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Qu'est ce qu'un "grand" vin ? 
 
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Un grand vin, c’est une bouteille, cinq verres, dix yeux brillants, cinq sourires béats.
Puis le silence…
Les cinq verres devenus immenses, dix regards humides, cinq sourires admiratifs
Et toujours le silence… Pour être certain de se souvenir
Un grand vin, c’est comme un beau voyage, un grand livre, un spectacle magnifique, il se déguste encore des mois, des années après.
Sa mémoire est comme gravée.
 
Introduction : 
 
Qu’est ce qu’un Grand Vin ? Voilà la question à laquelle étaient soumis les membres de l’Epicuvin pour cette dégustation. Mais voilà, cette question n’a pas vraiment de réponse. Tout peut être grand vin, cela dépend avant tout des goûts de chacun, du contexte et de l’idée que l’on se forge du nirvana gustatif. Untel s’extasiera devant un vieux Bordeaux, quand un autre fondra de plaisir au dessus d’une barrique d’un tout jeune Bourgogne. Toutefois, il existe bien une trame commune et universelle, qui se construit autour d’une légende et qui dicte la règle de la grandeur, ce sont les Grands Vins Historiques.
Qui n’a jamais rêvé de tremper ses lèvres dans une Romanée Conti, un Lafite, ou un Haut Brion. Ces vins là, même s’ils ont parfois péché par une baisse de qualité, n’ont rien à prouver à personne. Ils naissent sur de grands terroirs, bénéficient d’une notoriété internationale, d’une histoire plus que séculaire et, de ce fait, ne sont jamais remis en question. Haut Brion, par exemple, c’est une histoire qui remonte au 16ème siècle, par l’acquisition du terrain et la construction du château par la famille de Pontac. La reconnaissance viendra par l’Angleterre ou Samuel Pepys écrira le 10 avril 1663 : «  Je viens de déguster un vin français nommé Ho-Bryan (sic) qui a le goût le meilleur et le plus spécial que j'ai jamais rencontré... »
 
Mais il n’y a pas que ces Vins Historiques qui font la légende des Grands vins. Il existe également des vins à la personnalité forte, quelle soit sociale ou artistique. Des domaines qui font preuve d’énergie et de volonté pour produire des vins, souvent portés au firmament par la médiatisation et la critique, ce sont les Grands Vins Contemporains.
L’exemple le plus connu et le plus frappant étant celui de Pétrus. Quasi inconnu avant 1940, c’est au mariage de la reine Elisabeth II en 1947 que le cru (ensuite importé au Etats-Unis par les Kennedy qui en feront leur vin fétiche) grave sa légende. Nous pourrions citer beaucoup d’autres vins, comme les vins de Garage Bordelais (Valandraud ou le Pin), les pionniers, naissant sur des terroirs « moins » prestigieux (Sociando Malet dans le médoc ou Daumas Gassac en Languedoc) et bien évidemment les vins étrangers (Sassicaia en Italie ou Penfolds Grange en Australie)
 
Si nous devions définir la typologie d’un grand vin, que dirions nous ? Il faut que le vin reflète l’esprit du terroir sur lequel il est né. Il doit bénéficier d’une œnologie appliquée lors de se conception, d’un élevage rigoureux et soigné et d’une mise homogène. Un grand vin est un vin de longue garde. Un grand vin est un vin cher, le prix de la vanité. Un grand vin est un vin de gastronomie, capable de s’associer au mets les plus prestigieux. Et surtout, et c’est là l’essentiel, un grand vin est un bon vin, un vin d’équilibre, de plaisir, de race et de noblesse.
 
 
La Dégustation :
 
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Alors cette dégustation, dans quel but ? La vrai question qui était à se poser c’était : Quel est le petit plus qui me donne le sensation que ce vin est un Grand. Et cette question a largement dominé les débats, souvent animés entre chaque cru dégusté. Impossible de rendre compte précisément de la teneur des discussions, mais il apparaît clairement que chacun ne perçoit pas les mêmes sensations. Lorsque nous tombions d’accord sur la qualité d’un vin, il bénéficiait tout de même d’un statut différent d’un dégustateur à un autre.
 
Les vins ont été servis à l’aveugle (en bouteille neutre) et dans un ordre aléatoire (défini par tirage au sort). Avant la dégustation, seul le millésime était connu. Les prix entre parenthèse correspondent au prix du vin actuellement à la vente. Pour que la dégustation soit la plus homogène possible, les vins choisis sont plutôt dans un style Bordelais et issus du millésime 2002 dont voici la liste:
 
Catégorie « Grands vins historiques » :
  • CHATEAU MOUTON-ROTHSCHILD  Pauillac 2002
  • CHATEAU HAUT BRION  Pessac Léognan 2002
  • CHATEAU COS D’ESTOURNEL  Saint Estephe 2002
Catégorie « Grands vin contemporain » :
  • CLOS MARTINET  Priorat 2002
  • CHATEAU TROPLONG  MONDOT  Saint Emilion 2002
  • CHATEAU PALMER  Margaux 2002
  • CLOS DES TRUFFIERS  Coteaux du Languedoc 2002
En plus, trois vins moins connus, mais qui pourraient venir jouer des coudes:
  • BONNY DOON « Ca’del solo » Santa Barbara Valley 2002
  • CHATEAU D’AGASSAC  Haut Médoc 2002
  • DOMAINE DE LA RAMAYE « le Grand Tertre »  Gaillac 2002
 
Haut Médoc CHATEAU D’AGASSAC  2002 : Le Château d’Agassac est un cru Bourgeois depuis 1932. Depuis peu et grâce a une importante restructuration du vignoble, le vin a nettement gagné en qualité. Les 38 hectares du vignoble sont situés sur la commune de Ludon-Médoc. Le Château est une des plus ancienne entité viticole du Médoc. Il date du XIIIe siècle.
La robe grenat est légèrement évoluée. Le nez de bonne intensité, s’ouvre sur des notes cacaotées, un fruité élégant, puis évoluera vers du pruneau et de la crème de marron. L’attaque est franche, la bouche puissante tout en restant douce et équilibrée. L’ensemble se pare d’une fine acidité qui confère du soyeux à la matière. Légères notes boisées en bouche, sans exubérance et avec de la maîtrise. Bonne longueur, finale assez persistante. Un beau vin, assez réussi mais qui n’a pas laissé l’impression de jouer dans la cour des grands. 16/20 (19€).
 
Pauillac CHATEAU MOUTON-ROTHSCHILD  2002 : L’histoire de Mouton démarre en 1853 Lorsque le baron Nathaniel de Rothschild achète aux enchères le Château Brane Mouton qu’il renommera Mouton Rothschild. Cette vente ayant légèrement affaibli les prix des vins, le Château se retrouve ainsi « Second cru classé » lors du classement de 1855. Néanmoins reconnu premier des seconds, le château adopta par orgueil cette devise : « Premier ne puis, second ne daigne, Mouton suis ». Il faut attendre 1923 et la reprise en main du château par Philippe de Rothschild à l’age de 20 ans, pour voir la forte implication d’une reconnaissance vers le statut de Premier. En 1924, il est le premier à lancer la mise en bouteille intégrale au château. En 1926, il fait construire le célèbre chai (100 m de long) qui est aujourd’hui toujours utilisé. En 1945, l’étiquette se pare du « V » de la victoire. Ce sera la première d’une longue série illustrée de main d’artiste. Et la reconnaissance arrive enfin, en 1973, quand par décret le classement de 1855 est révisé, permettant l’accession de Mouton au rang de « Premier ». Se sera la seule révision du classement. Valéry Giscard d’Estaing, alors au gouvernement et ami de la famille de Rothschild, aurait facilité cet accessit. L’étiquette du même millésime, illustré par Pablo Picasso, se distingue alors par cette formule : « Premier je suis, second je fus, Mouton ne change »
La robe est soutenue, sombre, profonde. Le nez, très intense, est nettement dominé par l’élevage, pain grillé, torréfié, chocolaté, fumé, puis jus de viande et léger fruit, plutôt fraise écrasée. En bouche, le vin est volumineux, dense, massif. L’acidité se fait discrète, masqué par la matière et l’élevage. Les tanins restent malgré tout, de bonnes qualités avec un élégant toucher de bouche. La finale gagne en souplesse tout en gardant l’austérité de l’élevage. On sent que le vin en a sous le pied, il faut simplement que le bois se fonde, mais y arrivera t’il ? En comparaison, j’ai préfère la consistance du premier vin, Agassac, ou l’élevage semble mieux maîtrisé. J’ai pensé à un grand vin contemporain. 16/20 (320€).

Pessac Léognan CHATEAU HAUT BRION  2002:  Son histoire remonte donc au 16ème siècle, par l’acquisition du terrain et la construction du château par la famille de Pontac. Plusieurs propriétaires vont ainsi se succéder et c’est sous la famille Larrieu que le vin devient grand cru classé en 1855. En 1935, Clarence Dillon se porte acquéreur du château. Aujourd’hui il appartient toujours à cette famille Américaine. Rattrapé par la ville, le domaine se trouve en pleine banlieue Bordelaise, à Pessac. S’il est l’un des premiers Bordeaux à mûrir, il est l’un des derniers à être mis en bouteille. Depuis le début des années 80, le vin est d’une très grande régularité et atteint dans les grands millésimes une complexité et une noblesse exceptionnelle. Pour l’anecdote, la bouteille utilisée par le château n’est pas de type Bordelaise ordinaire. En effet, elle représente les bouteilles de l’époque, soufflées à la bouche, de forme imprécise et allongée.
Robe rubis, limpide, brillante et aguicheuse. Le nez se montre peu ouvert, assez discret, mais c’est autour du fruit que celui-ci se fait charmeur. Ce sont les fruits rouges, la fraise, la framboise, le vanillé ainsi qu’un léger mentholé qui en composent le bouquet. L’attaque est franche, nette, précise. Les tanins sont bien présents, encore un peu serrés. L’ensemble est sérieux, frais et avec de la tenue, mais manque peut être de complexité. Finale de bonne longueur et plus fondue. On perçois nettement que le vin est à l’aube de se vie et qu’il est très bien constitué, même s’il l’on regrette plus de fougue et d’exubérance. J’ai pensé à un grand vin historique. 17.5/20 (300€).

Saint Estèphe CHATEAU COS D’ESTOURNEL  2002: Le mot « Cos » signifie en vieux gascon « La colline des cailloux ». Né en 1762 sous Louis XV, Louis Gaspard d’Estournel n’eut qu’une passion : Cos. Dès le début du 19ème siècle, le vin dépasse les cours des crus les prestigieux et s’exporte jusqu’aux Indes. Louis devient « le Maharadjah de Saint Estèphe ». Le château, véritable palais oriental, en porte encore les marques et les symboles. En 1852, Louis est obligé de vendre le domaine. Il mourra en 1853 et ne pourra pas assister à la reconnaissance du cru parmi les meilleurs du secteur. Depuis 2000, le domaine est la propriété de Michel Reybier et sous la direction de Jean-Guillaume Prats.
La robe est pourpre trouble. Le nez s’ouvre sur des aromes déviants, de marée, de vieilles futailles, de résineux et d’amande. En bouche, la trame aromatique est moins sévère. L’attaque est plutôt souple, les tanins fins, équilibrés, soyeux et enrobés. En finale, le vin se durcit de nouveau, laissant apparaître une certaine rusticité et un coté brouillon. J’ai noté le vin, mais je reste persuadé qu’il y a un problème sur la bouteille. La qualité du vin est masquée par cette déviance, néanmoins elle est là, sous-jacente. Il faudrait regouter. 14/20 (95€)

Gaillac DOMAINE DE LA RAMAYE « le Grand Tertre » 2002 : Le grand Tertre est un assemblage de Braucol (fer servadou) et de Prunelart, deux cépages ayant fait la réputation du vignoble Gaillacois depuis le 15ème siècle. Si le premier est un classique de la région, le Prunelart (ou côt à queue rouge) avait quasiment disparu jusqu’à ce qu’un vigneron découvre un cep dans un jardin du centre ville de Gaillac chez un passionné d’ampélographie. C’est a partir de ce pied qu’il a été multiplié et ré-introduit chez quelques vignerons comme Michel Issaly, propriétaire du château de La Ramaye.
La robe est pourpre avec des reflets rubis. Le nez est intense et complexe, mais avec un profil aromatique confus. Il décline des arômes de fruits rouges, de framboise puis de poivré de mentholé, de résine de pin et de toute une gamme d’épices et de mets mijotés. L’attaque est franche et nette, les tanins soyeux, complets, enrobés et de très belle maturité. Le vin est gourmand mais aussi complexe et puissant. La finale est fruitée, assez longue et pleine. J’ai beaucoup aimé ce vin qui a divisé les participants. J’ai pensé à un grand vin, issu du nouveau monde. Très belle réussite. 18/20 (20€)

Priorat CLOS MARTINET  (Catalogne Espagne) 2002: Le Mas Martinet de José Luis Pérez, est certainement l’un des trois meilleurs Priorat avec le Clos Mogador de René Barbier et l'Ermita d'Alvaro Palacios. Son vignoble est absolument fantastique. Sur la route de Gratallops, vous trouvez sur la droite une grande maison isolée en contrebas reconnaissable par un énorme palmier et un bassin, c’est le Mas Martinet. Situés en pleine montagne, seuls 9 hectares de vignes sont plantés sur les 45 hectares que compte le domaine. José Luis Perez, aidé de sa famille, a réussi le tour de force de planter en pleine montagne des grenache ou des syrah sur ses coteaux hyper pentus en petites terrasses où est installé parfois qu’une seule rangée de vigne. La conduite de la souche est assez originale : le palissage est composé de deux cercles horizontaux fixés sur un piquet vertical individuel, qui permet une conduite en gobelet sur fil circulaire. La cuvée du domaine est un assemblage de Cabernet Sauvignon, Syrah, Grenache et Carignan.
La robe est rubis intense. Le nez joue le registre de l’élégance avec des aromes de fruits frais, de mûre sauvage, de groseille, de torréfié léger et de notes sanguines. La bouche est remarquablement constituée. Les tanins encore bien présents n’en sont pas pour le moins diablement élégants grâce à un toucher soyeux et enrobé. La matière est équilibrée entre la puissance maîtrisée et la finesse de texture. Le fruit se fait plus discret, conférant au vin une sensation de retenue. Longue finale majestueuse, déployant une fine queue de paon. Superbe ! J’ai pensé à un Grand Vin Historique. 19/20 (55€)

Santa Barbara Valley BONNY DOON « Ca’del solo » (Californie Etats Unis) 2002: Randall Grahm est un des personnages les plus charismatiques du vin californien. Il possède un humour situé quelque part entre les Monty Pythons et les Marx Brothers qu’il exprime régulièrement dans ses newsletters (*) et qui ont amené le New York Times à décrire ses bulletins comme l’une des meilleurs littératures avant-gardistes du moment. Randall est né en 1953 à Los Angeles et a passé toute son enfance dans la région de Santa Cruz où se trouve son domaine, juste à coté de la ville de Bonny Doon. En 1984 naissait « Le cigare Volant », la cuvé phare du domaine, nommé ainsi d’après le décret de la ville de Châteauneuf du Pape d’interdire l’atterrissage des soucoupes volantes sur la commune ! La cuvée « Ca’del solo » est un assemblage politiquement incorrect de 13 cépages français et Italiens : Sangiovese (dominant), Syrah, Cabernet Franc, Carignan, Barbera, petite Syrah, Petit Verdot, Dolcetto, Grenache, Mourvédre, nebbiolo, Zinfandel et Charbono. Randall dit de son vin : « Tout ce que vous voudrez servir à table à vos amis, « Ca’del solo » s’en fiche, envoyez le !
Et quelle intensité ! Robe intense, nez intense et bouche intense ! La trame est une explosion de petits arômes, de framboise, de fraise, de viandé, d’épices douces, de grillé et de tabac. La bouche est incrachable ! Tout en finesse, en volume contenue, en petits tanins précis, en fraîcheur, en douceur et gourmandise avec une légère sucrosité et des fruits acidulés. C’est long et intense mais tout en restant « simple », sans réelle complexité qui pourrait lui donner un statut de grand. Je n’ai pas pensé à quelque chose de précis, mais je suis tombé sous le charme de ce vin. 18/20 (25€)

Margaux CHATEAU PALMER 2002: Au 19ème siècle Charles Palmer acquiert le Château de Gascq qu'il agrandira et auquel donnera son nom. Homme de passion, il consacrera beaucoup de temps, d'énergie et d'argent à développer sa propriété. En 1830, son domaine s'étend, sur 163 ha, dont 82 ha de vignoble. Mais en 1843 il doit vendre son magnifique domaine. Malgré son échec personnel, il laisse une propriété qui a tout pour réussir entre les mains de ses successeurs. Mais c’est un 1961 que le Château palmer marque d’un coup d’éclat les esprits. En effet, dans ce millésime, le château produit l’un des plus grands vins du Bordelais, bien supérieure à son illustre voisin Margaux. Dés lors, le domaine acquiert une réputation et une reconnaissance mondiale. Thomas Duroux est aujourd’hui (depuis 2004) le gérant du domaine. Le vignoble de Château Palmer couvre 52 hectares où l'encépagement important en Merlot, quasiment à égalité avec le Cabernet Sauvignon, contribue avec le Petit Verdot à la typicité de ses vins.
Robe pourpre intense. Le nez est à stade bien marqué par l’élevage. Se disputent des notes de grillé, de torréfié, de fumé et de menthol. Le fruit se fait aussi discret que la complexité aromatique. En bouche le vin est puissant, avec des tanins marqués et du volume. L’ensemble reste assez monolithique sur une matière n’ayant pas encore digérée l’élevage. La longueur est moyenne, assez chaleureuse et puissante. Je recherche toujours le fruit. Le vin manque de charme et se fait encore brutal. Même analyse que sur Mouton, il y a de la matière, mais comment tout cela va-t-il évoluer ? J’ai pensé à un outsider. 15.5/20 (90€)

Saint Emilion CHATEAU TROPLONG MONDOT 2002: Au 18ème siècle, les châteaux Pavie et Troplong-Mondot ne formaient qu’un : le domaine de Pavie-Mondot. En 1745, l’abbé de Séze édifia ce qui sera le château actuel de Troplong-Mondot. En 1850, Raymond Troplong devient propriétaire du domaine et constitue autour du château une propriété de 30 ha qui n’a pas été modifié depuis lors. Avec la famille Valette, le château entre dans l'époque contemporaine. Alexandre Valette, négociant en vins à Paris, achète le domaine façonné par Raymond Troplong. Enfin, c'est l'arrière-petite-fille d'Alexandre Valette, Christine Valette, qui depuis 1980 a pris en main la gestion complète du domaine. Le château est avec ses 30 ha un des "grands" domaines de Saint Emilion. Pour repérer Troplong-Mondot, rien de plus facile. Le grand-père de Christine Valette avait accepté sans barguigner qu'on y installe un bien peu discret château d'eau, en forme de champignon Schtroumpfs comme on les aimait à l'époque. "Je voudrais le faire enterrer, dit-elle."
La robe est pourpre trouble. Le nez présente des arômes de réglisse, de fruits noirs à l’alcool, de pétales fanés et de léger hydrocarbure. L’intensité aromatique est moyenne. En bouche, le vin est puissant, ample et marqué par sa jeunesse. Les tanins sont épais et caractériels. L’ensemble prend des accents grillés, avec une acidité plutôt discrète. La finale est volumineuse, de bonne longueur et moyennement expressif. Le vin est dans sa phase de fermeture, mais sa constitution globale est plutôt de bon augure quant à la suite de son évolution. J’ai pensé à un outsider. 16.5/20 (52€).

Coteaux du Languedoc CLOS DES TRUFFIERS  2002: Le château de la Négly, situé en bord de mer sur le massif de la clape, s’est construit une légende en peu de temps. Son modèle : les vins de garages Bordelais. Le domaine à tout mis en œuvre pour concevoir des vins dans cet esprit : Maturité optimale, rendements minimums, vinification moderne, extraction et concentration, longue élevage. Le Clos des Truffiers, la grande cuvée de Syrah, est la seule parcelle située sur le prometteur terroir de Saint Pargoire.
La robe est noir profond. Le nez est toujours très spectaculaire, avec des arômes de truffe, de mentholé, de cigare, de lait de coco, de clou de girofle et de cassis. La bouche est douce, puissante, massive, grasse, extraverti, mais douce. Ce vin est un mystère, ça flirte toujours à la limite de l’excessif, mais sans lourdeur ni défauts. J’y trouve même un certain équilibre, car l’ensemble possède aussi de la fraîcheur. Ce vin est un paradoxe, entre la sensation d’en être vite lassé et l’envie irrésistible d’y revenir. Remarquable travail. Je l’ai reconnu. 18.5/20  (68€)
 
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Classement des Vins :
On peut avant tout, définir un « classement absolu théorique », en prenant compte du prix des vins, de leurs histoires et de leurs qualités reconnus.

Classement absolu théorique des vins :
  1. Château Haut Brion   Grand Vin Historique
  2. Château Mouton Rothschild   Grand Vin Historique
  3. Château Cos d’Estournel   Grand Vin Historique
  4. Château Palmer   Grand Vin Contemporain
  5. Château Troplong Mondot   Grand Vin Contemporain
  6. Clos Martinet   Grand Vin Contemporain
  7. Clos des Truffiers   Grand Vin Contemporain
  8. Bonny Doon   Outsider
  9. Château d’Agassac   Outsiders
  10. Domaine de la Ramaye   Outsiders

Et voici le classement réel pour cette dégustation (4 vins sont cités par chaque dégustateur (13 participants), le 1er prends 4 pts, le second 3 pts et ainsi de suite. Maxi : 52 pts)

Classement des dégustateurs :
  1. Clos Martinet  (34pts)   Grand Vin Contemporain
  2. Clos des Truffiers  (34pts)   Grand Vin Contemporain
  3. Château Mouton Rothschild  (16pts)   Grand Vin Historique
  4. Château Palmer  (15pts)   Grand Vin Contemporain
  5. Château Troplong Mondot  (11pts)   Grand Vin Contemporain
  6. Bonny Doon  (8pts)   Outsider
  7. Domaine de la Ramaye  (5pts)   Outsiders
  8. Château d’Agassac  (4pts)   Outsiders
  9. Château Haut Brion  (2pts)   Grand Vin Historique
  10. Château Cos d’Estournel  (1pts)   Grand Vin Historique
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Conclusion :
Avant toute chose, il faut préciser qu’un exercice de dégustation comparative n’est qu’une photographie, une image dont l’interprétation n’est propre qu’aux seuls participants de la séance. Il est donc inutile de vouloir en tirer un enseignement quelconque qui aurait valeur universelle. En effet, il faudrait que cette même dégustation soit répétée plusieurs fois, dans des conditions différentes, avec plusieurs groupes de dégustateurs ayant un système de notation commun, etc., et seulement dans ce cas, il se pourrait que le classement obtenu rétablisse l’ordre du « classement absolu théorique ». Néanmoins, une petite analyse de cette séance s’impose.
Deux vins dominent nettement la dégustation, Clos Martinet (cité 11 fois) et Clos des Truffiers (cité 11 fois). Le petit plus qui a porté ces deux vins au sommet de la hiérarchie c’est que d’une part ils sont aujourd’hui ouverts et expressifs et d’autre part ils ne sont pas dominés par l’élevage. Le Clos Martinet est une vraie réussite et prouve, une fois de plus, que l’excellence ne se trouve pas que dans le vignoble français. Le Clos des Truffiers est un subtil mélange entre un Mouton Rothschild à l’élevage ambitieux et un Bonny Doon à la gourmandise décomplexé. Ensuite deux bordeaux se placent dans le quatuor de tête. Mouton Rothschild (cité 8 fois) et Palmer (cité 6 fois). Il s’agit en effet de deux vins encore enfermés dans leur gangue boisée, mais d’une constitution tannique de qualité. A titre personnel j’ai préféré la gourmandise des outsiders, la Ramaye et Bonny Doon, mais peut être ai-je trop voulu classer par plaisir, et non par recherche d’une hypothétique capacité d’évolution. Les autres vins ramassent les miettes dont Haut Brion (cité 1 fois) qui subi la plus grosse dégringolade entre sa position théorique et celle obtenue sur cette dégustation. Pour ma part, j’ai bien décelé le potentiel de celui-ci en l’incluant dans la catégorie « Grand Vin Historique ». J’aurai donc pu mieux le noter et le classer, mais me refusant de noter un vin sur ce qu’il pourrait être, je l’ai jugé sur ce qu’il présentait aujourd’hui. Cela confirme aussi que les vrais grands ont besoin de temps. Quant à Cos D’estournel, pour avoir déjà goûté ce millésime à deux reprises, je pense sincèrement que l’échantillon présentait un défaut.
  
Alors, qu’est ce qu’un grand vin ? Qui va me dire que goûter une Romanée Conti dans les chais du domaine ou un vieux Pétrus sur la table d’un grand restaurant n’est pas un moment unique que chaque amateur rêve de réaliser?
Et pourtant, au delà des clichés universellement admis, un Grand Vin c’est avant tout un événement particulier dans lequel l’interprétation toute personnel du breuvage dépasse la simple analyse sensorielle pour atteindre l’instant magique d’un moment inoubliable.
Et dans ce cas, ils ont tous leurs chances…
  
« Je me considère un défenseur de l'étrange et de l'hétérodoxe, des cépages "vilain petit canard" dont leur existence est menacée par le paradigme dominant caberno-chardocentrique »
 Randall Grahm – Boony Doon
  
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Le 25/05/2013 à 23h34
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