcaire idéalement situées. Cuvaisons de 25 à 30 jours. Élevage de 3 années en grands foudres slovènes, puis 1 an et demi en bouteille. Cuvée produite pour la première fois en 1982. Vigna Rionda est un des plus grands crus du Barolo et de Serralunga d'Alba, au même titre que Lazzarito, Francia, Prapò ou encore Gabutti.
 
Visite du 11 mars 2010 :
 
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Langhe Chardonnay 2008 : nez mûr mais pas baroque, boisé assez fin, attaque riche mais vraie structure, s'exprime plutôt droit, étonnant de tenue et sapide en finale, comme le veut le terroir. Probablement un des meilleurs chardonnays du Piémont, et une cuvée qui démontre la qualité du travail de réflexion et d'expérimentation des Massolino pour aboutir à un vin blanc équilibré et frais dans les Langhe. Bien
 
Dolcetto d'Alba 2008 : caractère un peu « cuve inox » (réduit métallique, aromatique étriquée) à l'ouverture, cerisé, sur le fruit mais manque un peu de maturité phénolique, gentille bouche, pas un grand fond, finale un peu ligneuse. Assez bien
 
Barbera d'Alba 2008 : nez un peu réservé, bouche souple, simple, facile, tendre, pas une grande maturité ni un grand fond non plus mais c'est propre, fluide. Assez bien
 
Barbera d'Alba Gisep 2007 : davantage de couleur que le 2008, sensiblement. Prise de bois un peu marquée mais pas dérangeante. Beaux tanins fins mais serrés, soyeux. Vin corsé, à la finale nette, sans bois parasite. Une réussite. Bien/Très bien
 
Langhe nebbiolo 2006 : couleur très classique, premier nez assez réduit, même s'il y a de la pureté et du fond derrière. En bouche c'est assez opulent, fin, beaucoup de rondeur. Corps relativement dense et frais, très classique dans la forme. Vin sapide, long, très agréable. Bien
 
Barolo 2005 : couleur très nebbiolo (orange translucide), bouquet pur, classique dans l'expression. Bouche impeccable de volume, de finesse, ample. On peut difficilement rêver d'un meilleur barolo classico, à la fois puissant mais svelte, long, invitant à le boire à table. Très beau vin d'initiation. Bien/Très bien
 
Barolo 2006 : plus de couleur que le 2005, nez dense et plus touffu, moins « dépouillé » que le précédent : notes d'agrumes, une pointe exotique, sur les fleurs, l'ambre, la violette. Attaque grasse, bouche dense, structurée, moins prête que le précédent mais encore une fois une belle classe. Plus d'austérité et de retenue sur la fin de trame, avec l'astringence caractéristique. Très bien
 
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Barolo Margheria 2005 : premier nez un peu musqué, animal, qui s'ouvre ensuite sur du menthol, balsamique, fruits rouges, violette, fleurs séchées. Expression de bouche plutôt « calcaire », tanin granuleux, sapide, réserve de structure, de jus, personnalité dans la retenue. Un vin très frais, sinueux, impressionnant d'allonge, très nebbiolo en finale. Très bien
 
Barolo Margheria 2006 : plus de couleur, premier nez un peu sur le foudre avec un côté « résineux », mais c'est profond, épicé, mentholé, sur les fruits rouges acidulés. Tanins plus gras, plus garnis, vin à la fois enrobé et structuré, très droit, longue trame acide. Plus de muscle autour de l'os que le 2005. Finale austère, très tendue, astringente, devrait pouvoir aller loin. Très bien/Excellent
 
Barolo Parafada 2005 : parfum de bois noble, laurier, poivre, orange séchée, tanins gras, immédiatement plus satinés, plus accessible aussi. Se goûte déjà, sans boisé sensible, mais avec une évolution presque « rapide » pourrait on dire. Au final, déjà beaucoup d'élégance, de finesse, de délicatesse. Très bien
 
Barolo Parafada 2006 : plus de couleur, nez plus résineux encore une fois, plus balsamique, caractère goudron avec un peu de toasté/café. Bouche de densité supérieure en 2006, vin davantage assis, riche et plein, avec un grand potentiel. On sent une superbe personnalité, à attendre sagement. Probable futur grand vin.
 
Barolo Vigna Rionda - Riserva 2004 : couleur classique, nez faussement évolué sur le premier coup : encre de chine, réglisse, violette, truffe blanche (!). Tanins très fins, très lisses, beaucoup de rondeur, saveur plutôt noble et cohérente avec le nez, raffinement et harmonie, comme déjà prêt, accessible. L'évolution dans le verre va le faire rajeunir et il va afficher une tenue remarquable. Vin trompeur – à la manière des Amoureuses –, qui cache sa force et pourrait offrir un très grand potentiel de garde. On ne note pas un tel cru, on le boit en rêvant au plat qui pourrait l'accompagner dans 10 ans. Enfin, c'est ce que nous avons fait...
 
 
Autres vins et millésimes dégustés :
 
(Avril 2010) Barolo Vigna Rionda - Riserva 2000 (élevé 4 ans en foudre, sur ce millésime) : d'abord épicé et aérien, le vin s'ouvre avec beaucoup de complexité et de raffinement sur les épices orientales et même la petite note de truffe blanche qui semble signer le terroir. Pas fatigués pour un sous, les tanins sont superbes, fermes et serrés. Expression fraîche et sapide, très "Serralunga". C'est long, très aromatique, avec une finale légèrement solaire qui rappelle la châleur du millésime. Stable dans le verre, il montre une évolution parfaite pour son âge et l'année, avec la rigueur et réserve que l'on est en droit d'attendre d'une telle bouteille et d'un tel cru. Excellent
 
(Décembre 2009) Barolo Margheria 1989 : nez un peu viande séchée, très épicé, avec une touche de menthe et de poivre. Grande bouche opulente et riche, à la fois soyeuse et dense. On devine un terroir à forte personnalité : de la force, beaucoup de mâche, plutôt viril. Expression explosive, encore légèrement astringente en finale et surtout jeune, 10 ans de potentiel peut être. Très bien
 
(Mars 2009) Barolo Vigna Rionda 1999 : nez complexe, saveur profonde avec une évolution évidente - le vin a 10 ans -, tanins très fins mais encore diaboliquement serrés, ce vin est tout sauf usé, il possède une grande matière, du ressort, c’est très racé. Très bien/Excellent
 
(Février 2009) Barolo Parafada 2001 : une robe cerise tirant vers le grenat sur le disque. Le nez s’ouvre sur les fruits cuits, le kirsch, la griotte, évoluant vers des notes florales et de sous bois élégantes. Attaque soyeuse qui révèle des tanins au grain doux et fin. Bel équilibre avec un toucher savoureux. Finale plus chaude, sur des notes sucrées, chocolatées et torréfiées. Bonne longueur. Un Barolo assumé, jouant un registre charmeur et élégant sans excès. Beau vin. Trés Bien+

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Une vue peu commune du Piémont et qui plus est du château du village, sous la neige...
 
Quand on désire s'intéresser aux vins, aux terroirs et à l'histoire de Serralunga d'Alba, inutile de dire qu'il est quasi impossible de faire sans Massolino. Au même tire que les familles Conterno à Monforte ou encore les Mascarello à Barolo. C'est un fait, l'histoire de ce domaine et des vins de cette commune sont intimement mêlés, et même entremêlés.
 
Si nous ne disposons à ce jour pas du recul nécessaire pour juger du travail de trois générations, nous pouvons au moins parler du niveau des derniers millésimes produits. En dehors du Langhe chardonnay et de la Barbera Gisep, convenons que les cuvées hors-nebbiolo ne sont pas bouleversantes. Mais ce n'est pas non plus le but du domaine que d'émouvoir avec ces cuvées « de fruit ». Par contre, on notera, dès le Langhe nebbiolo, que l'on monte d'un cran ; et toujours dès ce même vin, c'est à l'âme de Serralunga que l'on a affaire. Tous les nebbioli du domaine ont vraiment la « gueule de l'endroit », avec cette ampleur, cette puissance et cette force si caractéristique. Et si l'on trouve de très belles - voire grandes - choses dans les baroli d'avant 2004, gageons que depuis ce millésime, il semble que l'on atteigne carrément des sommets dans la définition et précision d'expression de l'origine. On peut sans doute attribuer cela au travail d'affinage constant fait à la propriété, à la vigne comme à la cave. Le retour progressif à des fermentations en cuves béton et à des élevages longs en foudre n'y sont sans doute pas non plus pour rien. En tout cas c'est vers cette voie que Franco Massolino dit vouloir aller. On pourrait même passer un cap supplémentaire à partir de 2007 avec la disparition des fûts et l'élevage intégral des crus en foudre (sur Parafada, Cf. supra).
 
On ne peut au final que les féliciter pour ces fantastiques bouteilles qui sont l'honneur de leurs terroirs, et nous encourageons tout un chacun à pousser les portes de ce grand domaine, au sens propre et figuré. Vous serez extrêmement bien reçus, et aurez tout le loisir de vous rendre compte qu'en Piémont, même chez les plus grands, l'accueil al Piemonte et la générosité sont de mise. Et après y être allés, si un jour on vous demande encore chi è questo? Massolino?, vous répondrez bien sûr sì, grande Baroli di Serralunga!
 
 
 
 

Le 15/02/2012 à 02h35
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