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Domaine Jean Michel Alquier – Faugères

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AOC Faugères, terre de schiste…
  
Le domaine :
  
Chose plutôt rare dans le Languedoc, le domaine Jean Michel Alquier s’inscrit dans une longue tradition familiale. Une histoire qui débute en 1870, lorsque l’arrière-arrière-grand-père de Jean Michel achète quelques parcelles de vignes dans le Faugerois. Depuis, et de génération en génération, le domaine sera toujours exploité en cave particulière, même dans l’entre deux guerres, lorsque son grand-père quitte la région pour s’installer en région Parisienne. Celui-ci devient alors négociant en vin, tout en conservant la propriété de l’exploitation qu’il confie en gestion à un régisseur. A la sortie de la seconde Guerre Mondiale, et après avoir été emprisonné en Allemagne, il revient sur ses terres et transmet l’exploitation à son fils, Gilbert Alquier, le père de Jean Michel.
  
C’est Gilbert Alquier qui, au cours des années 70, va redonner un élan qualitatif à la propriété alors plantée de vignes d’aramon, de carignan et de cinsault. Amoureux des vins de la vallée du Rhône nord, Gilbert restructure le vignoble avec des sélections massales de syrah provenant de cette région. Grenache et mourvèdre complètent également le nouvel encépagement. Avec une qualité de vin en progression, le domaine gagne ses lettres de noblesses pour devenir l’un des plus réputés lorsque Faugères devient AOC en 1982. S’ensuit la construction d’un chai de vinification et d’élevage moderne, ainsi que l’apprentissage de ses deux fils, Jean Michel et Fréderic qu’il prépare à sa succession.
 
C’est en 1989, à la mort de leur père, que Jean Michel et Frédéric reprennent les rênes du domaine. De nombreux points de divergences sur la gestion de l’exploitation opposent les deux hommes. Ainsi, d’un commun accord, ils décident de se séparer au milieu des années 90, lorsque leur mère prend sa retraite. En 1995, Jean Michel récupèrera une dizaine d’hectare et créera un nouveau domaine sous son nom propre. Frédéric gardera le nom initial Gilbert Alquier & Fils.

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Vue plongeante sur le coteau du domaine
  
Le vignoble de 11 ha (10 ha de rouge et 1 ha de blanc) est situé tout prés du village de Faugères sur un terroir schisteux typique de l’appellation. Les différentes parcelles, d’un seul tenant, se trouvent sur un coteau situé entre 250 à 350 mètres d’altitude et orienté vers le sud-est. Le travail à la vigne se veut le plus « naturel » possible et les interventions ne se font qu’avec mesure et discernement. Jean Michel n’utilise pas de produits chimiques, sauf lors de quelques traitements ciblés sur les herbes vivaces. Les sols sont travaillés : labours, griffages et amendements par des granulats de compost organique. La densité de plantation est de l’ordre de 6200 pieds/hectares (0,8 sur 2 mètres), généralement plantés dans le sens de la pente. La grande majorité des vignes (syrah / grenache / mourvèdre pour les rouges – marsanne / roussane / grenache blanc pour le blanc) est issue de sélections massales. La taille se fait en double cordon de Royat avec palissage haut pour rechercher une grande surface foliaire. Les rendements varient de 25 à 35 hl/ha en fonction des cuvées.
  
Les vendanges se font – évidement – à la main et en cagette. Les vinifications sont très traditionnelles puisque Jean Michel travail en partie en vendange entière (généralement avec le grenache), dont la proportion est adaptée à chaque millésime, en fonction de la maturité de la rafle. D’ailleurs, pour les macérations, les grappes sont encuvées par couche, alternant grappes entières et baies égrappées. Jean Michel confesse préférer l’austérité parfois apportée par la rafle que la facilité et la rondeur des vins égrappés. On discerne certainement dans ses propos, la vision de l’école nord Rhodanienne traditionaliste chère à son père. L’élevage des vins se fait uniquement en barriques François Frères, après divers essais chez plusieurs tonneliers. La moitié du parc est renouvelée en fût neuf tous les ans. Trois permanents (normalement quatre) se partagent les tâches sur l’exploitation. Autant dire que le travail ne manque pas… mais la qualité des vins produits ici en est la juste récompense.
  
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Jean Michel et Laurent Garlin sur le lieu dit « Bastides » en haut du coteau.
  
Vins et terroirs :
  • Vin de Pays de l’Hérault « Blanc » : Jean Michel a beaucoup fait évoluer son blanc depuis son premier millésime en 1996. D’abord d’un vin riche, très mûr, avec FML (fermentation malolactique) faite et élevage en fût, il recherche aujourd’hui un supplément de tension, de vivacité et de fruit. La vinification se fait en fût, puis le vin subit un élevage court en cuve avant une mise en bouteille en février de l’année suivante. Ce n’est que depuis quelques millésimes que la FML est bloquée, le vin passant sous filtration stérile pour limiter l’apport de SO2. Assemblage de marsanne et grenache blanc. A partir du millésime 2010, de jeunes vignes de Roussanne devraient compléter l’assemblage et permettre la revendication en AOC Faugères blanc.
  • Faugères « Les Premières » : Cette cuvée est produite à partir des plus jeunes vignes de la propriété associées à celles situées au pied du coteau. Petite dominante de syrah (variable de 35% à 40%) associée à du grenache et du mourvèdre. Elevage de 14 mois avec un passage en barrique pour une cuvée qui se révèle plus ambitieuse qu’elle ne pourrait le laisser croire. En 2002 et 2008, il n’existe pas de cuvées « Maison Jaune » et « Bastides » car Jean Michel estima insuffisantes la qualité de celles-ci. « Les Premières » est donc la cuvée unique de ces millésimes, issus d’un tri rigoureux de l’ensemble de la vendange.
  • Faugères « Maison Jaune » : La deuxième cuvée du domaine doit tout simplement son nom à la couleur de la maison familiale C’est une sélection des vignes situées en milieu de coteau. Assemblage de grenache majoritaire, complété par de la syrah et un peu de mourvèdre. Le grenache est non égrappé. Elevage d’une durée de 16 à 18 mois avec seulement 10% de bois neuf. Destinée être bu relativement jeune, c’est une cuvée qui s’apprécie toutefois avec un peu de vieillissement.
  • Faugères « Les Bastides » : C’est la grande cuvée du domaine située sur le lieu dit éponyme, en haut du coteau à une altitude proche des 300/350 mètres. Sol de schistes durs et peu décomposés avec une roche mère présente à très faible profondeur, affleurante par endroit. Sur cette parcelle, une partie des vignes est plantée dans le sens contraire de la pente, avec buttage au pied pour contenir le ravinement des sols. L’assemblage fait la part belle à la syrah, complété par du grenache et du mourvèdre en faible proportion. Elevage de 16 à 18 mois, avec une proportion de 40% en fûts neufs. « Les Bastides » est une cuvée ambitieuse et construite pour la garde, avec un élevage (et parfois une réduction) qui peut paraitre prégnant en vin jeune. Il s’agit toutefois d’une des cuvées qui vieillit le mieux dans la région.

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Visite du 22 mars 2010 :
  
Vin de Pays de l’Hérault Blanc 2008 : Premier nez encore un peu fermentaire, légèrement réduit avec des notes de bière et de levure. A l’aération, il s’ouvre délicatement sur des fruits exotiques. La bouche est franche, tendue et bien droite. On souligne dans ce millésime, une belle maturité qui vient s’associer à une franche acidité. Celle-ci s’étire dans une finale droite sur des notes d’agrumes. Belle vivacité. Bien +
 
Faugères « Les Premières » 2007 : Joli nez de syrah qui décline des arômes poivrés, de menthol et de cendre froide. Bouche droite et longiligne avec des tanins bien enrobés. En finale, le vin se resserre, faisant preuve d’une petite austérité et d’une longueur moyenne. A carafer si besoin. Bien
 
Faugères « Maison Jaune » 2007 : Passé une légère réduction, le nez délivre des notes de végétal noble, d’herbes humides, de poivre et de cerise. La matière parait encore relativement stricte à ce stade, comme la marque d’un vin qui se serait légèrement refermé. Bonne longueur toutefois, avec cette petite rusticité qui signe un grenache non égrappé. A attendre quelques années. Bien +
 
Faugères « Bastides » 2007 : Superbe nez, très complet, naviguant entre des arômes de menthol, de cacao, de cassis et de moka. Aujourd’hui la bouche est toute en gourmandise. Très ronde, soutenue par des tanins fins et légèrement pointus, elle se prolonge sur d’élégantes notes salines et épicées. Longue rémanence qui complète un vin équilibré, frais et racé. Très bien +
 
Faugères « Bastides » 2005 : On ressent sur ce millésime une trame un peu plus confite, plus dense que sur 2007, mais sans perdre en élégance. Nez s’articulant autour de senteur de cannelle, de tabac blond, de cerise noir et d’orange sanguine. L’attaque est franche et relativement puissante. Un beau gras accompagne des tanins glycérinés et voluptueux. Belle allonge et finale fraiche. Très bien aujourd’hui, mais il demandera un peu de temps pour exprimer plus de fougue.
 
Faugères « Bastides » 1991 : Goûté millésime à l’aveugle, ce dernier vin présente un nez bien évolué sur une trame d’arômes tertiaires : cuir, musc, tabac et sous bois. Attaque souple qui laisse place à une matière fine, en demi-corps, dans laquelle l’acidité semble prendre le pas. Le temps à fait son œuvre, les tanins sont parfaitement patinés et s’intègrent dans une structure tendue et élancée. Longue et douce finale, l’ensemble fait preuve d’une très belle tenue. On propose un 1996. Perdu ! C’est un 91, un millésime réputé assez faible dans la région. Et bien bravo M. Alquier !
 

Autres vins dégustées :
 
(Janvier 2009) Faugères « Bastides » 2001 : Robe grenat, avec de légers reflets orangés. Le nez est encore marqué, à ce stade par des notes d’élevages avec du toasté, du café, de la viande grillée, du cassis et des arômes sanguins. Attaque très franche, qui annonce une belle structure, ronde et ciselée. Beau volume, soutenu par des tanins soyeux. La finale est fraîche, marquée par une belle acidité, du fruit et du grillé. Un vin travaillé mais avec un élevage maîtrisé. Il ira loin. Très bien
 
(Novembre 2008) Faugères « Bastides » 2004 : Un nez un peu déstabilisant avec ses notes de menthol, d’After-Eight, de garrigue humide (thym frais) et de cassis. On retrouve également quelques notes d’élevages, bien intégrées, avec notamment du cèdre et du torréfié. En bouche, la charpente est très solide. La matière, encore jeune, présente des tanins profonds, droits et sérieux tout en restant bien ronds. Et puis il y a surtout cette remarquable fraîcheur, puisée sur ses terres de schistes, qui tendent parfaitement l’ensemble. C’est à ce stade déjà très bon, mais c’est aussi parti pour de longues années. Superbe !
 
(Novembre 2007) Faugères « Bastides » 2001 : Nez sur l’élevage, mais avec un boisé élégant, cacaoté, torréfié et du cèdre. La bouche est complète, intense, droite et fraîche. La matière est ronde et profonde. Le finale est longue et sur le torréfié. Au repas, le nez s’est particulièrement bien ouvert et gagne en complexité. Il évolue sur le menthol, le cacao et les épices, la bouche est toujours profonde, intense et complexe. Excellent
 

Voilà une visite qui ne laisse pas insensible pour plusieurs raisons. D’abord pour l’amabilité et l’intérêt d’une rencontre avec Jean-Michel Alquier. Ce cinquantenaire affable est un homme passionnant, sensible, généreux et toujours à l’écoute. Ensuite parce que c’est un travailleur infatigable (même s’il avoue que l’âge commence à lui peser) qui ne compte pas ses heures passées à l’ouvrage, de la taille à la mise en bouteille. Mais aussi parce que ses vins sont terriblement bons, faisant preuve d’un sérieux, d’une tenue et d’un potentiel de vieillissement remarquable. Avec, de plus, des prix qui ont su rester sages au regard de la qualité. Mais ce qui surprend le plus c’est probablement sa grande discrétion et son humilité. Car si beaucoup connaissent ses vins, dont la réputation n’est plus à faire, bien peu connaissent cet homme qui ne fréquente pas les salons, ne courtise pas les journalistes et communique peu. Et c’est certainement aussi ça sa philosophie : savoir mettre en avant tout son travail non pas par le biais d’une quelconque aisance à la communication mais uniquement au travers de l’excellence de sa production. Jean Michel est de ces hommes là, et nous ne pouvons que lui en rendre hommage…
 

Domaine Jean Michel Alquier
4, rue de Pézénes les Mines
34600 Faugères
Téléphone. +33 (0)4 67 23 07 89
 
 
 

Le 15/02/2012 à 02h37
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