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Haut-Piémont : la Belle dormait-elle ?
 
 
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Vignoble de Gattinara

Mars 2009, Vérone, Vinitaly, midi. Sur recommandation d'amis italiens, l'un journaliste au Gambero Rosso, l'autre vigneron à Neive (Piémont), je me dirige vers le stand d'un domaine qui porte le nom d'Antoniolo. Il paraît que dans cette partie méconnue du Piémont, ce vigneron et sa sœur produisent des Nebbiolo d'une grande subtilité, très différents des canons esthétiques de Barolo et Barbaresco. Premier verre tendu : Gattinara 2004. Tout ce qui suivra sera ni plus ni moins qu'une révélation, avec en point d'orgue un Osso San Grato à se damner. Quelques moi plus tard, je découvre in situ ces gens, leurs terroirs et leur région. Les dégustations et rencontres continuent. Travaglini à Gattinara. Tenute Sella, sur les DOCG Bramaterra et Lessona, mais aussi Proprietà Sperino (Paolo De Marchi), ainsi que de nombreux producteurs de la petite (en taille) DOC Boca. Là encore, la magie opère. On se dit que tout cela ne peut être un hasard, et que même si ce sont d'excellents producteurs, il doit bien y avoir là-bas une adéquation entre cépages, terroirs, hommes et climat unique. En me documentant un peu, en discutant avec les vignerons, j'apprends que cette région fût jadis la Mecque des grands vins rouges piémontais. Retour en arrière, pour comprendre pourquoi de si grands terroirs et vins sont peu à peu tombés dans les oubliettes, ou à défaut, essayer de savoir pourquoi ils n'ont pas la reconnaissance méritée.

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[Crédit photo 1 - Cliquez sur les cartes pour les agrandir] 

I - Hier et aujourd'hui :

Avant toute chose, il convient de situer historiquement et géographiquement le Haut-Piémont, et notamment les provinces de Biella, Vercelli et Novara, qui nous intéresseront particulièrement ici. Comme je le disais en préambule, la réputation des grands spanna (nom local du Nebbiolo) ne date pas d'hier. A Gattinara par exemple, il existe des preuves archéologiques de vignes cultivées à l'époque romaine. L'antériorité de ce vignoble et des plus prestigieux voisins est avérée et nullement contestable. S'il on poursuit l'exemple de la DOCG que l'on nomme aujourd'hui Gattinara, on sait qu'au début du siècle dernier, le vignoble avoisinait les 300 hectares cultivés. En un peu plus de cent années, la surface en culture est passée à seulement cent hectares, soit un tiers. Pire, il y a cent cinquante ans, le vignoble haut-piémontais comptait quarante mille hectares. Aujourd'hui, on avoisine les mille deux cents, avec certaines zones et appellations en péril, ou ayant failli disparaître (Boca). Est-ce un cas isolé ? Est-ce rare ? Pas forcément. S'il on regarde l'histoire de certains vignobles français et notamment rhodaniens, on comprend que non. Cornas, Condrieu, Côte Rôtie, par exemple, connurent les mêmes mésaventures et la même « fonte ». Que s'est-il alors passé pour qu'une viticulture florissante et ses meilleurs vins, largement réputés, connaissent un tel déclin d'activité et d'intérêt ?
 
Pour répondre à cette question, il est intéressant d'élargir le champ d'observation et de regarder l'histoire des hommes dans ces contrées. En l'occurrence ici, le principal frein à la puissance viticole fut le développement sans précédent du secteur industriel dans tout le nord de l'Italie, et par extension dans ce que l'on nomme la Basse Vallée, au cours du XIXème et du XXème siècle. A côté de l'industrie du textile, des usines automobiles et même du développement de la culture du riz dans les plaines voisines du Pô, la pénible culture manuelle de la vigne en coteaux n'a pas pesé lourd, et pour cause : les ouvriers avaient en effet la possibilité de travailler dans des conditions davantage supportables et bénéficiaient de salaires plus attractifs. On n'oubliera pas également le rôle du phylloxera et de ses conséquences, ainsi que l'impact des deux conflits mondiaux qui ont dû, ici aussi, largement peser dans l'étiolement viti-vinicole. Bref, le Haut-Piémont avait « été », mais il semble aujourd'hui avoir du mal à « être » d'un point de vue médiatique et pire, économique.
 
En 2010, les campagnes sont d'apparence modestes, les façades plutôt décrépies, les gens simples et très discrets. L'air du temps fait penser à un pays empli de nostalgie et souvenirs. Et quoi. Est-ce une fatalité ? N'y a-t-il pas quelques énergies ça et là pour réveiller cette apparente torpeur ? Prenons l'exemple de Rosanna Antoniolo, femme de caractère (euphémisme), qui à la mort de son mari, a repris la propriété avec une verve et une énergie exceptionnelles, afin de continuer son œuvre et de colporter l'image de Gattinara et du Haut-Piémont de par le monde. On pourrait aussi évoquer le cas des femmes de la famille Travaglini, qui connurent le même sort. On pourrait parler aussi du destin extraordinaire des descendants de Quintino Sella, qui ont réussi à rendre pérenne ce domaine créé en 1671 ! De même, Christophe Künzli, homme de vin et importateur helvète investit depuis plus de dix ans afin de devenir la force vive de l'appellation Boca.

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Tipica strada di Ghemme [Crédit photo]
 
Tout ça pour dire que le Haut-Piémont n'est peut-être, sans doute, pas mort. Il y a peut-être même longtemps qu'une telle concentration de forces vives n'avait pas été réunie. Que lui manque-t-il pour renaître de ses cendres ? Les terroirs sont toujours aussi immenses. Le réchauffement climatique des dernières années jouerait en faveur des vignerons avec davantage de millésimes « mûrs », dans une région réputée pour son climat tempéré à frais. L'œnologie a fait des progrès, les producteurs également. Le prix moyen des vins, deux à cinq fois moindre que les plus grands Barolo et Barbaresco a tout pour rendre ces cuvées attractives. Et en 2010, le Guide Gambero Rosso s'est même payé le culot d'élire le Gattinara Osso San Grato 2005 d'Antoniolo vin de l'année. Bref, il ne manque plus grand chose, si ce n'est la consécration du public, pour que la machine reparte et que le Haut-Piémont redevienne ce qu'il a été, l'autre Mecque du Nebbiolo et des grands vins rouges italiens, voire européens. Le père de l'unité italienne moderne et du Risorgimento, piémontais de souche, un certain Comte de Cavour, disait dans sa correspondance : « ...maintenant, est donc la preuve que les collines Novarese peuvent rivaliser avec les collines de la Bourgogne... ». Et si l'histoire se remettait en marche ?
 

II – Cépages :
  • Rouges :
Barbera. On trouve de la Barbera dans toute l’Italie ou presque. Dans sa région natale, le Piémont, ce cépage est en général vinifié à l’état pur, alors que dans les autres régions, on l’associe souvent à d’autres cépages. Il s’agit d’une variété vigoureuse, qui prospère sur les terrains sablonneux et argileux. Longtemps considéré comme un vin adapté à toutes les circonstances, le vin de Barbera fut utilisé comme vin de coupage, afin de mettre sur les tables des vins plus gouleyants. Son acidité - moyenne à élevée -, l'intensité de sa couleur, la présence de tanins et son extrême versatilité ont fait que, dans le passé, les producteurs l’ont élaboré dans des versions très différentes. Il est cité pour la première fois au VIème siècle, dans les cadastres de Chieri et de Nizza, mais ce fut par la suite Gallesio qui l’appela Vitis vinifera montisferratensis, afin que ce raisin soit reconnu comme typique du Monferrato. Selon une récente interprétation, son nom vient du regroupement de deux mots : barba, terme que l’on utilise pour décrire son système de racines très complexe, et albéra, terme dialectal qui indique les sites boisés où l’on planta des vignes à la place des grands arbres. Dans le Haut-Piémont, elle est utilisée et acceptée uniquement dans la DOC Colline Novaresi.

Croatina. Il semble que ce cépage soit originaire de l’Oltrepo Pavese (Lombardie), connu depuis le Moyen-Âge. Sa résistance à l’oïdium lui a permis de gagner du terrain à la fin du XIXème siècle. De nos jours, il est cultivé en grande partie en Lombardie (dans la zone de l’Oltrepo Pavese justement), en Piémont et en Émilie-Romagne. Il est souvent cultivé via des modes de tailles qui permettent de maximiser la surface foliaire et mûrit assez lentement et longuement (maturité semi tardive, première quinzaine d'octobre). Les raisins, riches en matières colorantes et dotés d'une acidité modérée, permettent, dans les assemblages avec du Nebbiolo, de gagner en perception tannique et précocité de développement du tanin et bouquet. Les bons vignerons y ont recours, surtout en cépage d'assemblage.

Vespolina. La grappe est de taille moyenne à maturité, avec des baies ellipsoïdales, une belle peau riche en pruine, bleue. Le raisin mûrit très tôt (fin septembre). Il peut être vinifié seul ou combiné avec l'Uva rara et le Nebbiolo, dans l'optique de produire des vins de qualité, aptes au vieillissement. Il donne une couleur vive, de l'alcool et un arôme floral fin caractéristique. Les bons vignerons du Haut-Piémont croient beaucoup en son potentiel et ses qualités de parfum.

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Bonarda novarese, ou Bonarda, ou Uva rara. Il y a, en ce qui concerne les variétés bonarda, Croatina et Uva rara beaucoup de confusion à cause d’une très vieille erreur d’identification. Le cépage bonarda serait d’origine piémontaise et sa culture est plus ou moins limitée à cette région, où son raisin concourt à l’élaboration de certaines DOC et DOCG du Haut-Piémont. Maturité semi tardive, comme la Croatina, en général la première quinzaine d'octobre. Il est toujours considéré comme un excellent raisin de table pour sa teneur élevée en sucre et son acidité modérée. Il est rarement vinifié seul, plutôt en adjonction avec d'autres cépages locaux, donnant au vin une couleur violine, un parfum particulier et un arrière-goût amer typique très piemontese, agissant comme exhausteur de saveur et sensations.

Nebbiolo, ou Spanna. Le Nebbiolo est le cépage rouge le plus important du Piémont et constitue l’élément de base pour l’élaboration de quasiment toutes les grandes DOC et DOCG rouges de la région. Bien que certains soutiennent que ses origines soient situées dans les zones collinaires qui entourent la ville d’Alba, de récents documents remontant à 1200 témoignent déjà de sa présence le long de la voie Francigena qui, au départ de Turin et traversant la vallée de Suse, montait jusqu’à Montgenèvre. La présence de nombreux monastères avait favorisé la culture de la vigne, dans la mesure où la consommation de vin des pèlerins était réputée considérable. Très souvent, commerçants et pèlerins portaient avec eux des boutures de vigne comme monnaie d’échange : parmi ces boutures, probablement celles de Nebbiolo. La récolte a toujours lieu vers mi-octobre, voire même en novembre, quand le brouillard d’automne parcourt les vallées. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on considère que l’origine du nom Nebbiolo dérive de brouillard, nebbia en italien. Le Nebbiolo est une variété sensible et extrêmement exigeante en ce qui concerne l’environnement, le terrain et le climat. Elle requiert des zones élevées, des sites pas trop arides et une bonne exposition. Les zones où elle est cultivée avec succès se trouvent dans les régions les plus au nord de l’Italie : le Val d’Aoste, la Lombardie et le Piémont. Des études sur l'ADN effectuées par Anna Schneider et José Vouillamoz au CNR à Turin, ainsi qu'à l'université de Californie à Davis, ont montré que le Nebbiolo est directement apparenté à la Freisa, alors que cette dernière est une descendante du viognier. Le Nebbiolo bourgeonne plus tôt que toute autre variété voisine, il est donc très sensible au gel. A contrario, il mûrit plus tard que les autres. Traditionnellement, il donne une couleur légère (de orangé à rubis) mais stable dans le temps quand les raisins sont cuvés longuement (plus de 15 jours), conserve une haute acidité, confère une grande structure aux vins. Il est capable - à son meilleur - de véhiculer beaucoup de finesse, de parfum et de complexité, tout en conservant des tanins présents, donnant de jolis amers de bouche, notamment dans les finales.
  • Blanc :
Erbaluce. Connu à l’époque des Romains sous le nom de Alba Lux (lumière de l’aurore), il est un cépage antique. Selon certaines sources, il s’agirait d’une variante du Fiano, amenée dans le Piémont par les Romains. D’autres pensent qu’elle est en réalité originaire de la zone préalpine du Canavese. Son taux d’acidité élevé et sa palette aromatique en font une variété adaptée à la production de vins effervescents et au passerillage (moelleux). Cépage de maturité semi précoce, il mûrit généralement vers la troisième semaine de septembre. (NB : descriptif donné à titre informatif, car le cadre de cet article se limite volontairement aux vins rouges locaux, que je connais bien mieux et que je pense davantage dignes d'intérêt, à tort ou à raison, chacun se fera son opinion).
 
 
III - Les appellations :

C'est au milieu des années 60 qu'une réglementation sur la Denominazione di Origine Controllata voit le jour, également connue sous l'acronyme DOC. Il y a aujourd'hui plus de trois cents DOC italiennes du vin, toutes délimitées géographiquement. Les vins de vingt-deux zones ont été distingués comme DOCG pour Denominazione di Origine Controllata e Garantita, le G de DOCG garantissant la présupposée « authenticité des vins » et indiquant un niveau d'identité de produit prétendument « avéré » et supérieur à la DOC. Dans les faits, c'est - on s'en doute - beaucoup moins simple, car un grand vin de DOC pourra toujours être plus réussi et abouti qu'un mauvais vin de DOCG. La DOCG/DOC s'applique à des vins élaborés à partir de cépages spécifiques, dans une zone délimitée, vinifiés et vieillis selon des méthodes prescrites. Les critères de chaque appellation sont établis par les producteurs, souvent regroupés en consortium et guidés par le Comité National du Vin.

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[Crédit photo - Cliquez sur la photo pour l'agrandir]

1/ Une DOC à part…

CAREMA. Contrairement aux appellations qui vont être déclinées ci-après, le Carema n'est pas produit dans les provinces de Biella, Vercelli et Novara, mais dans une zone minuscule située à l’extrême nord de la province de Turin. A cet endroit, aux confins de la Vallée d’Aoste, un sol mince et peu profond a façonné « l’architecture » du vignoble. Les vignes sont plantées sur une série de terrasses s’élevant en direction des montagnes et elles sont soutenues par des colonnes de granit qui confèrent au vignoble une gueule unique. Les terrasses se sont souvent effondrées, mais les vignerons les ont reconstruites, faisant monter de la terre depuis les vallées, la retenant sur les pentes escarpées grâce à de nouveaux murs de pierre, et replantant les vignes sur le même terrain et à la même altitude. Les sols d'éboulis sont bien évidemment d'origine morainique. Le cépage dominant est le Nebbiolo, l’un des rares capables de donner des résultats excellents dans cette zone, car, au cours des siècles, il a développé des capacités de résistance aux conditions climatiques pour le moins extrêmes : d'ailleurs, on trouve ici deux variétés de Nebbiolo, le Picutener, ou Picotener, et le Pugnet. La renommée du Carema est très ancienne. Andrea Bacci, un médecin, déclarait dans son ouvrage De Naturali Historia Vinorum, publié en 1597, que le Carema était l’un des meilleurs vins qui soit, et qu’il était consommé à la Cour de Savoie et apprécié des papes et des cardinaux. Paul III avait une grande estime pour ce vin. Il confia un jour à Sante Lancerio, son sommelier, qu’il était toujours content quand quelqu’un lui offrait un tonneau de ce vin car, de l’avis du souverain pontife, c’était « un breuvage excellent et parfait pour les princes et les seigneurs ».
 
Le Carema est donc DOC depuis le 9 juillet 1967. Seuls ont droit à la DOC les vins rouges produits à l'intérieur de l'aire de production définie par le décret. Les vignobles autorisés se situent sur la province éponyme. 13,29 des 120 hectares délimités sont en production seulement. Sur cet exemple, on mesure une partie du déclin évoqué plus haut, dans l'introduction. Les vignes se situent entre 300 et 700 m d’altitude sur des terrasses creusées dans la roche des pentes du mont Maletto. Les coteaux surplombent la rive droite de la Doire Baltée. L'élevage minimum légal est de 3 ans, dont au moins 24 mois en fût de chêne ou de châtaignier (taille maxi du fût : 4 000 litres), ainsi que 6 mois en bouteille.

- Domaine à ne pas manquer : Ferrando e C.
- A surveiller : Cantina dei Produttori Nebbiolo di Carema.
 
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2/ Deux DOC élargies…

COSTE DELLA SESIA. DOC depuis le 14 septembre 1996. Les terroirs autorisés se situent sur les pentes qui surplombent la rive droite de la Sesia, en province de Biella, dans les communes de Lessona, Masserano, Brusnengo, Curino, Villa del Bosco, Sostegno, Cossato, Mottalciata, Candelo, Quaregna, Cerreto Castello, Valdengo et Vigliano Biellese. Elle peut concerner des vins rouges (cépages Bonarda novarese, Croatina, Vespolina, Nebbiolo) mais aussi blancs (cépage Erbaluce). Les sols, en particulier le long du plateau alluvial de Mottalciata (peu différents en termes d'altitude et topographie de Ghemme) sont acides et sableux-porphyriques, très lâches à certains endroits, dans d'autres un peu plus structurés. Il est donc difficile de généraliser des profils de vins, qui dans tous les cas ne présentent que rarement autant de race que ceux de crus plus réputés, en tout cas pour les meilleurs.

- Domaines à ne pas manquer : Tenute Sella, Giancarlo Travaglini, Proprietà Sperino.

COLLINE NOVARESI. DOC depuis le 5 novembre 1994. Les terroirs autorisés se situent sur les pentes qui surplombent la rive gauche du cours d'eau de la Sesia, en province de Novara, quelques kilomètres au sud du Lac Majeur, dans les communes de Barengo, Boca, Bogogno, Borgomanero, Briona, Cavaglietto, Cavaglio d'Agogna, Cavallirio, Cressa, Cureggio, Fara Novarese, Fontaneto d'Agogna, Gattico, Ghemme, Grignasco, Maggiora, Marano Ticino, Mezzomerico, Oleggio, Prato Sesia, Romagnano Sesia, Sizzano, Suno, Vaprio d'Agogna et Veruno. Elle peut concerner des vins rouges (cépages Bonarda novarese, Croatina, Vespolina, Barbera, Nebbiolo) mais aussi blancs (cépage Erbaluce). Dans la DOC, les vignobles les plus importants en terme de poids et de tradition sont certainement ceux de Mezzomerico et Suno, suivis à bonne distance de Bogogno et Cavaglio de Agogna. A noter, en particulier, la bande de plaine viticole à cheval sur Suno et Mezzomerico à l'est, avec encore nombre de vignes cultivées avec le « a quadretti maggiorino ». Les sols sont d'origine glaciaire et alluviale, plus limono-argileux au bas des collines. Sept types de vins sont prévus par le législateur : Bianco (Erbaluce; 16 hectares et 120 000 bouteilles produites), Rosso (Nebbiolo d'au moins 30%, 40% Uva rara maximum, Croatina et Vespolina assemblés ou non à 40%), Nebbiolo, Croatina, Uva rara, Vespolina et Barbera. Ici aussi, du fait de l'étalement et du grand nombre de micro-terroirs, il est difficile de généraliser les expressions.

- Domaine à ne pas manquer : Le Piane.
- A surveiller : Il Roccolo di Mezzomerico, Cascina Zoina, Antico Borgo dei Cavalli, Francesco Brigatti, Ca' Nova di Giada Codecasa.

Dans les faits, on pourrait considérer ces deux DOC comme des « élargissements » des meilleurs terroirs que sont Boca et Ghemme (i.e. Colline Novaresi) et Gattinara, Lessona et Bramaterra (i.e. Coste della Sesia), à l'instar des vins d'appellation Villages en Bourgogne. Il semble que souvent, les meilleurs vins produits sur ces deux DOC soient en fait des replis qualitatifs des appellations supérieures réalisés par les meilleurs vignerons (surtout pour Coste della Sesia), ou en tout cas, produits par eux-mêmes. A ce jour, peu de domaines spécialistes de ces deux DOC semblent sortir du lot, mais il faudrait que je puisse déguster davantage de vins et passer encore plus de temps sur place afin de le confirmer ou mieux, changer d'avis !
 
 
3/ Fleurons du Haut-Piémont…
  • A l'est de la Sesia : Il Novarese

BOCA. Située au nord de l'Alto Piemonte, à deux pas du trio Ghemme-Sizzano-Fara, l'appellation Boca a pourtant géologiquement plus à voir avec ses collègues situées à l'Ouest de la Sesia (Lessona et Bramaterra notamment). La parenté vient notamment des sols maigres, peu structurés, squelettiques dit-on, et de sous-sols constitués de porphyre rose. Dans l'ensemble, ils sont très acides (PH voisins de 2,9), et surtout situés à des altitudes comprises entre 400 et 500 m d'altitude, encerclés de forêts. La DOC Boca fut créée en 1969. Les vignobles autorisés qui la composent se situent sur Boca bien sûr, mais aussi les communes de Maggiora, Cavallirio, Prato Sesia et Grignasco. La superficie plantée en vignes est d'environ 13 ha, sur 30 délimités. Les encépagements, pour avoir droit à l'appellation, s'articulent comme suit : 45 à 70% de Nebbiolo, 20 à 40% de Vespolina, et maximum 20% d'Uva rara.

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Santuario del ss. Crocifisso au milieu des vignes de Boca, du temps des grandes heures [Crédit photo]

Les sols des vignobles vallonnés de Boca et Maggiora ont une nature particulière très bien adaptée au Nebbiolo, mais offrent aussi des conditions idéales pour la culture de deux autres cépages qui sont désormais caractéristiques de cette zone : le Bonarda Novarese et le Vespolina. Le terroir est situé entre la vallée de la Sesia et le lac d'Orta, dans un paysage préalpin, avec une exposition à peu près uniforme sud, sud-ouest et sud-est. L'altitude moyenne est la plus élevée de toutes les DOC et DOCG du Haut-Piémont. Après une première section qui vient à la frontière de Ghemme (sols argilo-limoneux), l'altitude augmente rapidement jusqu'à atteindre les 500 mètres (limite d'appellation à 550 mètres). C'est ici que l'on verra le plus grand nombre de vieux plants cultivés en Maggiorino, même si les nouvelles plantations se font en Guyot simple. Le sol est d'origine volcanique et il est vraiment étonnant : en vrac, sec, rocailleux, plein de paillettes porphyrique roses et violines. Plus homogène que les autres terroirs porphyriques du Haut-Piémont, Boca donne des vins corsés, acides, très droits, austères, nerveux, gagnant grandement en chair et expression au vieillissement. Aromatiquement, les palettes dominantes sont celles des agrumes, des métaux rouillés, du végétal et de la terre humide.
 
L’origine du Boca est très ancienne et il existe des témoignages innombrables de la renommée de ce vin dans l’histoire de la région de Novara. On a rapporté à de nombreuses reprises que d'importantes quantités de Boca étaient fournies à l’armée espagnole occupant le district de Milan. Au Xème siècle, les moines Bénédictins de San Nazzaro de Sesia furent les premiers à apprendre à cultiver la vigne en l’attachant sur échalas, soutenant les rameaux avec des bâtons mis en travers (topia) et taillant rationnellement. Ils améliorèrent également les techniques de vinification. Au XIVème siècle, Pierre Azario, dans un de ses écrits, louait ce vin comme produit « sans égal ». Au XVIIème siècle, on commençait à utiliser de nouvelles méthodes appelées roncatura, il s'agissait de planter les vignes en lignes transversales aux pentes, en utilisant aussi les murs pour s’appuyer. Les échalas ne pouvaient pas toujours soutenir le poids des raisins et, quelques fois, ils cassaient. Ce fut alors l'architecte Alessandro Antonelli, à l'origine du Mole Antonelliana, symbole de Turin et du Sanctuaire de Boca, qui trouva le premier une solution pratique au problème. Il proposa de mettre les bâtons en oblique, de sorte que leur inclinaison compense la force des rameaux pleins de raisins et qu’ainsi, il y ait une situation d’équilibre. Ce système fut appelé « a quadretti maggiorino ». Dans la région de Novara, la culture des vignobles était promue à une large échelle par les moines des différentes abbayes. A Maggiora par exemple, au XVIIIème siècle, le Chanoine Gaetano Perrucconi, « sommelier » de l’Evêque de Novara, promouvait les vins de plusieurs propriétés anciennes qu’il possédait à Castello San Lorenzo. De nos jours, les héritiers du Chanoine perpétuent l’exigence de qualité de leur ancêtre en utilisant son image sur l’étiquette de leur Boca !

- Domaine à ne pas manquer : Le Piane.
- A surveiller : Massimo Zonca – Tenuta del Boca.

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« a quadretti maggiorino »

GHEMME, SIZZANO et FARA. Pour une fois, on peut dire que l'on a presque trop bien fait les choses en matière de découpage des terroirs, puisque ce secteur novarese nord à l'est de la Sesia est relativement homogène. Mais le législateur a tout de même voulu reconnaître trois zones. On peut le regretter car c'est diviser les chances de faire connaitre une belle grande appellation ; et au final, on le sait bien, c'est Ghemme qui emporte la palme de la notoriété. Quoi qu'il en soit, on a affaire ici à un secteur frais, légèrement pluvieux, exposé au vent du nord, à proximité de la Sesia. Les trois appellations représentent 120 hectares de vignes. Cette longue bande formant un talus est constituée de moraines glaciaires et d'argiles empilées, relativement lâches, obliquant sud-ouest.

Ghemme est devenu DOC en 1969 et DOCG seulement en 1997, avec effet rétroactif jusqu'en 1996. Les vins sont produits à Ghemme et Romagnano Sesia, dans la province de Novara, sur près de 86 hectares. Pour avoir la DOCG, ils doivent contenir au moins 75% de Nebbiolo, le restant pouvant être complété par de la Vespolina ou de l'Uva rara. En version normale, le décret d'appellation prévoit un vieillissement de 3 ans pour les vins de Ghemme, dont au moins 20 mois en fûts de chêne et au moins 9 mois en bouteille. En version riserva, le décret prévoit un vieillissement de 4 ans, dont au moins 25 mois en fûts de chêne et au moins 9 en bouteilles. Le talus morainique s'étend du nord au sud. Il est composé de débris laissés par le mouvement des glaciers qui ont notamment donné naissance au Mont-Rose ; il s'agit donc des roches et débris érodés de composition multiple, recouverts d'une couche d'argile. Les sols sont plus compacts et profonds sur le plateau, plus souples et aérés du côté ouest. Les meilleurs résultats en termes de vin se trouvent le long des deux premières bandes de collines qui bordent la plaine de la Sesia, la troisième bande (ou troisième colline), plus humide et moins ventée ayant été délaissée au fil du temps, à juste titre. Les « climats » les plus renommés de la première sont Cantalupo, Pellizzane, Cavenago, Ronco Maso et Baraggioli. Ceux de la seconde sont Roncati, Rossini et Carelle. Les sols sont acides, avec une altitude moyenne juste un peu plus élevée que sur Fara et Sizzano (environ 250 mètres). Les modes de culture sont semblables à ceux des autres DOC, même s'il on trouve encore ça et là quelques vieux Maggiorino. Mais on plante les nouvelles vignes à moins de 2 900 pieds par hectare. Les vins de Ghemme partagent avec Gattinara une structure tannique ferme dans la jeunesse, mais ils n'offrent peut-être pas la même grandeur au vieillissement, le même tannin aristocratique. Ils semblent plus ronds, un peu plus rapides à se faire, un peu moins profonds. Le terroir et sa structure pédologique expliquent ici sans doute bien ces différences, avant toute autre chose.

- Domaines à ne pas manquer : Antichi Vigneti di Cantalupo, Rovellotti, Ioppa.
- A surveiller : Mazzoni, Torracia del Piantavigna.

Sizzano est DOC depuis 1969 et s'étend sur la commune éponyme. La superficie revendiquée est de 14 hectares. Les assemblages ressemblent en général plus ou moins à : 40 à 60% de Nebbiolo, 15 à 40% de Vespolina, éventuellement complétés par de l'Uva rara jusqu'à 25%. Après la ville de Fara Novarese, le long de la colline de moraine qui borde la rive gauche de la Sesia, on découvre Sizzano, municipalité à la DOC éponyme. Parmi les 14 hectares délimités, sept seulement étaient revendiqués dans le millésime 2007, pour un peu plus de 50 000 bouteilles produites. Les sols sont profonds et argileux, d'origine alluviale, morainiques au sommet de la colline, plus lâches et pierreux sur le versant ouest qui descend vers le fond de la vallée. Comme Ghemme, il y a deux collines plantées de vignes qui sont parallèles à la vallée de la Sesia, mais c'est la première qui est la plus cultivée et renommée. Les vins sont en général moins puissants et structurés que sur Ghemme, mais peut être immédiatement plus généreux.

Fara enfin, est DOC depuis 1969, comme ses consœurs. Comme Sizzano, elle repose uniquement sur le village qui a donné son nom à l'appellation. Les vins se construisent sur plus ou moins 30% à 50% de Nebbiolo, 10 à 30% de Vespolina et le reste en Uva rara. On le voit bien, on est très proche géographiquement et dans la construction des vins de la DOC voisine, c'est un fait incontestable. Aujourd'hui, un peu moins de vingt hectares de vignes sont cultivés, pour 120 000 bouteilles produites par année. Comme pour Sizzano et Ghemme, la viticulture se développe ici aussi sur le côté proche de la vallée de la Sesia, sur des sols semblables, l'altitude ne dépasse pas 230 mètres. Profil de vins assez proche de Sizzano.

- Pour ces deux DOC, le domaine à ne pas manquer : Dessilani.
 
  • A l'ouest de la Sesia : L'Alto Vercellese e il Biellese
LESSONA. Quintino Sella préféra ce vin au champagne pour porter son premier toast à la création du nouveau gouvernement du pays unifié, un mois après que les troupes du Royaume aient forcé les murs de Rome à la Porta Pia. A cette époque, la famille Sella produisait du Lessona depuis déjà 269 ans et les descendants de l’homme d’état en font toujours aujourd’hui. C'est même le meilleur domaine de l'appellation selon moi ! Le vin de Lessona est évoqué pour la première fois au XIIème siècle. La citation disait qu’à Vercelli, il y avait une ancienne ruga ad vineas, c'est à dire une route des vins, connue sous le nom de Lessonasca, qui reliait la ville aux vignobles de Lessona. Depuis l’époque romaine, le vin était transporté sur cette route qui menait à Milan et aux entrepôts de Pavie. La production de vin avait atteint de tels niveaux en 1380 que vingt-cinq hommes et trente bœufs étaient devenus nécessaires pour transporter les volumes. Au début du XIXème siècle, le comte Fantone, membre de l’Académie royale d’agriculture de Turin, cultivait le Nebbiolo aux alentours de Lessona. Le vin généreux qu’il produisait rencontrait un vif succès allant au delà des frontières jusqu’aux marchés belges et britanniques. Mais malgré une réputation datant de plusieurs siècles, la production de Lessona a régulièrement décliné ces dernières années. Il semble néanmoins que depuis peu, les choses changent lentement, on réinvestit ici (Paolo De Marchi, en particulier, mais d'autres jeunes vignerons semblent intéressés également).

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Quintino Sella [Crédit photo]

DOC depuis le 3 décembre 1976. Les vignobles autorisés se situent en province de Biella et Vercelli dans la commune de Lessona. 6.45 hectares sont en production. Vieillissement minimum légal : 2 ans, dont au moins 12 mois en fût de chêne ou châtaignier, ainsi que 12 mois en bouteille. Pour les versions riserva, il faut ajouter une année supplémentaire d'élevage sous bois. Sur le papier, c'est une appellation qui ne paie pas de mine. Mais beaucoup de choses se passent en sous sol. Du point de vue géologique, Lessona est une sorte de poche de sédiments marins qui repose sur une roche porphyrique profonde. Il s'agit de sables très acides, entassés en vrac, rougeâtres et très riches en minéraux, formant des sols pratiquement dépourvus de structure. L'altitude moyenne ne dépasse pas 300 mètres, ce qui en fait un terroir plus précoce que sur les DOC et DOCG mitoyennes pour le Nebbiolo, où l'on peut vendanger jusqu'à quinze jours avant Boca. Un grand Lessona charme par ces arômes ferreux et d'agrumes flatteurs, son opulence, sa largeur, sa force tranquille. Il est bien moins strict et « protestant » qu'un vin de Boca, plus solaire qu'un vin de Ghemme, mais moins serré et droit qu'un grand Gattinara.

- Domaine à ne pas manquer : Tenute Sella.
- A surveiller : Massimo Clerico, Proprietà Sperino.
 
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Roche porphyrique en décomposition complète

BRAMATERRA. Bramaterra est DOC depuis le 9 avril 1979. Les vignobles autorisés se situent en province de Biella et Vercelli dans les communes de Roasio, Villa del Bosco, Lozzolo, Sostegno, Curino, Brusnengo et Masserano. Actuellement, les encépagements légalement tolérés sont 50 à 70% de Nebbiolo, 20 à 30% de Croatina et 10 à 20% de Vespolina et/ou Uva rara. 33 hectares de vignes sont aujourd'hui recensés au cadastre local. Les durées d'élevage légales sont de 2 ans minimum, dont au moins 18 mois sous bois ainsi que 6 mois en bouteille. On passe à 3 ans minimum pour les versions riserva. Bramaterra est la plus récente, la plus grande et aussi la plus hétérogène - en termes de sols - des principales dénominations du Haut-Piémont. C'est également l'une des moins valorisées en terme de « vin » (seulement 16 hectares cultivés pour 33 délimités, et au final moins de 80 000 bouteilles produites). Bramaterra, qui tire son nom de la Cascina Bramaterra à Villa del Bosco (propriété de Tenute Sella), a son cœur historique dans le vignoble de Pianella di Roasio, dans le hameau de Casa del Bosco. Dans les vignes autour de la Cascina Barmaterra et à Meisola di Brusnengo, on est sur des sols acides et porphyriques, avec un revêtement de surface plus ou moins similaire à celui de Gattinara. Sur le côté ouest de la DOC (dans la municipalité de Masserano), les sols sont semblables à ceux de Lessona, plus friables, avec des sables de dépôts marins. En revanche, de l'autre côté, à l'Est, il n'est pas rare de trouver des zones plus riches en argile (Lozzolo) et même calcaire (Cumino). Dans les parcelles de basse altitude (autour de 250 mètres par exemple), les terres deviennent plus profondes, avec une plus grande richesse en limon et argile. Difficile donc de tirer le portrait-robot d'un Bramaterra.

- Domaine à ne pas manquer : Tenute Sella.
- A surveiller : Filippo Barni, Cristiano Garella (régisseur de Tenute Sella, mais également à la tête d'un petit domaine lui appartenant).

GATTINARA. C'est peut être l'appellation « Reine ». La plus connue, réputée, celle qui produit - avec Lessona et Boca - les vins de plus grande complexité et force d'expression, vieillissant éternellement. Jadis, avant la création de la DOC (1967) puis DOCG (1990), on désignait les vins locaux par la mention Spanna di Gattinara, Tipico Spanna ou tout simplement Spanna. La surface actuelle du vignoble avoisine le 100 ha, mais jadis, ce sont jusqu'à 300 hectares qui furent cultivés, tous les meilleurs terroirs étant alors exploités. Ici le Nebbiolo règne en maître, mais il peut être complété à hauteur de 10% de Vespolina et/ou Bonarda novarese. Comme partout ailleurs, plusieurs modes de taille ont été utilisés dans le temps. Aujourd'hui, le vignoble est palissé. On espace les plants d'environ 2 mètres dans le même rang, en pratiquant un Guyot simple, avec une branche de réserve. On obtient des densités moyennes de 3000 à 4000 pieds/ha maximum, ce qui est - d'après les meilleurs vignerons - le bon compromis. Si on accroit la densité, la compétition est trop forte, l'équilibre de la plante moins bon et les vins deviennent durs. Les vignes poussent le long d'une large vallée sur les collines tirant est-ouest, derrière la ville (de 280 à 450 mètres d'altitude). Le terrain, à la différence des collines de Ghemme, est d'origine volcanique, avec une roche mère riche de granit et de porphyre. La couche de surface, très acide, a subi une série de changements au fil du temps. Elle n'est généralement pas très profonde ni fertile.
 
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 Vignoble de l'Osso San Grato, avec la vue sur la ville de Romagnano Sesia.
 
Des climats (au sens Bourguignon du terme) sont visibles lorsqu'on se promène dans le vignoble. On en dénombre jusqu'à vingt-quatre, officieusement. Ils se nomment : Osso, Casalecchio, San Lorenzo, Alice, Palferro et San Francesco à proximité de la Valsesia, dans la partie orientale de la DOCG ; Lurghe, Bagianetta, Castelle, Guardia, Marzola, Borella, Villazza et Castellazzo dans la seconde partie de la colline ; Galizia, Gerbidone, Ronco, Valferrana, Permolone et Piantesio dans la troisième bande ; Molsino et Casazza pour la quatrième partie ; Garavoia et Loccenello pour la dernière partie, la plus à l'ouest.

Les vins de Gattinara peuvent se caractériser par une structure tannique plus serrée que ceux de Ghemme, plus raffinée qu'à Boca, plus rude que Lessona, plus profonde qu'à Bramaterra. En fait, à leur meilleur, on peut presque dire qu’ils possèdent toutes les qualités des DOC et DOCG voisines, sans leurs « défauts », et avec le potentiel de très longue garde en prime, comme une cerise sur le gâteau. Concernant enfin les propriétaires les plus importants en surface cultivée, du plus grand au plus petit, on trouve d'abord Travaglini (près de 50 ha, soit environ la moitié de la surface actuelle de la DOCG !), Nervi, Antoniolo, puis la cave coopérative (ou cantina sociale), et enfin de nouveaux petits producteurs apparus depuis dix-quinze ans (Anzivino, par exemple). Au total, une petite vingtaine de sources se côtoient.
 
- Domaines à ne pas manquer : Antoniolo, Nervi, Giancarlo Travaglini.
- A surveiller : Anzivino.
 
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Sol de l'Osso San Grato expliqué par Alberto Antoniolo.
  
IV - Expressions et styles :

Incontestablement, en dégustation, les nebbiolo des Langhe n'ont pas les mêmes formes, parfums ni saveurs que ceux du Haut-Piémont. Voici plusieurs explications.

1/ Facteurs de différenciation…

En premier lieu, parlons terroirs, ou plutôt géologie. Si en Langhe, les marnes alcalines de l'elveziane et du tortoniane complétées d'argile et de grès confèrent aux vins structure, épaisseur et grande fermeté, les sols de moraines glaciaires, de sables et porphyre du Haut-Piémont sont grandement acides, riches en minéraux et divers métaux. Ils donnent ici des vins aux structures plus fines, immédiatement plus vifs, pointus et peut-être moins instantanément impressionnants.

Le climat n'est pas en reste. Si les températures moyennes des deux zones sont voisines, la nature de celles-ci est différente. Les normales saisonnières sont généralement plus basses dans la phase finale de maturation du raisin dans le Haut-Piémont. Les terroirs locaux bénéficient aussi d'amplitudes thermiques jour/nuit davantage marquées, ce que l'on doit sans doute à la proximité montagnarde avec notamment le Mont-Rose : s'il peut faire vraiment chaud en journée, le soir, la fraîcheur dévale les sommets et vient coiffer les vignobles, ce qui favorise le développement de raisins et donc de vins aromatiques et croquants, et il faut le dire aussi, moins hauts en alcool. Le climat est également plus humide, avec une pluviométrie moyenne dépassant les 1000 mm par an. Intervient enfin la luminosité, plus faible en septembre et en octobre dans le Haut-Piémont, ce qui prolonge les cycles de maturation, allant aussi dans le sens de vins aromatiques et frais.
  
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Monte Rosa, le Mont-Rose [Crédit photo]

Au delà des caractéristiques découlant des cépages décrites plus haut, la viticulture a également un impact important, notamment pour ce qui a trait aux densités de plantation, ici souvent inférieures aux moyennes observées dans les Langhe : on ne dépasse pas 2500-3000 pieds par hectare, alors qu'on est souvent proche du double à Barolo et Barbaresco. Des essais ont pourtant été faits par de grands vignerons locaux pour accroître ces mêmes densités, mais cela avait selon eux tendance à durcir les vins du fait du stress accru de la plante, déjà plantée dans des sols pauvres, acides et hostiles. De plus, s'il on trouve ça et là encore quelques antiques pieds cultivés selon le modèle « a quadretti maggiorino », le Guyot simple tenu à 80-90 cm au dessus du sol a largement été privilégié dans les plantations et surtout replantations récentes, car il est bien plus facile à gérer et cultiver. On comprend par là même que le vignoble est plutôt jeune, avec une moyenne tournant autour de vingt années, même si de nombreuses exceptions existent. Tout cela va, ici aussi, dans le sens de la production des vins fins s'appuyant sur des bases autres que celles de l'alcool et du muscle.

Enfin, il est intéressant de noter que la modernité œnologique - dans ses accès les plus « vulgaires » - n'a ici encore pas trop, ou très peu, fait de ravages. De nombreux domaines vinifient et élèvent encore dans un esprit traditionnel, c'est à dire cuvant plutôt longuement (de dix-quinze jours à un mois) et privilégiant les foudres et demi-muids de bois non neufs, afin d'élever longuement des tanins solides mais capables de finesse. Ici le format barrique est peu à la mode, et encore moins dans sa version neuve, fatigante pour l'éclat aromatique et la relative fragilité du Nebbiolo. L'avantage est que l'on goûte peu de vins défigurés par de mauvais bois et/ou de mauvaises chauffes. L'inconvénient est que l'on peut tomber sur des vins un peu trop à l'ancienne, avec des acidités volatiles hautes, des goûts de vieux bois et même parfois des problèmes d'évent et d'oxydation. C'est dommage pour les producteurs les moins rigoureux et précis quant à l'hygiène de la cave et de la futaille; mais j'en fais aisément mon deuil car il y a assez de bons vignerons qui ne tombent pas dans ces travers et produisent de très beaux vins purs, frais, raffinés, de grand style.
 
 
2/ Expressions…

Le néophyte qui découvre les grands Barolo et Barbaresco a pour réflex récurant de comparer les vins des Langhe à la Bourgogne (dans ce qu'elle peut produire de plus abouti), ce qui pour moi est une hérésie quand on veut situer le débat sur le registre de la finesse et de la fraîcheur, les équilibres étant beaucoup trop différents. A contrario, je ne dirais pas la même chose concernant les meilleurs vins du Haut-Piémont. Attention, ce n'est pas un jugement de valeur quant à la qualité des meilleurs vins des Langhe - dont je suis fou -, mais bien de style. Je m'explique. Dans les Nebbiolo du Haut-Piémont, la fraîcheur aromatique et gustative prédomine. Il n'est ainsi pas rare de trouver pêle-mêle des arômes d'herbes et plantes médicinales (menthe, eucalyptus, ortie), de fruits rouges (fraise, framboise, groseille), d'agrumes (orange, pamplemousse), de fruits exotiques (mangue, papaye), mais aussi d'épices (poivre blanc, anis, réglisse), de métal (rouille, oxyde de fer, métal, hydrocarbures) ou encore de fleurs (rose, violette). En bouche, les acidités issues de raisins mûrs peuvent également atteindre des sommets, permettant – même sur des millésimes comme 2003 – de conserver un équilibre impossible ailleurs en Piémont. Les tanins paraissent souvent plus petits et moins carrés que dans les vins des Langhe : contrairement aux impressions tanniques granuleuses-sèches-astringentes, on ressent plutôt des sensations poudrées-humides-acidulées agréables. Et que dire de la suavité qui se développe au fil du temps, un monde de velours et de soie. Il suffit d'ouvrir une bonne vieille bouteille de Spanna di Gattinara pour comprendre que l'adjectif aristocratique peut s'appliquer aux meilleurs vins de la région. Des moments inoubliables, des vins gigantesques, incroyables.
 
 
V - Meilleurs millésimes récents :
 

2007 ***(*) Millésime chaud, avec des jours et nuits à moyennes de températures élevées, avec toutes les conséquences imaginables. Dix ans après, on se rapproche du profil 1997, des vins riches en alcool, puissants, généreux, toutefois moins « extrêmes » que 2003.

2006 ****(*) Millésime classique, pas d'à coups climatiques, cycle de maturation du fruit lent, long, régulier, idéal pour le Nebbiolo et les autres cépages autochtones. Vins fruités, purs, à la structure « cachée », accessibles jeunes mais qui pourraient se garder excellemment. Les plus grandes cuvées seront je pense des musts, à encaver en magnum.

2005 *** Chaud durant l'été, mais de la pluie en septembre/octobre. L'excellent côtoie des choses moins glorieuses, il faut goûter avant d'acheter et trier. Mais les gens sérieux et expérimentés ne se sont pas loupés !

2004 ****(*) Printemps et été frais, mais arrière saison et été indien chauds, conditions idéales pour le Nebbiolo. Grande année de garde, quand les rendements ont été tenus et la plante suivie afin d'éviter les foyers de pourriture.

2003 *** Caniculus annata ! Ceci dit, comme expliqué plus haut, le microclimat local a tout de même permis de produire des vins en moyenne bien plus frais que leurs collègues des Langhe. Certaines cuvées sont superbes (Ommaggio a Quintino Sella de Sella, Osso San Grato d'Antoniolo, entre autres).

2001 ***** Grande année de garde ayant donné naissance à des vins puissants, riches, musclés, qui ont besoin de temps pour s'affiner. Les plus délicats commencent à très bien se goûter, les plus corsés iront loin, très loin.

1999 ***** Année de vins absolument complets, les meilleurs sont des splendeurs de raffinement, de densité, de potentiel, de maturité tannique, ils ont tout. Les plus beaux spécimens se goûtent actuellement très bien, et sans doute encore pour de nombreuses années. Des vins collectors, à rechercher absolument, en bouteilles et magnums !

1997 *** C'est la première année où les vignerons commencent à parler de réchauffement climatique, avec des jours chauds, mais également des nuits, une première en Haut-Piémont, de mémoire d'homme. Vins solaires, parfois un peu excessifs, ne présentant pas toujours des tanins totalement mûrs malgré l'alcool, pour les moins bien réussis. Mais à l'instar de 2003, on goûte aussi de belles bouteilles relativement équilibrées et peut-être moins brûlées que dans les Langhe, le peu de recours au bois neuf et à la barrique ayant sans doute aussi joué en faveur des vins.
 
1996 ***(*) Antithèse de 1997, 1996 fût une année lente et longue à mûrir, un millésime tardif : les vins les moins intéressants sont minces, maigres, acides, les rendements et choix de dates de coupe ayant partagé le monde en deux ; les plus grands réussites sont exactement l'inverse, avec des spanna fins, mûrs et frais, élancés mais pas chétifs, délicieux sur le bœuf piémontais sous toutes ses formes, mais aussi sur les gibiers à plumes pas trop forts en goût.

Dans les années plus anciennes, les grands millésimes ne manquent pas, mais je ne les croise pas assez souvent pour les décrire précisément et avec sûreté. Et il faut pouvoir aussi se le procurer ! Disons simplement que si vous croisez des 1988, 1989 ou 1990, il serait bien dommage de ne pas y goûter et/ou d'en faire l'achat, si vous en avez la possibilité.

Dans les plus vieilles années goûtées à ce jour, un très bon Lessona 1969 de Tenute Sella, ferrugineux, épicé, de très bonne tenue. Et surtout un tout grand Gattinara 1961 d'Antoniolo hallucinant de jeunesse et d'expression ; lui même surpassé par un 1967 de la même source qui est tout simplement le plus grand vieux vin rouge que j'ai jamais bu. Une perfection d'évolution, de parfum, de grâce, de tout. Un chef d'œuvre, dont on se rappelle à vie. Extraordinaire.
  
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Alberto Antoniolo dans sa cave. Ambiance.

Après tout cela, et pour répondre à la question-titre de cet article, je suis évidemment tenté de répondre oui et non.

Oui si l'on considère le nombre d'hectares cultivé, qui a dramatiquement chuté durant les trente dernières années du siècle précédent (il faut, comme j'en ai eu la chance, voir des photos datées de début 1900 pour comprendre ce qu'ont pu être ces immenses - au sens propre et figuré - vignobles). Oui si l'on se rappelle que l'appellation Boca a par exemple failli disparaître, il y a peu. Oui si l'on considère que le succès des Langhe depuis 1990 a éclipsé médiatiquement les autres vignobles de la région. Oui si l'on considère que nombre de journalistes et œnophiles ont délaissé les grands spanna au même moment. Oui si l'on considère le désintérêt des métiers de la vigne par les locaux, qui se sont dirigés vers les nouvelles industries, c'est humain et compréhensible. Et oui, si l'on considère enfin que la région et les vignerons ont eu de la peine à aller également vers la modernité dans toutes ses acceptions (leurs moyens le permettaient-ils ?).

Non si l'on considère le regain d'intérêt du public et de la presse spécialisée qui semble se manifester depuis trois-quatre ans. Non si l'on observe l'installation prometteuse de nouveaux vignerons depuis le milieu des années 90 déjà. Non si l'on regarde les progrès faits ces trente dernières années par les plus grands et gros domaines. N'oublions pas, aussi, que des producteurs de la trempe de Sella ou Antoniolo ont produits de grands vins depuis toujours ou presque. Les cuvées étaient là - et le sont encore - pour témoigner du haut niveau de production qu'ils ont réussi à tenir et maintenir, avec sans doute encore plus de régularité et précision depuis dix ans, il faut également le reconnaître de bonne foi.
 
Il suffit en fait de s'intéresser à eux, d'avoir la chance (me concernant, cela en fut une) et l'envie de les (re-)découvrir pour se rendre compte du potentiel, de la qualité et singularité des plus belles productions locales, simplement. Ainsi donc, si vous vous rendez prochainement en Italie par le tunnel du Mont-Blanc ou le col du Simplon, essayez de faire une halte là-bas, vous passerez forcément à proximité. Quelques heures, quelques jours. Et vous comprendrez peut-être pourquoi, un jour, un ami d'Alberto Antoniolo a dit que le Gattinara était una sorta di eroina. La « dépendance » est immédiate…
 
© Crédits photos www.vin-terre-net.com (sauf mention) - Tous droits réservés

Remerciements :
Je tiens à adresser des remerciements les plus chaleureux à Lorella et Alberto Antoniolo, ainsi qu'à Cristiano Garella (Tenute Sella) pour les longues heures passées ensemble et les lectures enrichissantes qu'ils m'ont transmises. Ils sont mes « professore et les meilleurs guides dont on puisse rêver pour découvrir l'Alto Piemonte. Grazie a loro, veramente !

Deux adresses précieuses :
- http://www.ristoranteallatorre.it/ : Immanquable quand on est dans le coin, c'est un peu la "cantine" des meilleurs vignerons du coin. Surtout, il faut écouter le patron et la patronne, même quand elle prend son air sévère ! Carte des vins locaux précise et qui va à l'essentiel, on peut taper dedans les yeux fermés. Les poires au vin sont mythiques, à déguster avec les fromages locaux.
- http://www.lacapuccina.it/ : Lieux merveilleux pour loger et manger à des prix ridicules compte tenu de la grande qualité du service et des produits proposés. Le chef cristallise à merveille dans son approche le mouvement Slowfood dans ce qu'il peut prôner et défendre de plus noble : produits locaux, cuisine saisonnière, respect exacerbé de l'origine.

Références bibliographiques :
- « Rossi dell' Alto Piemonte, L'ombra incostante del Rosa » - Samuel Cogliati & Alessandro Pennetta - Porthos #23.
- Gente di Piemonte - Carlo Petrini, Gruppo - Editoriale L'Espresso (La Biblioteca di Repubblica).
- « Quei Grandi Cru a nord delle Langhe » - Rossano Ferrazzani - Gambero Rosso #173.
- La vite e il vino in provincia di Vercelli - Giuseppe Sicheri - Editore Saviolo 1991.

Comptes-rendus de visites à suivre :
- Az. Agr. Antoniolo, Gattinara
- Tenute Sella, Lessona
 
Notes :
- Mis à jour le 22 avril 2012 : chapitre millésime
 
 

Le 16/04/2014 à 09h17
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