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Domaine Jules Desjourneys - La Chapelle-de-Guinchay
   
 
Desjourneys_duperray_fabien
 
Avant-propos :
 
Nous avons rencontré pour la première fois Fabien Duperray un après-midi d'avril 2010, sur conseil de Michel Bettane. Arrivés dans sa cave vers seize heures, nous quittâmes les lieux quatre bonnes heures plus tard. Ca en dit peu mais finalement long sur le personnage, si l’on sait que nous ne goûtâmes au final « que » cinq fûts et le seul Fleurie 2007 alors disponible à la vente. Il est comme ça Fabien, de prime abord réservé, il peut tester un peu mais jamais méchament, simplement parce qu'assez - voire très - sensible. Il a besoin de sentir les gens avant de laisser transparaître sa passion et son amour du beau vin. Nous nous sommes souvent interrogés sur les vignerons centrés sur leurs régions et cépages, peu curieux de ce qu’on pouvait produire de meilleur sous d’autres contrées. Lui est à l'inverse de cela, et c'est à force de goûter au meilleur, en Bourgogne et ailleurs, qu'il a voulu se lancer. Pas pour en découdre, mais montrer de quoi le beaujolais était capable, et surtout parce qu'il l'aime cette région et ce gamay, cépage encore plus exigeant selon lui que le pinot ! Du bluff ? Sans doute pas. Bref, nous y sommes ensuite retournés, trois fois, avons bien réfléchi afin de ne pas nous ruer vers un compte-rendu rapide et bêtement enthousiaste. Puis à force de goûter ses nouvelles cuvées et millésimes, de voir la progression impressionnante, nous nous sommes enfin décidés à essayer de raconter le projet de ce vigneron passionné.
 
 
Le domaine :
 
Fabien Duperray n'est pas un vigneron comme les autres, qui plus est en Beaujolais. Après avoir fondé il y a une vingtaine d'années sa société de distribution de grands vins de Bourgogne auprès de la restauration, Vinifera, après avoir parcouru le beaujolais où cette dernière est basée, après avoir dégusté plus qu'à son tour les meilleurs vins locaux - jeunes et vieux - comme du monde, après avoir côtoyé les plus grands vignerons français, Fabien Duperray a fait un rêve. Et surtout, il est en train de le concrétiser : produire les plus grands beaujolais possibles, sur des terroirs de premier plan, via une viticulture de grand cru, avec un matériel végétal vénérable, en appliquant des vinifications inspirées et de longs et consciencieux élevages.
 
Avant de se lancer dans l'aventure, Fabien a mis à profit sa grande connaissance du beaujolais (à part Michel Bettane, nous ne connaissons personne qui connaisse aussi bien la région que lui) pour repérer les très vieilles vignes encore disponibles (ou sur le point de l'être) sur de grands terroirs. Après en avoir fait l'acquisition, il s'est d'emblée fixé des standards de viticulture inspirés des plus grands vins et vignerons français. Ainsi, si la philosophie qui guide ses pas à la vigne se veut biodynamique, elle est avant tout paysanne, et fait la part belle au bon sens et à l'empirisme. Au delà des préparâts biodynamiques, aucun produit de synthèse n'est donc utilisé dans le vignoble (ni au cuvier), seul le recours au soufre et cuivre est mis en œuvre avec grande parcimonie pour traiter la vigne. Les sols sont travaillés au piochon, au treuil ou via un tracteur ultra léger, afin de ne pas tasser les sols et d'asphyxier la couche superficielle en créant des phénomènes anaérobiques préjudiciables. Si nombre de parcelles, comme les Moriers, sont le plus souvent enherbées, le pied des vieux ceps est tout de même désherbé non pas au round up, ni au piochon, mais simplement à la main, en tirant les mottes d'herbes délicatement. Cela peut être perçu comme excessif, mais nous répondrons seulement que lorsque certains grands vignerons de Gevrey-Chambertin le font, on ne crie pas à la folie, on les encense.
 
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Désherbage à la main aux Moriers

Arrivés à maturité phénolique complète (en 2008 et 2010, Fabien était le dernier vigneron de la zone des crus du beaujolais à vendanger), les raisins sont ramassés manuellement, sous son œil sourcilleux qui impose de ne cueillir et sélectionner que ceux qui pourraient donner envie d'être mangés. A l'arrivée au cuvier, un passage systématique (même en 2009) de la vendange sur table de tri est réalisé, afin d'éliminer notamment sur une même grappe les quelques raisins qui pourraient présenter un petit défaut de maturité, des impacts de grêle ou des traces de maladie. Le tri final permet de cuver des raisins complètement mûrs et sains, quel que soit le temps nécessaire à l'opération de sélection. Sur le sujet, nous passons les anecdotes de tris d'années délicates qui se finissent à la lampe, ciseaux en main, tard dans la nuit.
 
Ensuite, autant que faire se peut - mais sans dogmatisme - les raisins ne sont pas égrappés. Evidemment, en fonction des terroirs et millésimes, il arrive que certains lots le soient, mais ce n'est pas un but, plutôt une adaptation à la qualité et nature de la vendange. Quand les raisins sont entiers, les cuvaisons se font selon la technique beaujolaise classique (macération semi-carbonique). Dans tous les cas, elles ont lieu dans de grandes cuves bois tronconiques ouvertes. Fabien travaille désormais uniquement sur ce type de contenant, car il sait que c'est la meilleure façon d'extraire les tanins les plus fins et doux possibles. La durée de cuvaison n'a pas d'importance intrinsèque, en ce sens qu'elle n'est pas un indicateur de qualité du futur vin. Mais elle peut ici parfois être longue et réalisée selon des protocoles jadis évoqués par feu Jules Chauvet, en transférant au fur et à mesure les jus d'écoulement dans un autre contenant, afin de prolonger au maximum le temps de fermentation intracellulaire. Ainsi on extrait les plus beaux tanins et on peut aller chercher les plus belles textures. Mais toutes les parcelles ne sont pas nécessairement vinifiées avec autant de prise de risque (gare aux possibles montées d'acidité volatile et autres poches d'acétate !) ; souvent, Fabien se contente de suivre le processus beaujolais traditionnel, avec un maximum de surveillance et souhait de précision.
 
Après cuvaison puis pressurage doux dans un petit pressoir vertical, les vins sont entonnés en pièces bourguignonnes et demi-muids neufs, de un et deux vins. Ils sont réalisés avec des bois de l'Allier et des forêts des Bertranges, l'origine des douelles étant adaptée en fonction du terroir en question. La durée de l'élevage varie en fonction des cuvées, terroirs et millésimes. Mais disons que le minimum se situerait autour de 18 mois, pour aller jusqu'à 36 mois par exemple pour le Moulin-à-Vent 2008. La mise en bouteille se fait ensuite après un long repos supplémentaire dans la cuve d'assemblage. Les vins sont embouteillés au domaine par Fabien lui-même, via une petite tireuse qui permet d'agir avec le maximum de douceur. Puis le vin est conservé en bouteilles, à la manière de certains grands vins italiens et espagnols, avant d'être proposé à la vente. Ainsi, le Fleurie 2007 a commencé à être commercialisé courant 2010, et les 2008 du domaine seront mis en vente dans l'automne 2011, si Fabien ne recule pas la date de mise en vente d'ici là ! Il ne s'agit pas de snobisme, juste le choix de présenter les vins quand ils commencent à bien se déguster et être en place. Une façon de les accompagner dans leur vie, avant que ces derniers puissent être achetés et éventuellement bus par les amateurs les plus pressés.

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Fabien Duperray à la pipette, millésime 2010 en fûts.

Terroirs :
 
Pour le moment, il n'y a pas de cuvées prédéfinies (ie. que l'on retrouve nécessairement chaque année). En effet, il arrive qu'en fonction du millésime, Fabien assemble certaines origines, ou fasse des sélections parcellaires, comme cela sera le cas pour la première fois en 2009 avec son Fleurie Chapelle-des-Bois. Ainsi, plutôt que de détailler ses différentes cuvées, voici une présentation de ses terroirs.
  • La Chapelle des Bois, à Fleurie : Deux vignes ici : une de 60 ans environ, proche du village, sur un secteur en pente assez prononcée ; et une très vieille, plus que centenaire, plantée sur porte-greffe Viala, dans une pente moins forte et située légèrement plus en altitude, vers la Madone. Sur ces deux vignes, exposition majoritairement au sud avec des variations est et ouest. C'est un des climats les plus précoces de Fleurie, connu pour donner des vins floraux, vite ouverts, opulents. Classé en 1ère classe par Danguy & Vermorel*.
  • Les Moriers, à Fleurie : Une seule vigne d'environ 70 ans possédée sur ce grand terroir, après rachat au Dr Lombard. Contrairement à la famille Chignard, il s'agit ici du secteur de plein coteau des Moriers, anciennement dénommé Muriers. Il regarde le haut de l'appellation Moulin-à-Vent, avec une exposition sud-est. Malgré le fait qu'il soit beaucoup plus tardif que Chapelle-des-Bois par exemple (10 jours d'écart en 2010), on y trouve une végétation de type méditerranéen, avec même la présence de cigales aux beaux jours. C'est un climat réputé pour ses vins corsés, épicés et profonds, rappelant Moulin-à-Vent. Classé en 1ère classe par Danguy & Vermorel.

  • Les Burdelines (bas), sur Romanèche-Thorins (appellation Moulin-à-Vent) : la vigne de Fabien n'est pas dans la meilleure partie des Burdelines, mais elle permet tout de même de vinifier un moulin-à-vent fin, dans cette zone peu éloignée de la Roilette (cette dernière est sise un peu plus haut dans le coteau, côté Fleurie).

  • La Grande Charrière, sur Romanèche-Thorins (appellation Moulin-à-Vent) : Excellent climat presque inconnu, pourtant situé à une centaine de mètres du véritable moulin, sous ce dernier, mitoyen du climat La Roche.

  • Les Maisons Neuves (dessus), sur Chénas (appellation Moulin-à-Vent) : Très bon terroir méconnu situé dans le secteur proche du moulin, coté Chénas/Chapelle des Bois. Classé en 2ème classe par Danguy & Vermorel.

  • Chassignols, sur Chénas (appellation Moulin-à-Vent) : Vieilles vignes de 90 ans sisent sur un beau terroir peu connu. A terme, elle pourrait rejoindre et compléter la Cuvée ronde de Moulin-à-Vent.

  • Les Michelons, sur Chénas (appellation Moulin-à-Vent) : Deux vignes sur ce terroir : une de 60 ans, l'autre plus que centenaire. Superbe terroir de coteau privilégié et proche du village, qui entrait avant son rachat dans la cuvée de Vieilles vignes d'Hubert Lapierre. Classé en 2ème classe par Danguy & Vermorel.

  • Les Vérillats, sur Chénas (appellation Moulin-à-Vent) : Nouvelle acquisition du domaine en 2011. Parcelle de 30 ares sur un des plus grands terroirs de l'appellation, au sol granitique décomposé (gore), située sur un petit promontoire qui domine le véritable moulin. Classé en 1ère classe par Danguy & Vermorel. Pourrait faire l'objet à terme d'une cuvée parcellaire, en fonction des résultats obtenus.

*En 1893, un ouvrage de Danguy et Vermorel se basant sur une classification établie par Antoine Budker en 1874, établit une première description complète et un premier classement des vins et terroirs du Beaujolais, du Mâconnais et du Chalonnais. C’est le seul classement historique exhaustif connu à ce jour sur le Beaujolais, et donc celui qui sert de référence ; en attendant peut-être un jour une généralisation de l’étude géologique entreprise actuellement sur Moulin-à-Vent à toute la région, qui permettrait de (re)définir et classer officiellement les meilleurs climats..

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Vieux gobelet aux Moriers
 
Visite du 10 juin 2011 :

Tous les vins sont goûtés en cours d’élevage.
 
Fleurie Chapelle-des-Bois 2010 « cuvée Robert » : La Robert, c’est la cuvée des vendangeurs, vinifiée avec les raisins jugés moins parfaits lors du tri sur table. Nez sur le fruit, assez pur, mûr, déjà intense sur la cerise burlat. Bouche souple à l’attaque, très « fleurie » dans la structure et avec une acidité bien présente. Finale encore raide à ce stade. Ceci dit, au vu de l’ambition de cette cuvée, c’est plutôt très bon !
 
Fleurie Chapelle-des-Bois 2010 Jeunes vignes : Les jeunes et les vieilles vignes sont vinifiées séparément. Mais ici, on appelle jeunes vignes des plants de 60 ans… FML faite. Nez plus exotique, sur la pêche, la groseille avec un fruité assez intense. La bouche est construite sur l’ampleur, le volume et une bonne puissance. Les tanins sont fins, mais la finale se resserre assez franchement. On sent le besoin du vin d’être encore élevé.
 
Fleurie Chapelle-des-Bois 2010 Vieilles vignes : FML faite. Nez intense, développé, marqué par un peu de fût de prime abord et complété par les fruits noirs, des épices et une touche florale à l'aération. Superbes tanins en bouche, complètement formés, avec un grain pointu, précis. La matière est riche et dense, et l’ensemble salivant. Fond de verre sur les fleurs. Grand vin en devenir.
 
Fleurie Moriers 2010 Haut : Un peu comme pour Chapelle des bois, deux parties de la même vigne sont vinifiées séparément avant d’être assemblées. Caractère bien plus austère et « tendu » dans ce vin, avec une matière carrée, serrée et pas totalement domptée à ce stade. La maturité est bien au rendez-vous avec ses notes d’agrumes et de fruits blancs. Il doit encore se détendre.
 
Fleurie Moriers 2010 Bas : Sur un fût neuf. Le choix du fût dégusté marque un peu le vin à ce stade. La bouche parait plus souple et texturée que sur les Moriers Haut, mais l’ensemble présente une belle trame, aromatique, pulpeuse et savoureuse. La finale se marque d’un peu de sécheresse pour le moment, signe d’un vin travaillant encore à l’élevage. Il devrait bien s’harmoniser avec l’autre cuvée.
 
Moulin-à-Vent 2010 « Cuvée Ronde » : Issu des lieux-dits Burdelines, Grande charrière et Maisons Neuves. Nez sur la prune, les épices, le poivre et la cerise burlat. L’attaque est immédiatement plus ample que sur les fleurie, avec des tanins denses et racés. Grande profondeur de bouche, matière sapide et finale puissante sans manquer d’équilibre. Fond de verre sur des notes florales. Grand vin, remarquablement construit. Une future référence.
 
Moulin-à-Vent Michelons 2010 Bas : L’isolement de cette parcelle rend le vin d’approche plus simple dans sa complexité aromatique et dans sa structure pour le moment. On note l’intensité fruitée qui s’en dégage toutefois, amplifiant le jus et la trame tannique encore serrée, mais la bouche est relativement ronde dans l’ensemble. A suivre.
 
Moulin-à-Vent Michelons 2010 Haut : Nez frais, mentholé, sur les fruits rouges. On relève plus d’ampleur, plus de caractère, plus de fond que sur le « bas ». Fond de verre sur les agrumes et les fruits exotiques. Typiquement mûr et frais. On tente d'imaginer avec impatience l’assemblage des deux lots.
 
Moulin-à-Vent Chassignols 2010 : Sera assemblé avec la cuvée ronde en 2010. L’élevage marque encore sensiblement le vin, relevant des parfums grillés, toastés, café et un peu chauds. En bouche, le bois marque aussi le vin, enrobant les tanins et leur donnant du gras et du volume. Même si la finale se retend sur une belle acidité, on sent un vin quelque peu empreint par l’élevage, lui conférant un coté sexy, pinotant, mais un peu moins « moulin », moins racé aujourd’hui. A voir plus tard, et surtout, comment ce vin s’intégrera dans l’assemblage final.
 
Moulin-à-Vent 2009 : Goûté dans la cuve d'assemblage, avant mise. Nez riche, très 2009, sur des notes d’abricots, de prune. La bouche possède un jus fougueux et une classe fabuleuse. Grande ampleur et grande richesse de matière sans que celle-ci ne paraisse débordante. Tanins soyeux, sapides, classieux, parfaitement enrobés. Joli gras en finale, ciselé par ce qu’il faut de fraîcheur. Dans ce vin, il y a tout. Superbe !
 
Fleurie Chapelle-des-Bois 2009 : Goûté dans la cuve d'assemblage, avant mise. Nez poivré, enrobé par quelques notes d’élevages. La maturité est ici aussi au rendez-vous, avec une matière moelleuse, suave, caressante et se développant plus en largeur qu’en longueur. Toucher de bouche très doux. Finale d’intensité moyenne, un peu évanescente et marquée par une petite chaleur. On en saura plus après mise, mais en élevage c'était une bombe. Patience.
 
 
Dégustations :
 
Juin 2011 : Moulin-à-Vent 2007 : En magnum. Réduit à l’ouverture, avec des notes d'arachide un peu marquées, le nez va se développer sur des notes florales et mentholées. Bouche ronde, avec de petits tanins, la saveur est à ce stade en retrait. Le vin semble un peu endormi, cherchant à regagner à l'air fruit et dynamisme. Un peu de patience est nécessaire. C’est le premier millésime de Fabien, et c’est quand même loin d’être un échec. A suivre dans le temps.
 
Nov. 2011 : Moulin-à-Vent 2008 : En bouteille. Mis dans l'été 2011, ce vin qui a pratiquement été élevé trois ans, à la manière des grands barolos, est une sorte de mirage dans ce millésime extrêmement difficile et ingrat. Mirage car l'on a presque peine à croire qu'il est précisément né en 2008 : robe impressionnante de densité  et profondeur (plus que de couleur pure). Dans un grand verre, le vin se met en place tranquillement avec des notes de fruits rouges et noirs complètement mûrs, des accents épicés, une légère touche de créosote et de toast qui finit par se fondre dans le vin, et un je-ne-sais-quoi de balsamique et mentholé qui évoque certains grands nebbiolo. L'ensemble est relativement profond et se développe lentement mais de façon ascendante. La bouche est saisissante de plénitude, d'ampleur, de profondeur pour l'année. Voilà en effet un superbe rouge aux tanins très fins, nombreux, charnus, idéalement polis et définis. L'allonge est impressionnante, tout comme l'intégration de toutes les composantes du vin. Il est à peine à l'aube de sa vie, mais nous lui prédisons un futur radieux. Une référence dans le millésime, et sans doute le meilleur beaujolais 2008 produit dans le nord des crus.

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L'aventure dans laquelle s'est lancée Fabien Duperray est franchement assez excitante à suivre. Surtout lorsque l'on est comme nous passionnés par le beaujolais, et convaincus que l'on ne mesure peut-être pas encore totalement le potentiel ultime de la région, de ses plus grands terroirs et de ses meilleurs millésimes. Avec ce projet, on se plait à rêver que l'on va peut-être apercevoir un des versants du graal. En tout cas nous sommes certains d'avoir là un vigneron qui place son idéalisme et sa passion avant le souci mercantile de rentabilité à court terme, tout en se donnant les moyens de ses ambitions (avec tout ce que cela peut avoir de fou et déraisonnable). Bien sûr, notre foi en ce projet ne repose pas sur rien. Nous avons pu mesurer, sur la base de ses quatre premiers millésimes, la vitesse étourdissante des progrès réalisés chaque année. Quatre années, quatre années de gains qualitatifs essentiels, des gains de nuances, de détails, de profondeur, de pureté, de justesse. Le travail dans les vignes est déjà grandement abouti. Si l'on devait voir un potentiel de progression encore réalisable sur le sujet, il serait sans doute dans la capacité des sols et du matériel végétal à se régénérer après les agressions chimiques subies dans les années qui ont précédé le rachat et la reprise en main des vignes. De ce point de vue là, la biodynamie a beaucoup de bonnes choses à apporter, quand elle est réalisée intelligemment et positivement. Fabien pourra peut-être aussi aller encore plus loin dans le dosage du stress infligé à la plante via l'enherbement, par exemple. En cave, nous n’avons pas vraiment de commentaire à faire, nous ne sommes pas vinificateurs et n'avons de ce fait pas de conseils à lui donner. De plus, nous n'avons jamais gouté de vins trop extraits ou totalement « déconnants ». Il reconnaît néanmoins que vinifier son premier millésime a été riche d'enseignements, afin d’apprendre à gérer les notions de turbidité, filtration et stabilité. Finalement, nous pensons que la principale voie de perfectionnement à court terme pourrait peut-être se situer du côté des élevages, et notamment dans le choix des fûts et fournisseurs. Il le sait déjà, y pense, et veut affiner encore la chose. Une anecdote, pour finir. Dernièrement, nous l'interrogions sur ce que ses amis vignerons lui disaient lorsqu'ils goûtaient ses vins ? Et Fabien de répondre, dans un éclat de rire spontané, mêlant gêne et excitation : « Va chercher une caisse, on va échanger des bouteilles ! ». L'histoire est en marche…
 
 
 
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- Mis à jour le 01/11/11 : Ajout commentaire dégustation MAV 2008
 

Le 24/05/2012 à 06h39
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