Jeudi 14 Mai 2009 vin-terre-net
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Domaine du Clos des Lambrays – Morey Saint Denis
 
 
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Le domaine :
 
Le Clos des Lambrays donne toujours l’impression d’avoir un temps de retard... et pourtant ! Nous sommes en 1981 lorsque l’INAO étudie l’accession du Clos au rang de Grand Cru. Guy Faiveley qui représente la Bourgogne dit simplement « Messieurs, si le Clos des Lambrays n’est pas un Grand Cru, alors je ne connais aucun Grand Cru », tant cela parait évident aux yeux de tous. Le 27 avril 1981 c’est donc chose faite, près de 50 ans après ses deux illustres voisins, le Clos de Tart et le Clos Saint Denis.
 
Le « Clos des Lambrey » qui n’appartenait pas à l’abbaye de Cîteaux, apparait sur le tard. Un texte de 1349 évoque une rente en vin que Cîteaux a dans ce Clos. Puis le mot « Lambrey » connait ensuite une longue éclipse et l’on ignore encore aujourd’hui sa véritable origine. Au milieu du XIXe siècle, un négociant de la région, Louis Joly, recoud l’ensemble des 75 parcelles figurant sur le cadastre de 1828. Il aménagera également sa propriété de Morey, construite en 1630, faisant du parc et du jardin, une merveille d’horticulture. En 1866, l’ensemble est revendu à Albert-Sébastien Rodier qui continuera sa mise en valeur en imposant la dénomination d’aujourd’hui : Clos des Lambrays. Après la première guerre mondiale, Albert Rodier, le petits fils d'Albert-Sebastien, connait de graves ennuis d’argent. Et en 1938, le cru (propriété et bâtiments) est vendu à Renée Cosson, son amie, épouse d’un banquier parisien. Jusqu’en 1950, Albert Rodier continu de vinifier les Lambrays, mais Renée Cosson impose de plus en plus sa vision dogmatique du travail de la vigne. Considérant le clos comme « un enfant de l’amour », elle y fait régner des lois antiques : elle conserve des vignes franches de pied ; ignore la replantation, l’engrais, le sucre ; pratique de longs cuvages et de longs élevages (parfois plus de cinq ans !!!) et maudit le ciel lorsque les rendements dépassent les 10 hl/ha ! La vigne se meurt et les vins produits dans ses années là sont des plus hétérogènes.

En 1974, Renée Cosson sentant l’âge venir décide de mettre en vente le domaine pour 18 millions de francs. Cette offre fait la une des journaux, mais le cru ne trouve pas acquéreur et la vigne et les vins déclinent irrémédiablement. Le Clos des Lambrays est finalement acheté en 1979 (pour 10 millions de francs) après le décès de René Cosson. C’est une société civile constituée par Fabien et Louis Saier et Roland Pelletier de Chambure qui s’en trouvent acquéreurs. Ils entreprennent alors une œuvre de reconquête avec l’aide de Thierry Broin, l’œnologue. Dix ans plus tard, le Clos des Lambrays retrouve sa superbe. Dans la propriété de Morey, le Parc Joly est également restauré et l’on peut encore y admirer aujourd’hui son cèdre multi-centenaire. Depuis 1996, le domaine est la propriété de Günter et Ruth Freund, originaire de Coblence (Allemagne).
 
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Étiquette du Clos des Lambrays sous l’ère Cosson. On remarque la mention « Grand cru classé », mais classé par qui à cette époque ???
  
Aujourd’hui, le « Clos des Lambrays » représente 8ha 84a 02ca hectares. Il est composé de trois lieux dits :
Ainsi, le domaine des Lambrays exploite la quasi-totalité du clos. « Quasi » car 420 m² appartiennent à la famille Taupenot-Merme, qui a reçu cette parcelle après l’acquisition de la propriété de Bernard Remy, dont le jardin privé était sis dans le grand cru. Les tentatives de rachat de cette parcelle par le domaine des Lambrays n’ont jusqu’à présent jamais abouti. Il est donc produit chaque année, environ 200 à 300 bouteilles de Clos des Lambrays, domaine Taupenot-Merme, une rareté. Ce qui ne signifie d'ailleurs pas forcément « Grand Vin », notamment vu l'emplacement de cette vigne, mais pour savoir il faudrait pouvoir y goûter...
 
Là où le Domaine des Lambrays n’est jamais en retard, c’est sur la date des vendanges. C’est régulièrement l’un des tous premiers domaines de Morey à couper. En fonction des millésimes, elles débutent parfois autour du 15 septembre (le domaine peut obtenir une dérogation s'il veut commencer avant le ban). Les baies, sévèrement triées, sont vinifiées autant que possible non égrappées. Les cuvaisons sont relativement courtes (15 à 18 jours) et les extractions douces. L’élevage se fait en fût avec une proportion de 50% de bois neuf. Le tonnelier principal est François Frères. A l’issue de l’élevage, l’assemblage final écarte une partie plus ou moins importante de la récolte qui ne va donc pas forcément dans le « grand vin », un peu comme à Bordeaux. Ce sont en général les plus jeunes vignes du clos qui sont alors repliées en Morey Saint Denis premier cru « les Loups ». Les Loups, n’étant donc pas le nom d’un climat. Noter que le domaine des Lambrays partage cette caractéristique assez unique avec son illustre voisin, le Clos de Tart.
 
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Bâtiments du domaine donnant sur le parc Joly.
 
Autres vins et terroirs : En plus du Clos des Lambrays et du Morey village « Les Loups » evoqués ci dessus, le domaine produit deux blancs:
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Une vieille « craque » puisant ses forces dans le sol à la fois gras et caillouteux du Cailleret de Puligny, à deux pas du Montrachet Marquis de Laguiche. 
 
Nos dernières dégustations :
NB : nous n’avons pas de notes récentes sur les vins du domaine du Clos des Lambrays, ni la possibilité d’y retourner dans les prochains temps. Néanmoins, nous souhaitons conserver cet article dans cette rubrique car il nous semble regrouper une somme d’informations possiblement utiles au lecteur de passage. Nous présentons ici quelques commentaires de vins dégustés en bouteilles lors de notre dernière visite.
 
Mai 2009 : Puligny Montrachet Les Folatiéres Premier Cru 1994 : après 15 ans de bouteille, le vin est impeccable. Si l’évolution marque le premier nez par ses notes d’acacia, de miel, de mousseron, de fougère et de silex, elle est d’une noblesse incontestable. Superbe tenue en bouche grâce à une trame vineuse et glissante à souhait ! Grand équilibre autour d’une matière nette, soyeuse et parfaitement harmonieuse. La longue finale, droite et racée, se déploie sur d’élégantes notes de champignon et de coquilles d’huitre. Simplement Excellent
 
Mai 2009 : Clos des Lambrays 2007 : le nez frais et gourmand développe une belle trame de fruits rouges, de framboise, de pétale de rose et de noyau de cerise. Dés la prise en bouche, le vin parait souple et aérien. En réalité, il cache une belle profondeur et des tanins séveux et précis qui se dévoilent un peu timidement. Un vin à la fois friand et complexe, appuyé par une grande longueur aromatique qui lui donne toutes ses lettres de noblesse. C’est très bon aujourd’hui, à voir dans le temps. Très Bien
 
Mai 2009 : Clos des Lambrays 2006 : sur les fruits noirs, la cerise burlat, la fourrure et évoluant vers des flagrances de fleurs blanches. Plus terrien que le 2007, il s’impose immédiatement par sa structure compacte et complexe. La matière est soutenue à la fois par un bon ressort tannique et par une noble fraîcheur. Grande allonge en finale, avec un léger retour toasté/fumé qui rappelle l'élevage, mais ce dernier est bien intégré. Très Bien + aujourd’hui et beau potentiel. 
 
 
Nous tenons en guise de conclusion à simplement remercier infiniment monsieur Brouin qui nous a consacré un long moment, a répondu avec décontraction mais passion à nos questions. Et n'a pas compté les bouteilles ouvertes et les fûts débondés pour étayer son discours et aborder des sujets passionnants, mais aussi parfois tabous. Il est rare que des domaines bourguignons si réputés et renommés de par le monde accueillent avec encore autant de simplicité, ouverture et bonheur les passionnés qui en font la demande. Cela mérite donc d'être signalé et salué comme il se doit.
 

Domaine du Clos des Lambrays
31 rue Basse 21220 Morey Saint Denis
03 80 51 84 33
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www.lambrays.com
  
 
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Références :
Chambertin, de Jean François Bazin, collection Le Grand Bernard des Vins de France, éditions Jacques Legrand

Mise à jour le Samedi 02 Mars 2013