Domaine Larmandier-Bernier - Champagne

Un couple de biodynamistes convaincus, confirmés et talentueux
Le domaine :
Pierre et Sophie Larmandier croient en une chose capitale : le beau raisin, aussi sain que possible, et surtout mûr… mûr ? non non vous ne rêvez pas, vous êtes bien en champagne. Ce qui fait qu’ils se sentent souvent seuls au moment des vendanges, nombre de leurs confrères ayant déjà fini de couper… ce fut encore le cas cette année (2007).
Après être allés voir ce qui se passait du côté de la Bourgogne et de l’Alsace en matière de biodynamie, après avoir vu donc, goûté, échangé, expérimenté, ils sont arrivés à la conclusion qu’une viticulture aussi saine et propre que possible s’imposait pour produire les vins qu’ils rêvaient, leur but étant de s’effacer au maximum derrières les beaux terroirs que la famille possédait. Les Larmandier ont donc commencé par redonner vie à leurs sols au début des années 90 (labours et abandon des herbicides). Puis, lentement, ils ont appris à pratiquer la biodynamie. Evidemment, comme Rome, cela ne s’est pas fait en un jour. Grâce à leurs progrès, au travail, à l‘effet d’expérience et à un sens aigu de l’observation, ils ont réussi à « passer » tout leur vignoble en biodynamie depuis 1999.
Quelques principes simples les guident… oh, rien de neuf sous le soleil, sauf qu’ici on fait ce qu’on dit et on dit ce qu’on fait avec un sens du détail et une sobriété admirables : vieilles vignes, travail des sols, rendements mesurés. Leur vignoble d’une quinzaine d'hectares, âgés de 33 ans en moyenne (la moyenne champenoise et de 16 ans je crois), est situé sur les terroirs de la Côte des Blancs : Vertus classé Premier Cru et Cramant, Chouilly, Oger, Avize, tous classés Grands Crus. Nous sommes sur un encépagement global de 85 % de Chardonnay et 15% de Pinot Noir. A noter que les pinots noirs du domaine sont sur Vertus, village de la côte des blancs, ce qui est une petite originalité. Quand on voit ce qu’on peut en faire ici, on ne peut pas dire que ce soit juste anecdotique. A ce sujet, petit aparté pour conseiller à tous la lecture des travaux de Claude Bourguignon, notamment l’excellent article publié dans l’ouvrage LE TERROIR ET LE VIGNERON, de Jacky Rigaux et dans lequel on apprend (p. 330 et 331 de la dernière édition) que certains grands terroirs de la Côte des Blancs possèdent des argiles magnifiques qui devraient permettre de produire des grandes expressions de pinot noir.
Les vendanges sont ici exclusivement manuelles, comme on pouvait s’en douter. Les raisins cueillis à la main rejoignent le pressoir pneumatique pour un pressurage lent et doux, parce qu’on a bien compris ici que la pureté et la qualité des jus en dépendait en partie. Chaque cru est vinifié séparément. Pour la fermentation et l'élevage, pas de recette de cuisine toute prête, on adapte en fonction des terroirs : cuves inox thermorégulées, cuves classiques, foudres ou fûts. La fermentation alcoolique se déclenche naturellement avec les levures indigènes présentes dans le raisin, ce qui fait bondir bon nombre d’œnologues locaux.
Les vins sont élevés sur lies pendant tout l'hiver : fermentation malolactique, léger batonnage selon les cuvées et les années. Au printemps, après de nombreuses dégustations, sont décidés les assemblages (dégustation des fameux vins clairs). Les vins sont mis en bouteille en mai et descendus dans les caves où la seconde fermentation se dérouler au frais. Le vieillissement des vins de réserve se fait dans des caves creusées dans la craie (température pratiquement constante, évidemment). Chaque bouteille est dégorgée manuellement 3 à 6 mois avant sa commercialisation. Le dosage est alors choisi en fonction des cuvées. Un seul objectif : permettre les expressions de terroir les plus pures. Encore une fois, ici on s’efface derrière la typicité des crus, les dosages sont parmi les plus faibles que l’on puisse trouver, la preuve :
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Terre de Vertus : 0 g/l
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Vieille Vigne de Cramant : 2 g/l
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Rosé de Saignée : 3 g/l
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Brut Blanc de Blancs & Brut Tradition: 5 g/l
Pour info, voici les taux réglementaires tolérés en fonction des types de vins revendiqués en champagne :
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Brut nature : < 3 g/l
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Extra-brut : 0 à 6 g/l
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Brut : 0 à 15 g/l
Vous comprendrez bien qu’ici, quand on vous dit que les champagnes sont peu dosés, ce n’est pas une douce musique commerciale… fa-si-la-do… sé…
Vins et terroirs :
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Brut - Blanc de Blancs - Premier Cru : Chardonnays de la Côte des Blancs (Vertus, Cramant, Avize, Oger) de la récolte 2004. La part des vins de réserve (issus de 2003 et 2002) est d'environ 40%. Fermentation alcoolique et malolactique en cuves inox thermorégulées. Les vins y sont élevés sur lies pendant l'hiver. Les vins de réserve sont conservés en fûts et en foudres. Rappel dosage : 4 g/l
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Non dosé - Terre de Vertus - Premier Cru : Pas d’assemblage pour ce mono-cru : uniquement des Chardonnays des lieux-dits « Les Barillers » et « Les Faucherets » situés en milieu de coteau à Vertus. Un seul terroir, et une seule année. Fermentation alcoolique et malolactique en foudres et cuves inox thermorégulées. Les vins y sont élevés sur lies pendant l’hiver. Si l’année le mérite, mise sans assemblage avec d’autres terroirs, la cuvée est alors millésimée. Rappel dosage : 0 g/l
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Extra Brut - Vieilles Vignes de Cramant - Grand Cru : Issu de vieilles vignes de 48 et plus de 70 ans exposées Sud-est sur Cramant (ce qui est véritablement vieux pour la champagne, vraiment…).Fermentation alcoolique et malolactique en foudres et cuves inox thermorégulées. Les vins y sont élevés sur lies pendant l’hiver. Si l’année le mérite, mise sans assemblage avec d’autres terroirs, la cuvée est alors millésimée et il s'agit d'un mono-cru. Rappel dosage : 0 g/l en 2003. Rappel dosage : 2 g/l les autres millésimes
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Brut – Rosé de saignée – Premier Cru 2005 : Issu de pinots noirs cueillis en 2005 à Vertus, 100% vieilles vignes. La saignée est rarement utilisée en champagne : les pinots sont égrappés et macèrent environ 2 jours, puis la saignée est effectuée. Viennent alors la fermentation alcoolique naturelle en cuve acier émaillé, la fermentation malolactique, puis l’élevage sur lies pendant l’hiver. Le tirage a lieu en mai. Rappel dosage : 3 g/l
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Coteaux champenois – Vertus rouge – Premier Cru 2002 : Issu de pinots noirs cueillis en 2002 à Vertus, 100% vieilles vignes. Les pinots sont égrappés partiellement et macèrent une douzaine de jours. Elevage en fûts pendant 18 mois (10% de bois neuf).

Visite du 20 octobre 2007 :
Blanc de Blancs Premier Cru : Délicatesse. Nez très pur, effluves minérales (pas d’autre équivalence pour décrire cette odeur) et fraîches. Grande sapidité, toucher crayeux, sensation « calcaire » noble, vin fin, « craquant », cristallin. Très représentatif du (non-)style maison. Très bien.
Terre de Vertus Premier Cru 2004 : Puissance. Après aération et remuage énergique, notes iodées, salines, « coquille d’huitre». Grosse tension, attaque énergique et « rentre dedans », vin puissant, tendu, caractère affirmé qui ne demande qu’à se développer. Superbe mais doit impérativement vieillir 2 ans, au bas mot…
Vieilles Vignes de Cramant Grand Cru 2004 : Tension. Nez très citron, iodé. Une lame de rasoir : vin corsé, épicé, grand race du terroir, intransigeance du jus, notes d’écorce d’orange sur la langue. Expression solaire d’un grand terroir calcaire. Très beau millésime pour les chardonnays de la Côte des Blancs. Grand vin méritant un minimum de 3-4 ans de garde.
Rosé de saignée Premier Cru 2005 : Vinosité. Robe non plus rosée mais carrément violine, rubis. Nez envoûtant de rose fanée, fraise des bois (fruit rouge épicé), orange sanguine prégnante, épices très « vosniennes » dans l’esprit, bon sang quel nez ! La bouche est ultra vineuse, corsée, tannique, rectiligne. Ce vin possède une grande personnalité, son corps est digne de bourgognes prestigieux (les bulles en plus, évidemment). Il faut le laisser un peu tranquille pour qu’il se détende. Mais il émane de cette bouteille une sensation d’absolu. Hors classe
Coteaux champenois Premier Cru « Vertus rouge » 2002 : Subtilité. Notes de pinot mûr, croquant, ultra-classique, arômes absolument exquis (petits fruits rouges épicés, rose, pivoine). Bouche d’une fraîcheur et d’une énergie très réjouissantes. Jus vibrant. Nous pensons immédiatement à un Chambolle. Mais c’est bien plus que ça, ou plutôt c’est différent : le vin porte en lui une subtilité et une tension toutes champenoises. Ce n’est pas un monstre de corpulence ni de longueur mais il est juste lui même. Qu’est ce que c’est beau ! La grâce faite vin. Terriblement séducteur en l’état, mais nous avons bien envie de le laisser vieillir. Mme Larmandier confirme que le vin n’attend que ça et que les millésimes précédents vieillissent très bien ! Une révélation pour les dégustateurs sensibles.
NB : si vous décidez de rendre visite au domaine, pour que vous ne soyez pas surpris, les quantités de vin disponibles et en vente sont réduites, les Larmandier ayant fait le choix de travailler avec de nombreux cavistes, importateurs et restaurateurs de renom… à moins que ce ne soit l’inverse… vous trouverez la liste des points de vente dans la rubrique dédiée de leur site web (extrêmement bien fait et complet) : http://www.larmandier.com/pages/dist-france.php?lang=fr&cmd=start
En conclusion, il faut dire que nous sommes sortis absolument conquis de cette visite. Un accueil d’une amabilité et d’une sobriété absolue. Mme Larmandier parle avec beaucoup d’humilité et de justesse de ses vins. Si nous devions dégager une trame, un fil conducteur décrivant les vins Larmandier Bernier, nous dirions qu’il émane de cette production une grande franchise d’expression, une très belle honnêteté vis à vis des terroirs mis en avant. Sur les Champagnes « blancs », aucune note levuraire vulgaire, pas d’arômes de boulangerie, ces cuvées exhalent la pierre au sens le plus profond du terme, et surtout elles sont toutes parfaitement distinctes. Les spécialités à base de pinot noir sont ici plus que des spécialités, des modèles.
Goûter le champagne rosé nous a permis d’ajouter une nouvelle case dans notre mémoire de dégustateurs. Nous avons découvert quelque chose d'inédit, de singulier, d’unique : la saignée de grands pinots impose toute sa classe et aussi l’intransigeance de l’expression qu’elle génère. Un vin de grande gastronomie, pour le gibier. Attention, nous ne sommes pas certains que son importante vinosité plaise à toute le monde. Le Coteau champenois fut une révélation. Nous avions depuis quelques temps le pressentiment que ce type de vin avait tout pour nous plaire et goûter cette cuvée a même dépassé nos attentes. Pour un amoureux du pinot, c’est un grand moment. Ce genre de vin n’est pas anecdotique, ce n’est pas une bizarrerie, c’est véritablement une grande expression champenoise d’un cépage qui a ici pleinement sa place. Il faut se rappeler d’ailleurs qu’il fut un temps (sous Louis XIV) où les rouges tranquilles de champagne trônaient sur la table du roi et avaient toutes ses faveurs, loin devant les bourgognes rouges… on comprend pourquoi…
Champagne Larmandier-Bernier
Pierre et Sophie Larmandier
19, avenue du Général de Gaulle 51130 VERTUS
Tél : 03 26 52 13 24 - Fax : 03 26 52 21 00
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. - www.larmandier.com





