Domaine Pattes Loup - Thomas Pico - Chablis
Le domaine :
Avec son regard bleu acier et son goût du travail bien fait, Thomas Pico s’impose parmi la génération montante du chablisien. Très inspiré par le couple « De Moor », membre du club fermé des domaines ne voulant pas entendre parler de machine à vendanger (ce qui n'est pas le cas de près de 90% des producteurs chablisiens), bannissant les hauts rendements et adepte d'une culture rigoureuse et respectueuse de la vigne, il ouvre avec ses voisins une voie nouvelle dans la production de vins de chablis. Thomas Pico est la troisième génération d’une famille vigneronne établi sur le village de Courgis. Après son bac, il travaille pendant six mois comme aide-caviste chez le négociant Louis Max à Nuits Saint-Georges. Puis, il présente le BTS viticulture-œnologie qui le conduit à faire un stage au domaine Joseph Voillot à Volnay pendant deux ans. Diplôme en poche, il revient sur l’exploitation en 2004 pour assister son père au domaine du Bois d’Yver. En 2005, il replante des vignes et reprend les vieilles parcelles plantées en sélections massales par son grand père, Gilbert Race. En 2006, il se lance seul dans l’aventure avec le domaine Pattes Loup et entame une reconversion en agriculture biologique de ses vignes et de celles de son père. Aujourd’hui, il exploite un peu moins de trois hectares autour du village de Courgis, et produit trois cuvées de premiers crus. Il complète sa production par des vignes exploitées en fermage ou par des achats de raisins appartenant au domaine du bois d’Yver. Elles sont conduites avec la même rigueur et philosophie que les siennes.
Pour Thomas, le travail à la vigne se veut parcellaire. Sans a priori ou vision dogmatique, il pratique ses interventions en fonction des besoins de la vigne et de son environnement. L’intégralité de son vignoble est conduite en agriculture biologique, il est certifié ECOCERT depuis le millésime 2009. Le travail des sols est opéré via labours légers (griffages) tout au long du printemps, de manière à ne pas laisser l’herbe pousser dans les vignes jusqu’à la fin de la floraison. A partir du mois de juillet et jusqu’à la vendange, seul l’intercep est désherbé à la main. Selon Thomas, l’enherbement naturel dans le rang permet d’absorber plus d’azote et d’humidité au sol, limitant ainsi les risques de pourriture et jugulant la vigueur de la plante. Les traitements sont limités aux pulvérisations cuivre et soufre, en fonction des besoins. Quelques apports organiques peuvent être faits, de manière à entretenir l’équilibre des sols. La taille en guyot sur charpente courte (six yeux seulement) est privilégiée, dans un souci de maintenir naturellement les rendements bas, même si Thomas n’est plus vraiment convaincu que ce soit la meilleure méthode pour contenir la vigueur des vignes.

Depuis le premier cru Beauregard, à Courgis…
À la recherche de la maturité idéale (mais sans excès), Thomas Pico est toujours l’un des derniers vignerons de son village à vendanger. La coupe des raisins se fait manuellement. Ils sont collectés dans des petites hottes, puis transportés sur les installations de Courgis pour y être triés sur table, pressés et débourbés (pressurage lent et doux, au pneumatique). Les moûts des premiers crus sont ensuite déplacés vers le chai d’élevage, situé à Chablis, pour y être entonnés. Les fermentations – alcooliques et malolactiques – se font en fûts (pièces bourguignonnes venant de plusieurs tonneliers) et demi-muids non neufs (trois à cinq vins en moyenne). Ils sont ensuite élevés pendant un an en réduction, sur lies et sans apport de soufre. Peu interventionniste, Thomas ne pratique ni levurage, ni chaptalisation, ni acidification des moûts. La fin de l’élevage (quatre à six mois) se fait en cuve inox, où les vins sont assemblés, avant la mise qui se fait au Domaine du Bois d’Yver. Dans la mesure du possible, la majorité des manipulations et soutirages se fait par gravité. La mise en bouteille a lieu à l’automne, sans collage ni filtration, avec un petit apport de So2 de manière à stabiliser et protéger les vins. Dans les millésimes à venir, l’élevage sous bois pourrait être allongé jusqu'à une année supplémentaire.

Vieilles vignes du Chablis villages « les Malentes »
Vins et terroirs :
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Chablis : issu de plusieurs parcelles situées autour du village de Courgis, le chablis du domaine représente environ 100 hl de production annuelle sur un peu plus de deux hectares. Les trois principaux lieux-dits sont « les Menardes », « Pattes Loup » (qui a donné son nom au domaine) et « les Malentes ». Cette dernière représente 125 ares de vieilles vignes plantées en 1951 par le grand père de Thomas, et issues d'une sélection massale. Ce vin ne connait pas le bois. Il est élevé une année en cuve inox pour les deux tiers et en œuf béton pour le reste.
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Chablis Premier Cru « Côte de Jouan » : un lieu dit peu connu (et surtout peu revendiqué) inclus dans le premier cru « Les Landes et Verjus ». Dans le prolongement sud-ouest des Montmains, il constitue un bon outsider à ce cru, sans toutefois en avoir la profondeur d’expression. Thomas en possède actuellement 25 ares en fermage, mais qu’il ne devrait plus pouvoir exploiter à partir de 2012 à cause d’un différent familial. C’est un terroir d’altitude, frais et relativement tardif. La vinification et l'élevage sont identiques pour les trois premiers crus, les détails ont déjà été évoqués plus haut.
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Chablis Premier Cru « Beauregard » : c’est le premier cru le plus sudiste de l’appellation, mais paradoxalement celui qui est vendangé en dernier, de par son altitude qui en fait un terroir relativement tardif. Sur ce secteur, les vignes appartiennent actuellement à Georges Pico, le père de Thomas, et sont donc exploitées par Thomas sous forme de négoce. À terme, il devrait pouvoir acquérir près d’1 ha sur ce terroir.
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Chablis Premier Cru « Montmains » : ce cru, revendiqué en Montmains, est essentiellement issu d’une parcelle incluse dans le lieu dit « milieu de Butteaux ». C’est un terroir plus chaud que les deux premiers crus précédents, et donc vendangé plus précocement. Thomas exploite aujourd’hui 40 ares en fermage, qu’il intègre par rachat successif dans sa production personnelle.

Sur le terroir de Beauregard, les marnes à exogyra virgula.
Nos dernières dégustations :
Déc. 2012 : 2010 : nez légèrement grillé, d’agrumes (citron), de fruits blancs qui évolue le lendemain sur des notes de pralin. La matière est grasse, ample, particulièrement bien équilibrée avec une fine acidité enrobée qui rend le vin traçant. Elle possède un joli fruit et une belle persistance finale sur des notes d’agrumes et de thé avec une jolie amertume. Un Chablis déjà très plaisant. Très Bien
Nov. 2011 : 2009 : le nez est assez réservé, légèrement réduit à l’ouverture (croute de fromage) puis se développe sur des notes anisées et d’agrumes. A l’inverse, la bouche est immédiatement gourmande, très bien équilibrée, très mûre, pleine de fruits jaunes et portée par une acidité sensible qui exclue toute note chaleureuse. La finale est de belle longueur sur les agrumes. C’est très bon. Bien +
Mai 2010 : 2008 : nez frais, notes florales, citronnées et fruits exotiques, avec un léger trait de vert. Attaque douce, qui révèle un vin au volume généreux, tendu, droit et avec une belle salinité perceptible. Finale fruitée avec de petits amers rémanents lui apportant un supplément de fraîcheur. Bien +
Nov. 2011 : Côte de Jouan 2009 : nez réduit au départ, puis s’ouvrant sur les agrumes, les fruits exotiques et une touche vanillée. La bouche est riche mais superbement équilibrée, exotique, soutenue par une belle acidité dans un ensemble très mûr. Légère pointe de sucrosité mais qui ne fatigue pas le palais. Bonne longueur finale sur les agrumes. Un vin qui devrait s’harmoniser avec un peu de bouteille. Bien +/Très Bien
Nov. 2010 : Côte de Jouan 2008 : passé un premier nez faussement vieilli et légèrement réduit, le vin s'épure grandement et est comme happé par un élan de jeunesse, reprenant un maximum de fruit au nez comme en bouche. Comme le 2009, il se signale par sa fraîcheur et tension, cette dernière ne provenant pas d'une maturité moyenne ni d'un rendement généreux, mais sans doute plutôt du style du millésime, couplé à la nature de ce terroir un peu haut et tardif. Très Bien
- Chablis Premier Cru « Beauregard » :
Juin 2012 : Beauregard 2010 : le nez est bien ouvert, intense, sur des notes de fruits exotiques, melon et abricot. Il évolue sur des arômes d’agrumes, d’orange et de craie. La bouche est droite, très rectiligne, bien plus en longueur qu’en largeur, avec une tension assez vive rehaussée par un gaz carbonique perceptible. Matière « sèche » soutenue par de fins amers qui donnent au cru une dimension assez terrienne, presque stricte et qui marque donc une certaine dichotomie avec l’exotisme et la gourmandise du nez. Finale salivante, presque saline, de très bonne longueur. Il ira loin. Très Bien
Nov. 2011 : Beauregard 2009 : nez mentholé et exotique. La bouche est particulièrement mûre, dotée d’une belle richesse, avec de l’ampleur mais sans verser dans la lourdeur. La longue finale sur l’ananas est salivante et gourmande plus que traçante. Amateurs de vins austères et longilignes, passez votre tour. Très Bien
Mai 2010 Beauregard 2008 : nez aromatique et complexe de petit fruits rouges frais, agrumes, poivre blanc et fleurs blanches. Attaque franche, dévoilant un vin très droit et volumineux. Matière carrée, encore un peu brute. Finale plus tendue avec un léger toasté. Bon potentiel mais doit encore s’harmoniser. Bien +
Août 2012 : Montmains 2010 : dés l’ouverture, le nez est déjà opulent, parfaitement défini, s’axant autour de notes de pêche blanche juteuse, de citron confit et d’une fine touche praliné. Attaque puissante, intense, sur des notes de mangue. Matière profonde, parfaitement mure, plutôt ronde en bouche, puis qui s’étire en finale grâce à une très belle acidité. Vin quasi-explosif, de l’attaque à la finale, tout en gardant équilibre et suavité. Finale sur les fruits exotiques. Superbe
Nov. 2011 : Montmains 2009 : un bouquet en retenu, sur le citron vert et les agrumes, le vin a besoin d’air. La matière est grasse et riche, dense, restant néanmoins un peu comprimée et monobloc. L’ensemble s’équilibre sur une très longue finale qui se s’étire et se tend. Un vin qui a besoin d’une bonne aération pour se livrer complètement, mais dont le potentiel est indéniable. Très Bien +
Mai 2010 : Montmains 2008 : nez riche, exhalant des notes miellées et exotiques (kiwi) très chablisiennes, L’attaque est tendue et droite. Matière ciselée qui donne de la profondeur à la trame. Superbe équilibre, vin savoureux, très pur. Longue finale citronnée. Remarquablement abordé, ce chablis est une réussite. Excellent

Nous devons avouer que nous sommes de plus en plus convaincus par ce jeune vigneron aussi ambitieux qu’humble. Thomas Pico présente une gamme de très bons Chablis, complets et réfléchis, pouvant peut-être même aller encore plus loin dans les nuances d'expression de leurs origines. Sa vision très pragmatique de la viticulture devrait le hisser rapidement vers les sommets de l’appellation. Il progressera sans doute dans la compréhension et approche plus précise de ses terroirs, s'adaptant au plus juste aux besoins naturels de la plante. Il affinera également ses vinifications, en passant peut-être par divers essais plus ou moins réussis, mais allant toujours dans le sens d’un apprentissage poussé et fin de son métier. Admiratif du travail des plus grands, Dauvissat et Raveneau en tête, il leur emboitera très certainement le pas en incluant en plus une nouvelle dimension culturale de la vigne. Assis sur une viticulture minimaliste, inerte et jouissant - sans effort - d’une réputation acquise, il était temps que de jeunes vignerons de la trempe de Thomas bougent enfin les lignes du chablisien et donnent à ces magnifiques terroirs une viticulture digne de leur originalité et classe. Nous lui souhaitons la plus grande réussite dans cette quête difficile, mais belle et tellement excitante !
Notes :
- Mis à jour le 02/09/2012 : nouvelles notes de dégustation
- Avec la participation de Laurent Garlin