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Châteauneuf du Pape et Bandol - Horizontale 2000
 
c9p2000
 
Pour sa Dégustation Mythique (la DM) annuelle, le club de la Terre au Verre fait une étape dans la Loire. Pour l’occasion, Châteauneuf du pape et Bandol présentent leurs meilleurs domaines sur le millésime 2000, pour une dégustation  comparative, tant enrichissante que ludique.
Les vins ont été servis à l'aveugle aux participants par nos soins et par séries de 4 vins et dans l’ordre ci-dessous. Ils ont tous été carafés, avec des passages plus ou moins long en fonction des vins.
 

Série 1 :
 
Châteauneuf du Pape: Château la Nerthe 2000 
Une des plus belle propriété de Châteauneuf du pape, avec un Château évoquant avec charme ceux des crus Médocains. Un vin au grand classicisme, tant sur le terroir dont il est originaire que sur sa conception. Pour cette dégustation la cuvée « les Cadettes » nous échappe, la mise en bouche se fera sur la « Tradition ». La robe est grenat avec un léger dépôt. Le nez est encore dominé par un élevage présent, avec des notes grillées, épicées puis de fruits mûrs, de cassis et de cuir. La bouche est franche, riche, de belle constitution avec toujours un grillé dominant. L’ensemble présente une bonne longueur et reste très standard, plutôt flatteur, propre et sans déviance. Quand on vous dit classique… 16/20
 
Châteauneuf du Pape : Domaine du Vieux Télégraphe 2000 
A l’est de l’appellation, le terroir du vieux Télégraphe s’étend vers la plaine de la Crau sur un terroir caillouteux, composé d’argile chargée en galets roulés. Le domaine ne produit qu’une seule et unique cuvée de Châteauneuf qui ne connaît pas de passage en fût (9 mois en cuve puis 8 à 12 mois en foudre). Longuement carafé après son ouverture, le nez ne se dévoile pourtant pas. Quelques notes de cacao amer et de fruits noirs mûrs tentent de percer ce blindage aromatique. L’attaque est plutôt franche, mais la bouche présente toute l’austérité d’un vin refermé, avec une trame tannique au grain marqué et une finale moyennement longue et assez dure. 13.5/20
 
Côtes du Rhône : Domaine Gramenon « la Mémé » 2000
Le pirate en Grenache. Cette propriété de Montbrison sur Lez, dans la Drôme, produit une large gamme de vins francs et nature avec une utilisation de soufre très limitée. La grande cuvée du domaine, baptisée « La mémé, Ceps Centenaires », est issue de vignes très anciennes. La robe est éclatante de jeunesse, avec des reflets pourpres violacés. Le nez intense, nous envoûte par ces aromes de fruits rouges purs, de cerise, de fraise, avec des notes d’agrumes et d’épices douces. L’attaque est franche avec un léger perlant, le vin soyeux, rond, vivant, plein de peps et d’énergie. L’ensemble présente beaucoup d’harmonie, de finesse et de naturel. Seul bémol, une pointe de chaleur alcoolique marque une finale longue et complexe. 17.5/20
 
Châteauneuf du Pape : Château Rayas  2000 
C’est toujours un plaisir de retrouver ce cru unique de Châteauneuf. Longuement carafé (prés de 6 heures) le vin présente à l’ouverture une robe grenat trouble. Après aération un phénomène magique se produit alors : la robe gagne en brillance et l’austérité colorante initiale dévoile ainsi une robe aux reflets cerise sombre. Puis viens le nez ne faisant aucun doute sur son origine, nous sommes à Rayas. Charmant, par ses notes florales, de jasmin et de géranium, puis envoûtant, par un fruit d’une grande pureté et enfin déroutant, par des notes résineuses de pin et de cèdre. Soyons franc, certains y voient une déviance aromatique. L’atypicité ne fait pas l’unanimité. La bouche est finement aérienne, avec du corps, de la franchise, de l’élégance et de la race. La finale est très longue, toujours marquée par du résineux. Belle émotion. 18.5/20
 
Bilan de la première série : Le vin préfère de la série est le Gramenon (cité 8 fois). Les dégustateurs ont apprécié sa franchise, son équilibre et sa complexité aromatique. Il est vrai que Gramenon semble aujourd’hui à son apogée et je ne pense pas qu’il gagnera à vieillir plus longtemps. A l’opposé Rayas (cité 3 fois) garde encore beaucoup d’énergie en réserve. Il est évident que ce vin présente un énorme potentiel avec une matière prête à défier le temps. La Nerthe a plu aux dégustateurs "sudistes" (cité 4 fois). C’est un vin, certes passe partout, mais remarquablement bien travaillé et avec encore un bel avenir. Vieux Télégraphe, le moins apprécié est cité 1 fois.
 
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Série 2 :
 
Châteauneuf du Pape : Domaine de Marcoux  2000
Le domaine de Marcoux est dirigé par deux sœurs, Catherine et Sophie Armenier. Pionner en matière de Bio-dynamie, le domaine produit de grands Châteauneuf qui ne s’appuient sur aucun artifice d’élevage. Les parcelles du domaine sont disséminées dans plusieurs secteurs de l’appellation et bénéficie ainsi de toutes les nuances de terroir. C’est la cuvée « Tradition » (la grande cuvée étant la « Vieilles Vignes ») qui ouvre le bal de cette deuxième série. La robe est grenat pourpre. Le nez est assez chaleureux, avec des notes de fruits cuits, de cassis, de gibier et de poivré. L’intensité aromatique est assez moyenne. La bouche prend beaucoup plus d’ampleur. Le vin développe une matière aux grains marqués mais avec équilibre et suavité. L’ensemble est très long, droit et sans rature. Comme le Nerthe, voilà un retour au classicisme. 17/20
 
Châteauneuf du Pape : Domaine de la Janasse «Vieilles Vignes »  2000
En Magnum. Dirigé par Isabelle et Christophe Sabon, qui a repris les rênes de son père en 1991, ce vaste domaine de Courthézon produit une belle gamme de Châteauneuf sur tous les types de sols de l’appellation. La cuvée « Vieilles Vignes » est la grande cuvée du domaine (lire la visite du domaine). Celle-ci présente une robe pourpre évoluée. Le nez est puissant, très mûr, avec des notes de fruits noirs confiturés et de réglisse. La bouche fait également preuve d’une grande puissance, avec des tanins très présents, au grain ferme et à l’extraction ambitieuse. L’ensemble fait preuve d’ampleur, sur un style moderne mais avec une finale assez chaleureuse. Ca en met plein la vue, mais ça manque peut être, à ce stade, de grâce. 14.5/20
 
Châteauneuf du Pape : Henri Bonneau « Réserve des Célestins »  2000 
Henri Bonneau est, avec Rayas, un mythe en Châteauneuf. Des élevages, long, voire très long, des barriques d’un autre âge, des mises pièce par pièce et des prix astronomiques sur les grandes cuvées contribuent à l’entretenir. Cette « Réserve des Célestins » est assez fidèle au style. Une robe grenat profond avec de légers reflets tuilés. Un nez s’ouvrant d’abord sur des notes de garrigue et de thym, puis évoluant sur du café, des cerises kirschs et des notes oxydatives de Porto. Une bouche puissante, marquée par des aromes cacaotés, des tanins ronds et assez frais mais une matière qui semble presque fatiguée et marquée par une évolution avancée. Connaissant le type d’élevage pratiqué, qui se rapproche de celui de Rayas, nous avons peu de crainte concernant son potentiel, mais il vrai que cela parait plutôt déroutant. A revoir. 15.5/20
 
Châteauneuf du Pape : Château de Beaucastel « hommage à Jacques Perrin »  2000
Le dernier vin de la série Châteauneuf vient amorcer le virage vers les Bandol. Et oui, la cuvée « Hommage » est avant tout dominée par le Mourvèdre qui rentre dans sa composition à hauteur de 60%. Et une fois de plus, Beaucastel joue la division au sein des dégustateurs. Avec celle-ci, c’est net, il y en a qui aime beaucoup et d’autre qui n’aime pas du tout. C’est vrai, le premier nez est nettement dominé par des notes animales, de viandé et de musc limite phénolé. Certains parlent de défaut, évoque un bret rédhibitoire et entêtant. Certes, mais à l’aération le vin gagne en finesse et en précision, évoluant vers le tabac, le caramel et le pain d’épice. Le toucher de bouche est fondant de plaisir. Les tanins sont nets, fins et polis. L’ensemble présente un bel équilibre, jouant entre finesse et puissance. La finale est longue, fraîche, et prête à défier les années. Splendide ! 19.5/20
 
Bilan de la deuxième série : 2 vins sortent du lot. Beaucastel est le plus apprécié (cité 9 fois). Sa précision, sa netteté et sa carrure ont emballé les participants. Ceux qui n’ont pas aimé Beaucastel  ont cité le Marcoux (8 fois) qui ne présentait pas contrairement aux trois autres, sa grande cuvée. On reste songeur à ce qu’elle aurait pu livrer ici même. Janasse et Bonneau ne sont pas cités. Le premier souffre peut être d’avoir été servi en magnum. L’évolution du vin dans ce contenant est forcement différente de celle en bouteille. Le Bonneau souffre certainement d’avoir été servi trop jeune. Un vin qui n’a pas été compris, comme peut l’être parfois Rayas jeune.
 
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Série 3 :
 
 
Bandol : Château Saint Anne « cuvée spéciale » 2000
Ce domaine fut édifié au 16ème siècle par la congrégation des Pères de l’Oratoire qui y cultivaient déjà la vigne et l'olivier, ils y bâtirent des caves de pierre, voûtées qui existent encore de nos jours. Le terroir est composé de sol argilo-calcaire avec présence de silice en sous sol. Le nez s’ouvre discrètement sur des arômes de fruits noirs mûrs, d’épices, puis évolue vers de la myrtille et l’eucalyptus. En bouche, l’attaque est très fraîche, avec une matière d’une superbe rondeur, des tanins fins et ciselés et une texture douce et caressante. Très belle finale, longue et aromatique. Un vin fait par une femme, pour une femme. 17.5/20
 
Vin de Table (Faugères) : Domaine Léon Barral « Valiniére »  2000
Le pirate en mourvédre. Didier Barral est un vigneron obstiné ayant mis en place un mode de culture s’inspirant de la bio-dynamie sans la revendiquer. Au chai, une utilisation quasi nulle de soufre sur le vin provoque parfois une certaine disparité entre plusieurs bouteilles d’un même millésime. « La valiniére », sa grande cuvée est dominée par le Mourvèdre. Le vin n’a pas été carafé. La robe est noire trouble. Le nez s’ouvre sur de la volatile, puis évolue sur un registre assez déroutant de musc, d’iode et d’œuf pourri. Un peu d’aération et le vin prend des accents mentholés intenses. En bouche, il se fait sauvage et se dirige dans tous les sens. L’attaque présente de la fraîcheur, avec un coté perlant, la bouche développe ses tanins très mentholés et enfin la finale donne une sensation chaleureuse sur une longueur relative. Pas facile de dompter ce tigre. 15.5/20
 
Bandol : Château de Pibarnon 2000
Ce Bandol dispose, dans la région, d’une exposition exceptionnelle. Les vignes, en forme de cirque, sont situées à 300 mètres d’altitude sur une colline protégée du mistral, favorisant ainsi une maturation lente du Mourvèdre. Le 2000 présente une robe pourpre violacée. Le nez reste encore dominé par l’élevage avec des notes de pain grillé, de réglisse mais aussi de fruits mûrs. La bouche est, elle encore, très fraîche, avec une matière plus ferme et plus marquée que sur le Saint Anne, mais avec aussi une élégance d’un autre style. La longueur reste assez moyenne et aromatiquement austère, le vin n’a pas fini de dévoiler tout son potentiel. Après la fille (Saint Anne) voilà le garçon… 16.5/20
 
Bandol : Château Pradeaux 2000
Malgré une longue aération, le vin garde son caractère liégeux. La bouche est courte, sèche et liégeuse. Dommage. Non noté.
 
Bilan de la troisième série : Le préféré est le Pibarnon (cité 9 fois), l’assemblée était composée à majorité d’homme… Saint Anne est donc deuxième (cité 5 fois). Sa douceur et sa tendresse n’ont pas convaincu les machos que nous étions ? Barral est cité 1 fois.

 
 

Le 23/05/2013 à 10h22
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