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Verticale de « Grenadière » du Mas Bruguière, Pic Saint Loup

 
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Avant-propos : je (Nicolas Bon) connais le Mas Bruguière depuis de nombreuses années, pratiquement depuis l’origine de ma passion pour le vin, il y a un peu plus de dix ans, puisque j’ai acheté mon premier millésime en 2002. J’ai aussi souvent eu l’occasion de passer un moment avec Guilhem et Isabelle Bruguière (les parents de Xavier), puisque nous partagions des dégustations au sein du même club, l’Epicuvin. Et je dois avouer que j’ai toujours eu un attachement particulier pour ce domaine qui, par son esprit humble, modeste, paysan, représente fidèlement l’image des propriétés languedociennes au long passé viticole. Plus encore, les vins m’ont toujours semblé coller au plus prés du style des Pic-Saint-Loup comme je les aime, des vins simples mais généreux, accessibles dans tous les sens du terme et marqués par de forts accents méditerranéens. Certes, la propriété a beaucoup évolué au cours des quinze dernières années, une évolution ou presque une « révolution » qu’elle n’avait plus connue depuis la sortie de sa production de la coopérative. Plus qu’une passation entre un père et son fils, c’est une passation entre deux visions de la viticulture, une forme de bouleversement générationnel en quelque sorte. Cette évolution, il a été facile d’en prendre la mesure par des dégustations et visites in situ régulières, mais c’est pour mieux encore la comprendre et l’appréhender qu’est venue l’idée de cette verticale de la cuvée phare du domaine ; chose d’autant plus aisée que je possédais pratiquement tous les millésimes dégustés en cave. En voici le résultat :

Conditions de la dégustation : Les vins ont été ouverts environ 30 minutes avant le début de la dégustation. Celle-ci s’étalant sur 2h30 environ, on peut donc considérer que les derniers ont bénéficié d’un temps aération supplémentaire. Ils ont été servis par série de trois, aux alentours de 15-16° et en semi-aveugle pour les participants qui ne connaissaient ni l’ordre ni les millésimes présentés. J’ai choisi volontairement de remonter les millésimes en essayant de constituer des séries aux caractéristiques homogènes.
 
 
Série 1 :
 
Grenadière 1994 : syrah 60 % - mourvèdre 20 % - grenache 20 %. Elevage de 12 mois en barriques bordelaises. Millésime un peu pluvieux mais la qualité est au-dessus de 1992 et 1993.
Robe grenat assez terne, vieillissante. Nez retenu, peu complexe, mais sur un registre assez élégant d’olive noire, d’eucalyptus, d’herbes aromatiques. La bouche est légère, suave, ronde, soyeuse, d’un volume moyen et sans grande intensité. Les tanins sont totalement enrobés et peu structurés. Finale moyenne, sur des notes de champignon. Il a fait son temps, il faut le boire. A dix-neuf ans pour un vin du Languedoc issu d’une viticulture d’une autre époque, l’ensemble reste toutefois très honorable. Assez Bien
 
Pirate : Ermitage du Pic-Saint Loup « Saint Agnès » 2002 : 50% syrah, 40% grenache et 10% mourvèdre. Le grenache, et parfois une partie de la syrah, sont vinifiés en grappes entières. Elevage de 12 à 14 mois en barriques. Millésime très hétérogène, temps difficile en septembre pendant la vendange.
Robe grenat sombre, peu évoluée, avec seulement quelques reflets orangés sur le disque. Le nez est riche, très ouvert, relativement puissant, sur les fruits noirs, le graphite, le cacao, les agrumes. Le vin est très sérieux en bouche, sans doute un peu stricte, avec un certain caractère. Les tanins sont assez marqués, un peu anguleux et l’acidité perceptible. Joli vin dans l’ensemble, assez complet, avec du jus, mais sans grand plaisir en l’état. Bien
 
Grenadière 1999 : syrah 60 % - mourvèdre 20 % - grenache 20 %. Elevage de 12 mois en barriques bordelaises. Année de l’arrivée de Xavier sur le domaine et première vinification avec son père Guilhem. Vendanges pluvieuses avec un état sanitaire assez compliqué.
La robe est assez sombre et parait encore bien jeune. Le nez est un peu réduit à l’ouverture, avec quelques notes animales. Il se livre doucement dans le verre, variant sur des notes de garrigues, de truffe, de cuir ; il y a une certaine élégance dans ce bouquet. Le vin est plein, parfaitement enrobé et développe de jolis tanins ronds et soyeux. On sent une certaine plénitude dans la matière, le vin est équilibré, à point. S’il n’y a pas une grande intensité dans la saveur et dans la finale, il n’en demeure pas moins tout à fait appréciable ce jour. Bien+

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Série 2 :
 
Grenadière 2001 : syrah 60 % - mourvèdre 20 % - grenache 20 %. Elevage de 12 mois en barriques bordelaises. Grand millésime, dense, profond, équilibré. Etat sanitaire parfait.
La robe est très évoluée, grenat tuilé, avec beaucoup de dépôt en suspension. Le nez est relativement complexe, variant sur des notes tertiaires d’herbes aromatiques, épices, tabac, mais également d’olive noire et eucalyptus. En bouche, le vin est assez riche, avec un alcool un peu marqué, même si on sent une certaine évolution de la matière. L’ensemble est assez sérieux et les tanins encore bien présents. Belle longueur finale, mais l’ensemble manque un peu d’éclat. Il peut être bu sans trop attendre. Bien+ / Très Bien
 
Grenadière 2003 : syrah 60 % - mourvèdre 20 % - grenache 20 %. Elevage de 12 mois en barriques bordelaises. Premier millésime de Xavier à la tête du domaine. Passage du domaine en Biodynamie. Millésime de la canicule.
Robe grenat assez évoluée avec du dépôt ; disque tuilé. Le nez s’ouvre sur le chocolat noir, le cacao amer, puis laisse paraître à l’air quelques notes coquillées, limite liégeuses. Bouche ample à l’attaque, assez autoritaire, avec une pointe de sucrosité. Les tanins sont gras, mais ils s’assèchent assez rapidement en finale. Longueur moyenne, un peu dure, sur des notes de TCA toujours perceptibles même si elles ne sont pas dominantes. Moyen +, mais un problème de bouteille n’est pas à exclure.
 
Grenadière 2005 : syrah 70 % - mourvèdre 20 % - grenache 10 %. Elevage 12 mois en demi-muids (600 litres) et cuves bois tronconiques de 30 hectolitres. Premier millésime que Xavier vinifie seul, Guilhem ayant pris sa retraite. Un énorme travail a été fait sur le vignoble pour éviter de subir des effets millésimes trop marqués et pour gagner en régularité. L’état sanitaire est parfait. Retour à la viticulture bio avec une partie encore en conventionnel.
A partir de ce millésime, on passe sur des nuances plus pourpre sur les robes, probablement dues à une augmentation de la part de syrah dans l’assemblage, combinée à des vins fatalement plus jeunes. Le nez est marqué par l’élevage, avec un coté crème de marron, des épices, des notes de graphite ; une aromatique assez austère, qui manque un peu de fruit. L’attaque est plutôt grasse et enrobante, le vin ne manque pas de matière et de volume. Toutefois, les tanins restent un peu durs et asséchants, avec une finale marquée par l’alcool. Peut-être a t-il encore besoin de temps ? Bien

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Série 3 :
 
Grenadière 2004 : syrah 60 % - mourvèdre 20 % - grenache 20 %. Elevage de 12 mois en barriques bordelaises. Début de vendanges pluvieuses, état sanitaire imparfait sur certaines parcelles.
La robe est assez évoluée, sur des reflets orangés. Le nez est assez terne, marqué de quelques petites notes végétales, de bouillon de légumes et de champignon. La bouche est plus avenante, caractérisée par une évolution élégante avec des tanins fondus et soyeux et une belle fraîcheur agréable. Même si le vin manque de densité, il est globalement bien équilibré et on peut apprécier sa plénitude. Bien+
 
Grenadière 2006 : syrah 70 % - mourvèdre 20 % - grenache 10 %. Elevage 18 mois en demi-muids (600 litres) et cuves bois tronconiques de 30 hectolitres. Millésime méridional, relativement chaud, mais surtout assez austère, d’expressivité moyenne.
Robe sombre, pourpre, tirant sur des reflets violets. Nez « sombre » également et assez peu expressif, sur des notes de graphite, cendre froide, évoluant sur des fruits noirs compotés. Beau volume dès l’attaque, avec un vin doté de tanins amples, riches, gras, encore très puissants et anguleux. Une texture de caractère qui lui confère une certaine mâche, mais plutôt équilibrée par un beau jus. Ensemble qui finit un peu sec et avec un fruit en retrait. Un vin plutôt complet mais encore peu gourmand à ce stade. Bien+
 
Grenadière 2008 : syrah 80 % - mourvèdre 10 % - grenache 10 %. Elevage 18 mois en demi-muids (600 litres) et cuves bois tronconiques de 30 hectolitres. Millésime de vigneron, hétérogène, frais, pluvieux dans l’été. Les efforts sur le vignoble ont payé.
Robe pourpre, brillante, sans trace d’évolution. Très joli nez avenant, qui s’ouvre sur des parfums de truffe fraîche, puis l’eucalyptus, les herbes aromatiques, les fruits noirs à l’air. Belle bouche, très élégante, fraîche, avec des tanins ronds et fins et une matière soyeuse. Le vin est encore bien jeune et ne semble pas se dévoiler complètement, mais il présente déjà suffisamment de charme et d’équilibre pour être pleinement apprécié dés aujourd’hui. Finale saline. Beau vin compte tenu du millésime. Très Bien+

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Série 4 :
 
Grenadière 2007 : syrah 80 % - mourvèdre 10 % - grenache 10 %. Elevage 18 mois en demi-muids (600 litres) et cuves bois tronconiques de 30 hectolitres. Le plus grand millésime pour Xavier, tout y est, état sanitaire parfait.
Robe sombre, pourpre. Le nez est d’une grande complexité et il va se développer grandement dans le verre. Il s’ouvre d’abord sur des aromes d’élevage, avec des notes de ristretto, café, toasté, puis évolue vers des parfums fruités,  d’agrumes et une petite touche saline. Très bel équilibre en bouche, avec un vin sphérique, aux tanins soyeux, au toucher fin et plein, au jus salivant, intense, profond. Ce 2007 confirme que c’est un millésime très réussi ici, tout en étant suffisamment doté pour évoluer sur de longues années. Excellent
 
Grenadière 2009 : syrah 80 % - mourvèdre 10 % - grenache 10 %. Elevage 18 mois en demi-muids (600 litres) et cuves bois tronconiques de 30 hectolitres. Millésime méridional, la modération était de mise en vinification pour éviter les travers d’alcool et des tanins secs.
Robe profonde, pourpre-noire, d’une grande jeunesse. Le nez est assez contenu et ne s’exprime encore qu’au travers d’arômes grillés, graphite, cacao et poivre noir, signe aussi d’un millésime chaud. Attaque ample, imposante, qui révèle une matière riche, grasse, puissante, mais plutôt bien maîtrisée. Les tanins paraissent un petit peu anguleux, voir un tout petit secs sur la finale, mais de manière moins marqués que lors de nos premières rencontres avec ce millésime. C’est ferme, jeune et il a besoin de se détendre, mais on peut être confiant car l’évolution dans le temps est positive. Bien+
 
Grenadière 2010 : syrah 80 % - mourvèdre 10 % - grenache 10 %. Elevage de 18 mois avec la syrah en demi-muids, le mourvèdre en cuve bois tronconique de 30 hectolitres et le grenache en cuve bois tronconique de 50 hectolitres. Premier millésime où l’assemblage s’est fait après l’élevage. Grand millésime, fort potentiel, il faudra être patient.
Robe impénétrable, tirant sur le noir. Le nez développe des notes lactiques et crémeuses autour des fruits rouges sucrés et vanillés. En bouche, la matière est dense, ample, aussi longue que large, avec un corps plein et complet. Très beaux tanins, légèrement accrocheurs, mais d’une belle suavité. Bel équilibre, qui se prolonge frais en finale, même si les notes lactiques nous rappellent la jeunesse de ce vin. A attendre, incontestablement. Très Bien

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Evolution des bouchons entre 2010 (à gauche) et 1994 (à droite)

Classement des vins :
 
A l’issu de la dégustation, il a été établi un petit classement par une partie des participants (sept personnes) ; il s’agissait de citer ses trois vins préférés, de proposer un pirate et de citer le vin le moins apprécié. Tous les vins ont été cités une fois, excepté les millésimes 2003, 2004 et 2005, ce qui montre probablement une grande homogénéité dans la dégustation. Les quatre vins préférés de la série sont, dans l’ordre, le 2007 (10 points, cité 4 fois), le 2008 (7 points, cités 4 fois), le 1999 (6 points, cités 2 fois) et le 2009 (5 points, cités 2 fois). Parmi les pirates proposés, la Grenadière 2006 fut proposée 4 fois, 1 seul participant ciblant l’Ermitage 2002 comme pirate. Le vin le moins apprécié de la série est le 1994, cité 3 fois, suivi du 2005, cité 2 fois.
 
 
Conclusion :
 
En ajoutant quelques millésimes dégustés isolement à diverses occasions, voici ce qu’on peut tirer comme enseignement de cette belle et ludique verticale :
- Dans les plus vieux millésimes, ceux des années 90, de l’époque de Guilhem, et excepté quelques cas isolés (comme ce 1999 ce jour, mais bouteille achetée directement à la propriété il y a peu), les vins sont globalement à boire et/ou en train de faire la bascule sur un coté tertiaire prononcé (cf. 1994 ou 1992). Mais, issus de la viticulture de l’époque, ils n’ont pas été construits comme le sont les derniers millésimes aujourd’hui : ils étaient issus de rendements plus généreux, avec des matières moins pleines et pas aussi précises et des élevages plus courts, sous bois bordelais. On peut toutefois aimer ce style de vin élégamment évolué, et surtout se rappeler qu’il y a quelques années, ceux-ci étaient forts appréciables et sans aucun doute dans le haut du panier des vins de la région.
 
- Les années 2000 à 2005 constituent une période de transition, ou plus que ça, un bouleversement pour les vins du domaine, comme évoqué en introduction. Et pour être franc vis-à-vis de nos ressentis, une période où les vins se goûtent plus durs, plus marqués par l’élevage, pas toujours aimables, à l’exception d’un 2001 de très bon niveau mais qui pourrait avoir atteint son pic d’apogée aujourd’hui. Dans cette série, on peut dire que 2003, 2004 et 2005 sont globalement « en dessous » comme en atteste le classement final. Non dégusté ici, mais sur la base de mes expériences passées, le 2002 est à éviter (problèmes récurrents de bouchon). Il faut (ré-)insister sur le fait que cette période est un tournant pour le domaine, avec une orientation vers l’agriculture biologique, de nombreuses replantations et la création d’une nouvelle cuvée (le Septième) qui a pu aussi, sur ces millésimes, léser quelques peu la Grenadière.
 
- Depuis 2006, les vins semblent avoir pris avec plus de régularité une nouvelle identité et dimension : des vins plus sombres, avec des matières denses, un grain de tanin plus fin, des aspects plus terriens et sérieux et des élevages mieux intégrés. Mais des vins qui ont aussi perdu (si on peut dire) en accessibilité dans leur prime jeunesse ; et l’expérience nous montre que lors de la première année de bouteille, les matières restent (très) fermes et tendues, parfois assez strictes, et que leur lecture n’est pas toujours aisée. En revanche, on peut aussi constater que les mourvèdres de la cuvée « Septième » ne manquent plus à la Grenadière, âge des vignes aidant : cette dernière a pris un caractère profondément « syrah du Pic », comme l’exprime à merveille le millésime 2007.
Bref, s’il a fallu quelques millésimes pour que les changements s’opèrent et se retrouvent dans les vins, on peut dire aujourd’hui qu’ils ont acquis cette nouvelle personnalité, ce nouveau caractère que Xavier voulait leur donner. Les vins nous semblent posséder tous les atouts leur permettant de vieillir et de s’affiner dans le temps. Espérons qu’ils conserveront au fil des futurs millésimes ces essentielles qualités. Et pour pouvoir le vérifier, ce sera peut-être l’objet d’une nouvelle verticale dans dix ans !
 
 
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Le 16/12/2017 à 07h25
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