Morgon : Daniel Bouland 1982
C’est presque devenu une tradition : lorsque nous passons une journée dans le beaujolais, il y a toujours un moment où l’on goûte une vieille bouteille, comme pour essayer de nous convaincre à nouveau du potentiel de vieillissement des meilleurs crus. Il faudrait peut-être le faire aux plus sceptiques et réfractaires à cette région, car nous sommes déjà convaincus de cela ! Cependant, c’est toujours avec un plaisir non dissimulé que nous nous prêtons à l’exercice, d’autant plus chez un vigneron de la trempe de Daniel Bouland. Mais surtout nous avons toujours l’impression de vivre un véritable privilège : pouvoir déguster un vieux beaujolais en présence du vigneron qui l’a vendangé, vinifié et qui a rangé cette bouteille il y a presque trente ans, sans qu’elle ne bouge d’un millimètre jusqu’au moment de la ressortir pour nous la faire partager… voilà certainement le sommet de notre passion. 1982 est donc le premier millésime déclaré par Daniel, après la scission du domaine entre les deux frères. A cette époque il produisait une cuvée unique de Morgon.La robe a gardé beaucoup d’éclat, de limpidité et de jeunesse, se parant de beaux reflets ambrés sur le disque. Le nez prend tout son temps, et il l’a le temps, il a déjà attendu trente ans. Le bouquet se développe avec parcimonie, diffusant des arômes de tabac à l’ouverture, puis de biscuit, spéculoos, fruit à l’eau de vie, orange amer… En bouche, le vin est une caresse, comme le sont tous les vieux grands vins. Il se développe tout en saveur, en finesse, avec des tanins d’une suavité confondante. Complètement enrobé, il déploie son gras et sa liqueur avec douceur et finesse, se prolongeant avec délicatesse dans une finale encore fraîche, longue, presque intemporelle.
Nicolas dira « dans cette bouteille, réside l’esprit du vin »…




