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Azienda Agricola G.D. Vajra - Barolo
 
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Le domaine :
 
Aux confins de Barolo et la Morra, dans la Frazione di Vergne, se tient un lieu de ceux où l’on se sait revenir avec certitude, de ceux dont le particularisme se niche on ne sait où, un peu partout, un peu nulle part, et dont la vibration diffère, irradie. Aldo et Milena VAIRA, leurs enfants et leur équipe vous accueillent à bras ouverts, l’ami de toujours comme l’inconnu qui pourrait bien le devenir. Pas de grandiloquence, de faux semblants… une vraie générosité, un amour de ce qu’ils font et offrent, un vrai esprit.
 
Gérant un domaine familial s’il en est, Aldo et Milena ont repris les vignes du père du premier dans les années 70. Progressivement ils acquièrent les belles parcelles qui se présentent au cours de bientôt 40 années de passion pour finalement se trouver à la tête de près de 50 hectares consacrées tant au roi Nebbiolo qu’à de nobles plants de Dolcetto, de Barbera, de l’oublié Freisa voir même de Riesling ou de Pinot Noir ! Tout un programme. Aujourd’hui l’aventure continue avec l’arrivée progressive des enfants, Giuseppe en tête.
  
Ici on est au service du vin, ce n’est pas qu’une posture mais une philosophie, une véritable ascèse. L’exigence est le mot clé tant pour le travail des vignes - saines et superbement tenues bien qu’enherbées - que pour le respect du raisin porté au chai, quelques en soient nature et origine. En effet, une particularité du domaine est celle de traiter certains cépages mésestimés au même rang que les plus noblement reconnus. Le négligé Dolcetto y est, nous le verrons, traité comme un grand cru, l’exigeante et oubliée Freisa est un étendard du domaine quand l’incongru Riesling peut atteindre ici des sommets de qualité et d’originalité.
  
Ces raisins choyés commencent leur nouvelle vie dans le cœur du domaine : un chai magnifique empreint de spiritualité, perfusé d’une douce lumière se contractant, se dilatant, filtrant au travers des vitraux dessinés par le padre Constantino Ruggieri, moine bâtisseur, architecte d’une simplicité proverbiale. Par amitié pour la famille Vajra, il a ici livré l’un de ses derniers chantiers, une oeuvre parégorique. Les splendides incises de verre ne sont néanmoins qu’une des facettes de la modernité aboutie du travail qui a cours en ces lieux. Si l’ambition d’esthétisme est avouée, elle n’est que le frontispice d’un grand projet donnant au domaine l’outil de travail jugé nécessaire pour élaborer, millésime après millésime, des vins porteurs des caractéristiques de l’année et du terroir, mais également d’une patte Vajra dont on reparlera.
 
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Le petit chai ou Aldo essaie, essaie et essaie encore …
 
Pour sereinement travailler et surtout avancer dans la connaissance, ce grand vigneron mais aussi grand vinificateur qu’est Aldo Vajra a donc voulu se doter d’un outil performant. On ne parle pas d’outil dans le sens d’une technicité forcenée, mais d’un outil dans le sens d’une adaptabilité maximale, d’un constant esprit de recherche et de maitrise des process. Ici on fait fi des disputes entre tenants de la tradition piémontaise et ceux d’une modernité plus en rapport avec les canons actuels de la vinification ; on fait feu de tout bois, on essaie, on se trompe, on découvre … et on adapte ses trouvailles et connaissances au fruit de l’année pour le mettre en valeur.

Pour se donner les moyens d’accéder à ses ambitions, Aldo s’est préservé une pièce du chai où chaque année, sans relâche, il expérimente vinifications, élevages dans différents contenants, de différentes durées … Il semble avoir absorbé tel une éponge savante les richesses de la tradition locale qu’il mâtine d’évolutions personnelles, à l’aune de son érudition et de ses expérimentations. Il est depuis longtemps un précurseur respecté dans la région, dont on s’enquiert des inspirations, une sentinelle dont la voix porte dans les vignes et les chais.
  
La philosophie du domaine apparaît évidente dès le début de la visite : une remise en question technique toujours renouvelée pour être capable chaque année de s’effacer derrière terroir, matériel végétal et millésimes… et en retirer la quintessence à laquelle sont seules imposées élégance et fraicheur comme étendards. Pas de recettes miracles ni d’idéologie… des connaissances, du travail et des - bonnes - idées.
 

Vins et terroirs :
  • Moscato d’Asti : Issu de vieilles vignes de moscato bianco, les raisins - triés à la mode orfèvre pour prévenir toute perte de pureté d’expression - passent au pressoir avant que les jus ne soient décantés à froid. La vinification qui suit est très technique, réussir un Moscato spumante ne laisse pas de place à la médiocrité. L’ambition est celle d’un Moscato dans ce qu’ils peuvent avoir de plus pur, de plus évident. Pour cela, la prise de bulle doit être fine et en harmonie avec un résiduel le plus discret possible, pour ne pas écraser l’expression aromatique riche et fruitée du cépage. C’est au domaine un « chouchou », un vin d’amitié et une réussite renouvelée chaque année.
  • Langhe Bianco « Pétracine » : Le Riesling piémontais d’Aldo. Amoureux éperdu de ce cépage et des Langhe, il a toujours souhaité en interpréter une expression commune. Après une thèse sur la fermentation malolactique du vin blanc (sujet plutôt rare en Piémont) et de nombreuses études de sol, il touche son rêve du doigt. Plantées en 1985/86, sur Fossati, terroir de Barolo orienté Sud-Est, les sélections massales proviennent de Mosel et d’Alsace. Aldo en distingue les premières, apportant acidité et structure, des secondes, qui donnent rondeur et ampleur au jus. Ce Riesling est extrêmement original dans son développement aromatique, véritable expression des terroirs des Langhe dont il partage avec le Nebbiolo - dans l’esprit d’Aldo - garde, explosivité et élégance. Elevé sous inox 8 mois, en général pourvu de 4/5 g de résiduel, il ne paraît pas systématiquement sec mais toujours fin et traçant.
  • Barbera d’Alba Superiore : La Barbera du domaine est issue de 6 vignes sises sur Barolo et Novello. Les terroirs hyper-calcaires de Barolo offrent aux jus fraîcheur et complexité aromatique quand ceux de Novello apportent  au vin sa densité, sa richesse tannique et la puissance du balsam des Langhe. 15 jours de macération permettent d’extraire assez puissamment les baies puis 15 mois d’élevage en foudre et cuve inox en polissent le jus sans rien concéder à la mollesse trop fréquente sur ce cépage, qui reste toujours vif malgré une maturité très poussée.
  • Dolcetto d’Alba : Une première cuvée de Dolcetto pour exprimer l’amour porté à la franchise de ce cépage pas toujours respecté, victime en Piémont d’un redoutable « syndrome Gamay ». Pour faire bon, la recette est simple : des vignes aux rendements stricts sur des terroirs appropriés et complémentaires, à Barolo et Novello, très exposés ; 10 jours de macération puis 7/8 mois d’élevage en cuve pour exprimer sans fard tout le fruité acidulé du Dolcetto. Une volonté affirmée de simplicité et de plaisir lampant vraiment à son aise dans les millésimes généreux.
  • Dolcetto « Coste e Fossati » : Une toute autre vision du cépage et de ses capacités, permise par une sélection massale de haute qualité initiée par Aldo et dite « à rafle rouge », les superbes terroirs de marnes de Sant’Agata en Barolo et une très stricte limitation des rendements. Les raisins issus de cette quête du grand Dolcetto macèrent 20 jours avec immersion du chapeau de marc, pour en extraire avec délicatesse tout le potentiel, puis les jus sont élevés en foudre 8 à 12 mois avant mise en bouteille. Assurément une grande expression de Dolcetto de terroir … une rareté.
  • Langhe Nebbiolo : La « petite » cuvée de Nebbiolo porte en elle les promesses des jeunes vignes de Barolo et de Novello, auxquels s’ajoutent pour plus de vigueur les raisins d’un beau terroir de Simio, le cru Roccabella. Les macérations sont longues de 15 jours, beaucoup moins que sur les cuvées de Baroli mais l’élevage se fait en cuve, soulignant la volonté de simplicité, sans démonstration de force ou boisé saugrenu sur des jus élégants. Comme le dit Aldo, « la contribution œnologique est minimale, le vin est un instantané du Nebbiolo et de ses arômes », introduction pensée au Barolo.
  • Barolo « Albe » : La première cuvée de Barolo du domaine. Issue de l’assemblage des Nebbioli des terroirs marneux de Fossati, Coste di Vergne et La Volta, elle porte une empreinte particulière du fait de sa situation exceptionnelle. La relative altitude – au dessus de 400m – de ces vignes offre des jus riches, structurés tant en tanins qu’en glycérol par les peaux épaisses liées aux fortes amplitudes thermiques. Elle reste toujours fraiche et rapidement accessible, d’une complexité redoutable, également liée à la spécificité des peaux qui pendant les 20 jours de macération avec foulages libèrent beaucoup de précurseurs aromatiques. Affinée par un élevage de 42 mois en foudres sans qu’aucune interférence de bois ne vienne jamais marquer les jus, Albe est du grand art. Pensée pour « attendre » Bricco delle Viole, nous la voyons de plus en plus comme un grand vin de garde à part entière, dans la droite ligne de la tradition d’assemblage des Baroli.
  • Barolo « Bricco delle Viole » : Cuvée mythique du domaine, Bricco delle Viole provient d’une seule et unique vigne sise aux confins des terroirs de Barolo et La Morra. Terroir tardif d’altitude, il se présente sous la forme d’un plateau en pente douce, portant des substrats marneux calcaires - dits de Sant’Agata - et balayant les expositions de Sud-Est à Sud-Ouest. Cette exposition circadienne associée à l’altitude élevée assure à chaque millésime son lot d’ensoleillement et de ventilation. Les vignes, de 15 à 60 ans y ont donc un cycle allongé, conférant équilibre et complexité aux jus. Ces jus pulpeux proviennent de macérations de 30/40 jours avec foulages puis sont élevés en Botte Grande (foudres) durant 42 mois. Ce Barolo est l’expression d’un terroir bien défini et met en exergue le raffinement des crus de La Morra et Barolo (ici indissociables) tout en préservant la relative austérité attendue sur un Nebbiolo des Langhe.
  • Langhe Freisa « Kyé » : Issu d’uniques sélections massales de Freisa, la noble et fragile aïeule du Nebbiolo, Kyé porte le germe de cette noblesse. Les vignes âgées de 35 ans sont sises sur les sables marneux de San Ponzio (Barolo), leurs rendements sont faméliques quand paradoxalement le cépage fait preuve d’une grande exubérance foliaire, le travail y est donc intense. Singulier dans son expression aromatique sauvage et sa franche acidité, il reste dépourvu de toute rusticité car ramassé à haute maturité, extrait avec précision et longuement élevé (24 mois de foudre). Un vin à part dans le domaine, dont le nom porte l’interrogation occitane « qui es-tu ? » mais qui au fond se révèle porteur de toute la philosophie de la famille Vajra qui se questionne sur son identité et nous l’offre. Ce vin, c’est eux.
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Trois superbes bouteilles

Visite du 02 mai 2009 :
 
Moscato d’Asti  2008 : Une expressivité hors-normes pleine de fruits exotiques, de pêche, de menthe. Une festivité non feinte pour ces bulles croquantes qui structurent un vin au résiduel opulent mais jamais lourd car tenu par cette prise de bulle réussie et une franche acidité. C’est gourmand, tonique, équilibré donc et diablement bon. Très bien.
 
Langhe Bianco « Pétracine » 2008 : Le vin dévoile d’emblée la maturité des raisins cueillis, convoquant mandarine confite, verveine et miel. Le vin tout juste mis ne s’est pas dépouillé de ses dernières scories et sa pureté est un peu étouffée. La finale toutefois bien fraiche et traçante laisse à penser que tout cela est en train de se mettre en place. Gourmandise à suivre. Très bien.
 
Langhe Rosso Pinot 2006 : La surprise de l’année, qu’Aldo cachait tant qu’il ne l’estimait pas digne d’être mis en bouteille. Quelques arpents de Pinot donc, sur le frais sommet du terroir de Vergne, en plein territoire de Nebbiolo. La matière est douce, le tanin policé mais bien plus consistant que ce à quoi nous habituent les us Bourguignons. Du croquant, mais une expression déroutante, épicée et un peu confite, éloignée du variétal, hybridée au terroir des Langhe ? Atypique s’il en est. A suivre.
 
Langhe Nebbiolo 2007 : Beaucoup de caractère pour ce Nebbiolo 2007, plein de la richesse du millésime certes mais toujours salivant. Les raisins sont mûrs sans être confits et comme l’Azienda nous y habitue, le velouté des tanins est parfait et le dynamisme au rendez-vous. Les arômes sont précis, d’un fruit simple et appétent, subtilement mentholé. Très bien.
 
Barbera d’Alba Superiore 2006 : Elle offre des senteurs de fumée, de cerise, de goudron. Une pointe de volatile tempère mon enthousiasme mais cela ne semble être que passager, l’aération pacifie tout cela. Les tanins sont voluptueux et cossus, affirmant la franche volonté d’un vin concentré mais toujours équilibré par une acidité la préservant de toute mollesse. Très bien.
 
Dolcetto « Coste e Fossati » 2007 : Encore un vin très abouti, proposant une belle image du terroir, où s’expriment le balsam et la cerise, l’ambre et le confit inhérent au millésime. La texture est d’une grande noblesse, gantant de puissants tanins de volupté, signant un élevage maîtrisé à l’extrême, comme d’habitude indécelable. Mûr mais vif, Excellent.
 
Langhe Freisa « Kyé » 2005 : Issu pour partie d’un élevage classique en foudre, pour l’autre de fûts d’un vin, ce 2005 exprime à nouveau une grande fougue : un grand bain d’épices pour de nobles fruits rouges, le balsam idiosyncrasique. La grande maturité ne trahit aucun excès, elle est équilibrée par l’acidité inhérente à ce parent du Nebbiolo qui sous des abords rudes révèle des trésors de finesse. Un vin pour amateurs de l’austérité maîtrisée signant la race des seigneurs des Langhe. Excellent.
 
Barolo « Albe » 2005 : Tonifié par un fruit de pêche, il développe plutôt le style épicé typique des Langhe, avec force goudron, menthol et poivre. Excessivement vineux il reste fidèle au style des Baroli de Barolo, s’exprimant déjà avec une certaine suavité malgré sa jeunesse, les tanins bien présents étant d’une grande perfection formelle. Elevage encore une fois millimétrique. Un vin essentiel pour s'ouvrir au subtil monde du Nebbiolo dont l'austérité sauvage reste tapie sous un travail du tanin splendide mais jamais dénaturant. Excellent.
 
Barolo « Bricco delle Viole » 2004 : Un vin tout en énergie. Parfums ténus dans un premier temps puis donnant à humer les idiosyncrasiques réglisse, cerise et pêche au vin ; tanins d’une précision d’orfèvre mais encore cinglants dans un jus intense, profond, terrien. Très jeune, il est déjà un exemple de la permanence de la suffusion du terroir dans les vins d’Aldo. Une grande longueur pour un vin stimulant l’imaginaire, vibrillonnant et bâti pour l’avenir. Référence potentielle.

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Castello di La Volta, veillant sur le plateau du Bricco delle Viole

Visite du 07 Juillet 08 :
 
Moscato d’Asti 2007 : Comme voulu par le vigneron ce vin est d’une franchise désarmante. Il ne renie rien de son opulence mais l’équilibre par une bulle fine et tonique. Tout cela explose de maturité et de fraîcheur et au delà d’une complexité mesurée offre beaucoup de plaisir. Simple et Bien.
 
Langhe Bianco « Pétracine » 2007 : La dégustation commence avec ce vin qui tient tant à cœur à Aldo Vajra. Ce Langhe Bianco s’offre à nous dans une expression atypique du Riesling mêlant fruits jaunes, chartreuse, fleurs, noyés dans une robe d’une clarté nubile. Superbe brillance. Il fait montre de droiture malgré sa richesse et quelques sucres. D’une certaine épure il est certes velouté mais tonique, d’une grande longueur, élégant. Son potentiel de garde est certain. Excellent.
 
Dolcetto d’Alba 2006 : Le verre accueille une volute pourpre juvénile et lumineuse des plus engageantes. Effluves de mûre, de groseille, une pointe de menthol y ajoutant la finesse adéquate. La matière est raffinée, sans brusquerie, dans un équilibre sans prétention mais sans fausse modestie. Très belles concentration et vinosité. Une fraîche réponse à l’été… Bien.
 
Dolcetto d’Alba « Coste e Fossati » 2006 : A l’épisode précédent, le Dolcetto recevait l’ambition qu’il mérite, ici, il révèle au delà de son potentiel, un terroir et un talent de maestro. Intensité de la couleur, intensité de l’éclat, intensité des parfums. Fruité évident, sous bois résurgents, effluves de résineux typiques de Barolo, subtiles notes de cade. Le vin est d’un lyrisme décadent : riche, voluptueux mais sapide, porteur d’une complexité qui le fait renaître à chaque gorgée et d’une belle fraicheur invitant à la répétition. Un vin d’allégresse pourvoyeur de grands moments. Excellent.
 
Barbera d’Alba Superiore 2006 : Une robe de Barbera dans toute sa splendeur juvénile, glacée, charnue et appétante comme une belle cerise. Des fruits rouges en pagaille, du piment, des brassées de fleurs louvoient pour donner l’essence, l’archétype de la Barbera. Son acidité franche mais tempérée par une exacte maturité, sa concentration ne déparent absolument pas. Vineux à souhait, salivant, c’est assurément un superbe vin appelant la table, comme souvent en Italie et particulièrement en Piémont. Très bien.
 
Langhe Freisa « Kyé » 2004 : Tout comme les Nebbioli, il tuile subtilement dès sa prime jeunesse dans les suites d’un élevage ambitieux mais cohérent au vu des possibilités du vin. Evanescent, réglissé, balsamique en diable puis s’ouvrant lentement, tout en équilibre entre la chaleur des fruits confits et le tonique de la cerise ; comme aime à le dire Aldo Vajra, "une suggestion, une brume de Langhe". Singulier, sauvage, noble. Exempt de toute rusticité de tanins mais pourvu au contraire d’une grande souplesse. Un vin d’épure, historique par nature, aristocratique par son refus du raisonnable. Une générosité dans l’ascèse qui sied si bien à Aldo Vajra comme à ses vins… Référence.
 
Langhe Nebbiolo 2006 : Moins inoubliable, mais ce serait un exploit, il reste une pure expression du Nebbiolo, fidèle aux principes directeurs de l’Azienda. Elégant, dans sa robe légère comme un voile grenat, jusque dans ses fragrances florales et épicées. Une belle acidité en contrepoint d’une maturité exemplaire offrant chair au vin, des tanins assurant une présence discrète et efficace. Le tout est distingué et se boit avec évidence, on en ferait bien son quotidien. Noble dans sa simplicité, solide et droit. Très bien.
 
Barolo « Albe » 2004 : Depuis ses limbes fragilement teintés de carmin et des plus belles ocres, il exhale, propulse, répand une essence du sous-bois, senteurs de pin, de truffe, de fleurs séchées, qui enrobent ce fruit kirsché si élégant qui inonde ensuite le palais. Subtilement tannique il glisse et emplit la bouche d’un drap de soie intimement présent mais sans poids, une épure. Un élan du grand vin se tient là et transcende le terroir, le fruit, le millésime… Idiosyncrasique en diable. Excellent.
 
Barolo « Bricco delle Viole » 2003 : Riche du goudron, des fruits noirs, de la richesse de l’année qui l’a vu devenir, pourvu du tabac, du balsam, des tanins poudrés et de la fraicheur salvatrice des confins de Barolo, il met en exergue la vision du vin de son géniteur : expression libre aux éléments sur le thème de l’élégance. Sans doute possible, fils de ce millésime capricieux, il est avant tout celui du « Sommet de Viole » et d’Aldo Vajra. Il en synthétise les essences, en concrétise la collision. Excellent.
 
 
Dégustations ponctuelles :

Langhe Freisa « Kyé » 2001 : (Juin 2009). Si l'évidente gourmandise du vin marque les esprits cette facilité cache en fait un monstre de complexité qui se révèle progressivement. Une première vague fruitée saisit le nez puis les papilles, les accrochant de petits tanins légèrement poudrés, il perd une initiale pointe alcooleuse pour révéler une effarante complexité olfactive. Réglissé, mentholé, délivrant tomate confite, pivoine et cuir de ses tréfonds en sus des fruits déjà aperçus, il explose littéralement dans le verre. Sa qualité de trame laisse sans mot autre que délicatesse. Les épices giclent d'un jus d'une évidente maturité et d'une fraîcheur toute due à l'acidité mordante que ce cépage préserve dans ses baies ... Un cru pensé, désiré et, par dessus tout, abouti dans sa singularité. Référence.

Dolcetto « Coste e Fossati » 2005 : (Juillet 2009). Des senteurs profuses de pêche de vigne, de confiture de groseille, sans aucune interférence de bois. Un menthol discret ourlant l’ensemble. Avec toute la noblesse du terroir de La Morra, le vin prend sa place à la croisée d’une matière très voluptueuse, signant une grande maturité et une présence d’extrait sec formidablement salivante. Cette confluence porte le vin vers un audacieux équilibre, soutenu par un élevage d’une maîtrise totale, dans l’ombre d’un grand terroir offert au Dolcetto. Très bien.

Barolo « Albe » 2004 : (Octobre 2009). Un jus grenat diaphane, ne laissant en rien présager de la vigueur  de ce vin très expressif. Doté d'un intense fruité il gagne en dimension au contact de l'oxygène, des notes de champignon et de résine, extrêmement subtiles, venant compléter la palette idiosyncrasique du terroir de La Morra où se mêlent réglisse et tabac blond. La qualité d'extraction est simplement une leçon de maîtrise, les tanins sont très définis, denses mais extrêmement fins, conférant au jus un touché pruineux, souple mais non délié. L'acidité bien en place offre au vin une fraîcheur parfaite à table, ce que ne contredit pas un fruit en contrôle, jamais exubérant mais constituant toujours un filigrane d'une grande netteté. Excellent.

Langhe Bianco « Pétracine » 2008 : (Février 2010). Ce vin commence enfin à lever un coin du voile sur sa nature profonde. Désormais en place, il ne renie pas sa maturité originelle mais y ajoute une pureté et une droiture le traversant de part en part. Ce qui n’était qu’un extrait sec bien présent en finale structure aujourd’hui un vin parfaitement dépourvu de résiduel. Offrant de nobles arômes de citron confit, de pomelos, autant que de fleur de vigne. C’est un vin qui appelle la soif et aura magnifié fruits de mer et fromages de brebis. Très bien.
 
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Lumière bleutée inondant le chai, collision du sacré et du profane
 
Comme le montre le nombre non-négligeable de cuvées, Aldo et l’Azienda toute entière se révèlent dans la richesse, la variété de leur travail. Ambition pour chaque cépage travaillé, visions plurielles donc, pour nombre d’entre eux, entre franchise du fruit et révélation du terroir. Maîtrise de l’assemblage quand cela est justifié, maîtrise de l’expression unique de terroirs identitaires le méritant.
 
La constance de la réussite ne doit rien au hasard mais beaucoup au questionnement toujours renouvelé et à la recherche qui en découle. Derrière l’évidence et l’élégance de ces vins se cache la puissance d’un travail maîtrisé de bout en bout et un amour pour la vigne et son travail dans toute leur acception. Les vins ici ne renient jamais rien de leur potentiel ni de leurs origines, sachant ne tomber pas dans les caricatures des cépages ou des terroirs. Des vins pour ceux qui croient ne pas aimer le Piémont, l’austérité de ses Baroli et la futilité de ses Dolcetti. C'est la patte, la griffe Vaira. Il va y avoir des conquis…
 
… Et je ne parle même pas de l’accueil dans cette citadelle du goût, tâchez de le découvrir.
 

Paul Lambert
 
 

Le 19/05/2013 à 04h08
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