Lundi 24 Novembre 2014 vin-terre-net
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Vignoble de Barbaresco
 
 
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Nota : le présent texte concerne exclusivement le vignoble de Barbaresco et s’inscrit dans un article général consacré aux grands vins des Langhe. A lire également celui consacré au vignoble de Barolo et publié ici.
 
Sommaire :

     1. Commune de Neive
     2. Commune de Barbaresco
     3. Commune de Treiso
     4. Commune d’Alba

 
Classé DOC en 1966, le vignoble de Barbaresco (environ 700 hectares pour près de 4.5 millions de bouteilles produites par an) s’est vu attribuer le rang supérieur de DOCG en 1980. L’aire d’appellation couvre quatre communes : l’est d’Alba (4% de la production), le finage de Treiso (20%), celui de Barbaresco (45%) et celui de Neive (31%). Le sol de la zone du Barbaresco est fondamentalement constitué de marnes calcaires de l'époque tortonienne et les vins, dans leur relative nervosité et leur fruité parfumé, conservent une certaine ressemblance avec les Barolo produits sur des sols semblables dans les villages de Verduno, La Morra, Barolo et Novello ; mais il est cependant rare de trouver un Barbaresco avec l’ampleur d'un grand Barolo. Ceci dit, quelques terroirs, - par exemple Albesani et sa meilleure partie, Santo Stefano, ou encore Montestefano - donnent des vins qui sont, dans le jargon local, baroleggiano, et donc se rapprochent d’un Barolo ; mais ils sont plutôt rares. A Barbaresco, le Nebbiolo mûrit plus tôt qu’à Barolo, probablement en raison de la proximité du vignoble avec le fleuve Tanaro qui agit comme un climatiseur naturel privilégié. Ce style de vin plus « léger » se reflète aussi dans les exigences d’élevage moins longues que pour Barolo. Ils doivent légalement durer au minimum 26 mois dont neuf sous bois (et donc le solde en bouteilles) et 50 mois pour les versions Riserva (dont neuf sous bois). La mise en vente du vin en bouteilles ne peut se faire qu’à partir du 1er janvier qui suit la troisième année faisant suite à celle de la vendange, et le 1er janvier qui suit la cinquième année post-récolte pour la version Riserva. Enfin le vin doit titrer au minimum 12.5°, mais avouons que depuis 1997 (premier millésime moderne « chaud »), il titre souvent 13.5° voire plus.
 
Remarque quant aux styles des vins et vignerons mentionnés ci-après :
Contrairement à d'autres usages fréquents, les différenciations stylistiques que nous souhaitons mettre en avant ici concernent autant les choix réalisés par le vigneron lors de la vinification que lors de l'élevage. Voici donc notre classification simplifiée et non exhaustive, destinée à donner des points de référence basiques à l'amateur de grands vins de Barolo et Barbaresco en terme de façon de faire le vin et donc de goût :
– Style « Classique » (SC) : les vins sont issus de macérations longues où la température n’est pas contrôlée, ou alors vers le bas mais sans excès. Les élevages se font intégralement en grands foudres et ils durent deux à six années. Il en résulte des crus aux couleurs peu intenses, aux tanins abondants mais fins, de profil plutôt peu exubérant dans la jeunesse mais vieillissant plus longtemps en moyenne que les autres.
– Style « Intermédiaire » (SI) : sous cette épithète, nous rangerons les vignerons ayant recours à des cuvaisons moins longues que celles du style classique, mais qui ne sont pas inférieures à une semaine. L’usage de la température, notamment pour chauffer les moûts, est nul ou mesuré. Les élevages sont réalisés en foudres et/ou fûts de diverses tailles (du format barrique au format demi-muids - 500/600 litres), plus ou moins neufs. Il en résulte un type de vin moins retenu dans la jeunesse que le style classique pur, un peu plus facile et « accessible » pour le grand public.
– Style « Moderne » (SM) : les vins sont généralement issus de macérations courtes, les vinifications se font souvent en cuves auto-rotatives inox, les moûts sont parfois chauffés afin de favoriser l’extraction de couleur et généreusement pigés et remontés. Les élevages privilégient les petits contenants (barriques, demi-muids) et le bois neuf, présent au moins à 20% en général. Les vins sont vite ouverts, relativement boisés, plutôt opulents et « internationaux » de style, en tout cas dans la jeunesse ; ils peuvent bien se garder chez les vinificateurs les plus adroits et surtout sérieux à la vigne !

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Neive

1. Commune de Neive
 
Gros bourg médiéval de caractère, impressionnant le visiteur par son aspect imposant, Neive est classé parmi les plus beaux villages d’Italie. Apparemment, il doit son nom aux gens Naevia, une famille romaine noble qui y vécut il y a très longtemps. Autour de 100 ans avant J-C., une colonie romaine importante résidait ici, comme en témoigne la Via Aemilia Scauri, appelée ainsi du nom du consul Emilio Scaurus. Au Moyen-Âge, on y construisit un château fort (dont il ne reste aujourd'hui qu'une tour carrée) et à proximité un monastère de moines bénédictins venant de l'Abbaye de Fruttuaria. L’appartenance de Neive a longtemps été très disputée entre les provinces d’Alba et d’Asti, avec d’incessants rebondissements, parfois très violents. Au final, la commune sera comme on le sait rattachée à Alba. La vieille ville actuelle conserve une forme médiévale qui s'épaissit en son sommet, avec des vestiges de la vieille structure fortifiée, même si l'ancien château a été prématurément détruit en 1276 lors d'une des nombreuses guerres entre les villes d’Asti et d’Alba dont nous venons de parler. L’ancien village a conservé cette atmosphère, grâce à des rues pavées disposées en cercles autour du sommet de la colline, ou plus haut encore, autour de la Tour de l'Horloge (XIIIème siècle), symbole du village. D’un point de vue viti-vinicole, Neive est une commune assez étonnante, car si elle est importante du point de vue de la surface de son vignoble et du nombre des domaines qui s’y trouvent, elle n’est finalement pas si connue par les amateurs. Et de fait, Bruno Giacosa excepté, peu de vignerons-stars s’y trouvent ! Mais cela n’enlève rien à la qualité de ses terroirs, plutôt étalés, mais de grand intérêt, notamment ceux de la moitié ouest du village. Il faut également noter que peu d’entre eux sont homogènes, car même les meilleurs possèdent en leur sein des expositions de moindre qualité, a contrario des plus réputés de la commune voisine de Barbaresco. S’il fallait dégager une signature commune à nombre de crus de la commune, nous pourrions évoquer d’abord les parfums du vin avec des notes de menthe, de thym frais, d’herbes aromatiques et également des arômes balsamiques, réglissés, goudronnés ; au niveau des bouches, les vins affichent régulièrement une forme de rectitude et nervosité, avec des crus pointus, rarement charnus, du moins en jeunesse. Au vieillissement ils gagnent en finesse de texture, plus rarement en chair, sauf sur des terroirs supérieurement exposés et ramassés bien mûrs, comme les deux examinés ci-après, complétés des meilleurs Cottà, Marcorino et Serraboella. En bref, le village le plus septentrional de Barbaresco ne donne pas des vins faciles, mais à leur meilleur, ils offrent une personnalité et un style très piémontais, austère mais noble.
 
Les crus les plus remarquables :
Les autres crus :
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Le grand père d’Italo Stupino (Castello di Neive) montrant ses vignes à son petits fils

Domaines recommandés :
Domaines à suivre :
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Barbaresco

2. Commune de Barbaresco
 
Village ayant donné son nom à l’appellation, Barbaresco se trouve au cœur de celle-ci et possède, entre autres atouts, la plus belle collection de grands terroirs de la DOCG. Sa proximité immédiate avec le Tanaro lui permet également, microclimat aidant et millésime après millésime, une régularité dans la production de raisins de haute qualité que les autres communes du cru lui envient. Il accueille en son sein nombre de domaines « stars » et historiques, tels la cave des Produttori del Barbaresco (à l’origine de l’appellation), Gaja, la famille Roagna, Bruno Rocca ou encore Cisa Asinari, le domaine des Marchesi di Gresy. La zone est connue historiquement sous la dénomination de Barbarica Sylva (puis Barbariscum), où les peuples celtes se retrouvaient pour célébrer le culte du dieu Tanaro. On pense que cette commune a été le lieu de naissance d'une figure historique un peu controversée, l'empereur romain Pertinax ; mais des dizaines de communes ont contesté cette version. Des années 1930 à 1960 a eu lieu ici comme partout ailleurs en Italie un exode rural, qui a vu des dizaines d’habitants du village quitter leur pays pour migrer sur Turin et la Riviera (Ligurie). Mais depuis les années 1980 et surtout 1990, le vin local est revenu sur le devant de la scène mondiale, générant un dynamisme économique et touristique qui a permis de redonner du travail et d’attirer nombre de personnes sur la commune et aux alentours. Ce qui n’est pas si banal que ça pour une cité ne comptant officiellement que 674 âmes ! Mais qu’ont de particulier les meilleurs crus de la commune ? Et bien d’être tout simplement les meilleurs vins de la DOCG, à quelques très rares exceptions ! On est ici dans une sorte de « Vosne-Romanée » du Nebbiolo, avec des crus pouvant atteindre des paroxysmes de charme et complexité aromatique, de texture, de plaisir et de longévité. Ils ont tout.
 
Les crus les plus remarquables :
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Il Rabajà !

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Tenute Cisa Asinari, Marchesi di Gresy – Il Martinenga
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Secondine di Barbaresco

Les autres crus :
Domaines recommandés :
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Vendanges chez les Produttori del Barbaresco
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Bruno Rocca, avec ses enfants aujourd’hui à ses côtés au domaine
Domaines à suivre :
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Treiso
 
3. Commune de Treiso
 
Treiso vient du latin Tres ou Trezius, nom donné par les Romains à une petite colonie située à trois kilomètres d’Alba. Le village actuel est né en 1957 grâce à un projet de loi présenté par Teodoro Bubbio afin de rompre avec Barbaresco, auquel il était rattaché depuis toujours ou presque. Paradoxalement, il n’est pas le village de l’appellation le plus connu. Mais il est pourtant un de ceux que l’on visite le plus, en raison notamment d’un des meilleurs restaurants actuels des Langhe, la Ciau del Tornavento. La petite place centrale du village forme l’une des terrasses les plus spectaculaires de la région, et il suffit d’aller déjeuner ou dîner à la belle saison chez Maurilio Garola et Nadia Benech pour s’en rendre compte, car la vue entraperçue au travers de la grande baie vitrée coupe le souffle. La place est donc dominée par l’église paroissiale de la vierge Maria Assunta, de style baroque, qui fut achevée en 1756. A proximité immédiate du village, on trouve également le fameux Rocche dei Sette Fratelli, immense précipice naturel qui rappelle dans sa nature et formation le Cirque de Navacelles, en Languedoc. Ici aussi, il doit sa forme inhabituelle à l’action constante de l'eau qui, au cours des siècles, a émietté la colline composée de marnes fragiles. Pour en revenir au vin et à l’expression des crus du village, nous devons avouer qu’elle est bien difficile à généraliser, et qu’à part des caractéristiques communes d’épices et de tanins plutôt austères voire rugueux en jeunesse, il n’est pas facile de relier les Barbaresco de Treiso entre eux. Ceci-dit, l’observation de la carte des crus du village permet aisément de se rendre compte que la forme allongée du finage, son relief accidenté et son découpage étonnant (de larges et vastes climats au sud, d’autres plus petits et apparemment mieux découpés au nord) ne permettent sans doute pas, du moins sur le papier, de disposer d’une vraie entité géographique homogène, et donc de vins avec un fort air de famille. On se contentera donc de considérer les meilleurs crus isolément, et surtout de faire confiance encore une fois aux vignerons talentueux les mettant en valeur.

Les crus les plus remarquables :
Les autres crus :
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Le Rocche dei Sette Fratelli

Domaines recommandés :
Domaine à suivre :
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Alba

4. Commune d’Alba
 
On ne présente (presque) plus la capitale discrète des Langhe. En effet, dans cette ville séculaire et antique, rien d’impressionnant ni d’imposant, au contraire. On y entraperçoit plutôt, en arpentant les rues autour et en contrebas du Duomo, une cité secrète, sobre, toute piémontaise, où le dépouillement règne en maître. Pourtant, le passé fut glorieux et riche d’histoire avec un grand H. Les origines d'Alba datent en effet d'avant la civilisation romaine et sont probablement liées à la présence des Celtes et de tribus ligures dans la région. La ville est construite sur le site de l'antique Alba Pompeia et fut probablement fondée par le consul romain Gnaeus Pompeius Strabo, qui construisit une route allant d’Aquae Statiellae (Acqui Terme) à Augusta Taurinorum (Turin). Après la chute de l'Empire romain d'Occident, elle a été maintes fois mise à sac par les Burgondes, Lombards et Francs. Au XIème siècle, elle devient une commune libre. Charles-Emmanuel Ier de Savoie la conquiert deux fois, tandis que plus tard la France et l'Espagne lutteront pour sa possession. Mais la guerre de Succession de Mantoue l’attribuera définitivement à la Maison de Savoie. Bien plus loin dans l’histoire, Alba se distinguera en remportant la Médaille d'or de la vaillance militaire pour l'activité héroïque de ses citoyens dans le mouvement de résistance italien au cours de la Seconde Guerre mondiale. D’un point de vue architectural, si l’on se replace aux origines de la ville romaine, on sait que cette dernière avait une forme polygonale, car des parties de la porte fortifiée et les vestiges de quelques édifices de marbre et de mosaïques sont encore visibles. Les monuments principaux de la ville actuelle sont le Palazzo Comunale et le palais de l'évêque ; quelques tours des XIV et XVème siècles (Alba était autrefois connue comme la « Ville aux cent tours ») ; la cathédrale romane de San Lorenzo (le fameux Duomo), construite au XIIème siècle probablement sur des édifices sacrés datés de l'époque romaine ; l'église gothique de San Domenico (XIII-XIVème siècles), qui est peut-être la plus remarquable de la ville et qui fut pendant les guerres napoléoniennes utilisée comme étable (sic !), et rétablie dans sa fonction religieuse en 1827 ; et enfin l'église baroque Saint-Jean-Baptiste. D’un point de vue économique, il est difficile d’ignorer que la commune accueille le groupe agro-alimentaire Ferrero, qui emploie par ailleurs un nombre très important de gens de la région. La ville d'Alba est enfin mondialement connue dans le domaine de la gastronomie pour sa Fiera del Tartufo, d'ampleur internationale et qui attire chaque année des milliers de visiteurs durant les mois d'octobre et novembre. Pour en revenir au vin, on notera que les terroirs sis sur le finage d’Alba se trouvent plus précisément sur San Rocco Seno d'Elvio, mais ne sont pas les plus réputés de l’appellation, c’est un fait. La majorité est même à cheval sur deux communes d’Alba et surtout Treiso.
 
Les crus :
 

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